François Hollande pris au piège de la vaccination Gardasil®

Bonjour

C’est une affaire dont on ne voit pas la fin. Une affaire que suit à la trace Le Journal du Dimanche – avec l’aide  du médecin et député socialiste Gérard Bapt. Comment organiser la lutte contre le cancer de l’utérus ? Cette question jusqu’ici assez simple (en organisant son dépistage précoce) conduit désormais à mettre en lumière des failles et des interrogations majeures de santé publique. Elles apparaissent clairement à la lecture du dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH voir ici).

Retard français

Pourquoi la France a-t-elle accumulé un tel retard dans la mise en place d’un programme national organisé de dépistage (par frottis cervico-vaginal) de ce cancer ? Pourquoi seuls 13 départements français sont-ils aujourd’hui impliqués ? Et pourquoi ceux-là ? Les comparaisons européennes sont ici cruelles et imposent une autocritique que personne ne songe à entreprendre. Ainsi qu’une remobilisation des énergies qui ne semble pas d’actualité.

L’autre grande question, tr-s dérangeante,  concerne la vaccination ? C’est la question du Gardasil® , une affaire sanitaire autant que politique. Le président de la République a, début février, pris l’engagement de faire que la France double en cinq ans la couverture vaccinale des jeunes filles contre l’infection par les principaux types de virus responsables du développement de cette lésion cancéreuse. Une campagne d’incitation à la vaccination en milieu scolaire serait à l’étude pour atteindre cet objectif.

« Eradication à terme »

François Hollande, le 4 février :

« Le cancer du col de l’utérus est le seul – je dis bien le seul – pour lequel il existe un vaccin, et pourtant, en France, ce vaccin n’est administré qu’à 30% des jeunes filles. C’est une source nouvelle d’inégalités. Certes, je connais les réserves que suscitent des campagnes mal conçues de vaccination mais, ce vaccin a fait la preuve de son efficacité. Aussi, d’ici cinq ans, nous doublerons la couverture vaccinale contre le cancer du col de l’utérus, ce qui permettra son éradication à terme. »

Eradication ? A terme ? Cet engagement présidentiel à très haut risque (la vaccination n’est que recommandée) coïncide avec le développement de la controverse montante autour du Gardasil®. Une controverse d’un nouveau genre : elle porte moins sur l’innocuité du vaccin que sur les failles quant à son efficacité de terrain et quant à son intérêt véritable en termes de santé publique. Une controverse qui porte aussi sur son coût, compte-tenu du tarif accordé à Sanofi pour ce vaccin et de la volonté gouvernementale de faire des économies sur le poste médicaments.

Nouvel épisode

Pour l’heure le taux de couverture peine à dépasser « les 30% de la population ciblée » comme le rappellent les responsables du numéro thématique du BEH. Qu’en sera-t-il dans cinq ans ?

Aujourd’hui, nouvel épisode. Le Journal du Dimanche  publie in extenso une lettre signée de Gérard Bapt et adressée à François Hollande. Le député socialiste réclame au chef de l’Etat la réalisation d’une étude à partir de la base de données de l’Assurance maladie, « seule susceptible d’affirmer ou d’infirmer un éventuel risque » concernant « le système nerveux central ou les maladies auto-immunes­ » évoqué ici ou là depuis 2011.

Défiance

C’est là une question prise en compte par l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) comme on peut le voir ici.  « Dans ce contexte de défiance, je pense raisonnable d’attendre [ces] conclusions avant de […] généraliser une vaccination anti-HPV chez nos jeunes collégiennes », écrit Gérard Bapt.

Cet élu estime que l’urgence, en France, est plus dans le développement d’un dépistage organisé et égalitaire que dans le développement d’actions incitant à une vaccination coûteuse dont l’efficacité demeurera longtemps encore discutée et qui peine à s’imposer dans la population.  François Hollande répondra-t-il à Gérard Bapt ?

Mystérieuse entité

Pour l’heure le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (Prac) de l’Agence européenne des médicaments (EMA) travaille également la question de la sécurité de ce vaccin. Le Journal du Dimanche  cite un récent document interne du Prac (voir ici)  qui fait état d’interrogations. Elles  ne portent pas tant sur la dangerosité du vaccin mais sur la nature des informations qui doivent (ou non) être donné aux médecins et aux parents des jeunes filles directement concernées quant à d’éventuels effets secondaires.

Faut-il faire état d’un risque très minime – une entité dénommée « syndrome régional douloureux complexe »  (1) suspectée aux États-Unis, au Canada, en Australie, au Japon et en Suisse ? Faut-il faire figurer ce risque sur la notice du vaccin alors même qu’aucune relation de causalité n’a été établie ? C’est là une question de nature philosophique appliquée à la vaccination : faut-il informer de l’existence de la possibilité d’un risque quand ce risque n’est pas démontré ? Et faut-il tenir compte des conséquences négatives de cette information en termes de santé publique ?

Citoyens européens

La Suède et la Pays-Bas seraient favorables à ce que cette information soient donnée. On ne sait pas ce qu’il en est de la France (le ministère de la Santé reste muet) et des autres pays de l’Union. Voilà bien le type de question qui intéresserait les citoyens de l’Union européenne –ceux là même qui viennent d’élire leurs représentants au Parlement européen. Avec, pour la France, les résultats que l’on sait. Et les conséquences que l’on redoute.

A demain

(1) Voir ici notre chronique concernant le Japon sur Slate.fr (20 juin 2013)

Une réflexion sur “François Hollande pris au piège de la vaccination Gardasil®

  1. Sur les questions concernant les vaccinations vous défendez habituellement des positions plutôt dichotomiques. Ce billet sur le Gardasil qui relaye le questionnement du Dr. G. Bapt est plus équilibré. ( Nota : Bapt a nourri sa propre réflexion des travaux de l’association Med’Océan cf http://www.medocean.re/category/activite/hpv/)

    Comme vous devez le savoir, la problématique vaccin Gardasil versus frottis concerne un autre vaccin, le Rotarix, dont l’intérêt devrait également être examiné en tenant compte de l’existence d’un moyen peu onéreux et qui a fait ses preuves : les solutés de réhydratation orale.

    Prochainement un billet sur les SRO ?

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