« PMA pour tous » : asepsie sexuelle et vice du raisonnement

Bonjour

Que restera-t-il, après-demain, de « l’appel des 343 » lancé en juin 2014 dans les colonnes de Libération ? De quel poids aura pu peser ce mouvement des fraudeuses en faveur d’une « procréation médicalement assistée » à laquelle devraient selon elles avoir droit des couples de femmes homosexuelles ?

Fin de vie

L’affaire n’a pas eu l’écho médiatique espéré par celles et ceux qui l’ont lancée Libération n’a été que peu repris et les responsables du gouvernement n’ont pas souhaité le commenter. Hier bienvenu cet appel était devenu politiquement inopportun. C’est que la gauche au pouvoir a ici tiré un trait sur son ambition et ses promesses de réforme sociétale. Les réactions en chaîne de résistance au « mariage pour tous » pèseront jusqu’à la fin du quinquennat. Ne restera, dans le domaine sociétal, que l’espace de la fin de vie et l’annonce d’un hypothétique droit au suicide médicalisé.

Pour sans lendemain qu’il soit, l’appel des fraudeuses n’en vient pas moins rappeler le vice de raisonnement qui le porte. Dans leur manifeste ces femmes revendiquent le droit de pouvoir procréer via une insémination artificielle avec le sperme d’un donneur. Mais qui leur interdit ?

Cette technique – dite de l’IAD –  a été médicalement codifiée  il y a précisément quarante ans en France par le Pr Georges David. Elle a donné lieu au développement des Centres d’études et de conservation du sperme (Cecos) qui assurent le traitement palliatif de la stérilité masculine dans le cadre de couples hétérosexuels.

Ontologiquement incapables

Depuis trente ans la fécondation in vitro (FIV) puis l’insémination intra-cytoplasmique de spermatozoïde (Icsi) sont venus compléter les possibilités thérapeutiques de la stérilité, puis de l’hypofertilité. Depuis vingt ans la loi de bioéthique fait que ces techniques (prises  en charge en totalité par notre collectivité) sont réservées « à des couples composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer ».

Celles et ceux qui réclament la « PMA pour tous » estiment que le moment est venu de faire que l’une de ces thérapeutique (l’IAD) devienne accessible à des couples constitués de deux femmes – des couples dont la stérilité n’est pas pathologique mais des couples « ontologiquement incapables de procréer » (1).  Mais loin de poser la question en ces termes les manifestant(e)s avancent des arguments médicaux. Ils expliquent ainsi que celles qui n’ont pas recours à une IAD dans les rares pays qui en font commerce légal s’exposent à des risques médicaux.

« Conditions dangereuses »

Extrait du manifeste de Libération : «Chaque année, des milliers de femmes ont recours à une PMA à l’étranger dans le but de fonder une famille. D’autres le font dans des conditions dangereuses pour leur santé en raison de l’exclusion à laquelle elles sont condamnées alors que cette même intervention est autorisée en France pour les couples hétérosexuels. »

Quelles « conditions dangereuses pour leur santé » ?  Le manifeste ne le dit pas. Il faut ici comprendre que ces femmes ne bénéficieront pas des garanties offertes par la médicalisation  (sperme non infectieux, absence de risque génétique connu) – garanties développées progressivement depuis quarante ans au motif qu’une thérapeutique ne pouvait comporter un risque dès lors que ce risque était évitable.

Asepsie sexuelle

Or si l’IAD médicalisée est interdite en France à des couples constitués de deux femmes rien n’interdit aux femmes homosexuelles d’avoir recours à une IAD non médicalisée.  C’est ce qu’expliquait en février 2013 le biologiste Jacques Testart dans une tribune du Monde: : « Depuis toujours, des couples infertiles ont recouru à l’insémination naturelle par un donneur ou un proche mais, si l’asepsie sexuelle est exigée, elle est à la portée de tous. Un réceptacle (un verre) pour  recueillir le sperme, puis une paille ou un cathéter pour l’administrer  si possible avec  l’aide  d’un spéculum, voilà à quoi peut se résumer la « technologie » ». (voir ici)

La copie d’Illich 

L’autre « garantie » offerte par l’IAD médicalisée est celle de l’anonymat du donneur. Mais rien n’interdit d’organiser cet anonymat en dehors de la sphère hospitalière. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir ce mouvement de revendication s’inscrivant dans le champ d’une gauche écologique libératrice animé par une farouche volonté de médicalisation de la procréation. Ivan Illich (1926-2002) devrait ici revoir sa copie.

Prestataire de service

Cet aspect du questionnement, ce vice de raisonnement, questionne aussi (et au premier chef ) la communauté médicale. Faut-il (et à quel titre ?) médicaliser un geste qui ne le réclame pas ? Le gynécologue -obstétricien et le biologiste de la reproduction doivent-ils n’être que de simples prestataires de service ? Sans clause de conscience ? Qu’est devenue la pensée de gauche de la pratique médicale ? Nous y reviendrons.

A demain

(1)     Formule de François Sergent dans l’éditorial de Libération

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