Procès Bonnemaison : les « dépressions » du médecin aux sept empoisonnements (1)

Bonjour

11 juin 2014. Premier jour du procès de l’ancien médecin urgentiste devant la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques. Nicolas Bonnemaison, 53 ans, est poursuivi pour « empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables » : cinq femmes et deux hommes hospitalisés dans une unité du service des urgences de l’hôpital de Bayonne où travaillait ce médecin. Il comparaît libre, arrive devant les juges en compagnie de sa femme, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Médiatisations

Le procès, comme annoncé, est très médiatisé. Sud Ouest en tient fidèlement les minutes, pratiquement en direct. L’Agence France Presse assure de remarquables synthèses. Quarante organes de presse ont demandé à être accrédités. Pour accueillir le public, une deuxième salle d’audience a été mise en place : les débats y sont retransmis en direct par vidéo.

Premier jour et quelques révélations publiques que l’on tiendra, ou pas, pour essentielle à la compréhension des faits, sinon à leur justification.

« Vivre des choses fortes »

Avant d’aborder le parcours de l’accusé, le président de la cour d’assises laisse s’exprimer Nicolas Bonnemaison. Ses  premiers mots s’adressent « aux patients et à leur famille » :

« Je pense d’abord aux patients avec qui j’ai vécu des choses fortes, des choses qui marquent un médecin et l’homme. Ça va au-delà du métier de médecin. Je pense aussi aux familles auprès de qui nous avons un rôle très important ; un rôle de trait d’union et d’explication. C’est important qu’elles soient informées. J‘espère avoir été à la hauteur. »

 Radiation

L’ancien médecin évoque également « la grande souffrance » liée à sa radiation par ses pairs. :

« Mon métier est la passion de ma vie. Comparaître comme un criminel, un assassin, un empoisonneur, c’est quelque chose de violent. Violent pour ma femme, mes enfants et les personnes qui me soutiennent depuis trois ans ». 

Autopsie du passé

Un procès devant une cour d’assises c’est aussi, l’autopsie en direct du passé et de la personnalité de l’accusé.

Pendant près de deux heures, l’ex-médecin originaire d’Hasparren détaille les étapes essentielles de sa vie. Fils d’un chirurgien et d’une infirmière, troisième d’une fratrie de quatre enfants, Nicolas Bonnemaison n’hésite pas à faire médecine dès l’obtention de son baccalauréat. En 1979.

Parallèlement, ses parents se séparent, son père décidant de « refaire sa vie » avec une autre femme « tout en restant proche de notre mère ». Juin 1984, Nicolas Bonnemaison fait une première dépression. Brève hospitalisation dans une clinique spécialisée.

Suicide du père chirurgien

Janvier 1987 : « éprouvé par la rupture avec sa nouvelle compagne et des difficultés au sein de sa clinique », son père se suicide à l’âge de 58 ans. Nouvelle dépression de Nicolas Bonnemaison.

« J’ai alors eu besoin de faire un break avec mes études » dit-il. Il y revient, premiers stages en tant qu’interne, dans des services d’urgences. Il s’y trouve confronté pour la première fois à la prise en charge de patients en fin de vie. Le sujet l’intéresse au point d’entamer un diplôme universitaire sur les soins palliatifs. Il réalise d’ailleurs un mémoire sur la situation au sein de l’hôpital de Bayonne et consacre sa thèse, en 1993, à cette problématique.

Il devient à cette daté urgentiste au centre hospitalier de la côte basque. « Véritable coup de foudre » pour celle qui deviendra son épouse et la mère de ses deux enfants. Années heureuses qui durent jusqu’au milieu des années 2000. En 2004, Nicolas Bonnemaison devient chef de service des urgences de Bayonne; un an plus tard, il participe à la création de l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD).

 Aventure et antidépresseurs

« Fin 2007, c’est le début d’une dégradation de l’état d’esprit de l’équipe médicale. Je me suis retrouvé à devoir choisir parmi des candidats à des créations de postesDes conflits sont apparus », raconte l’accusé. Son couple rencontre des difficultés. « Une certaine routine et lassitude se sont installées. J’ai alors eu une aventure avec une cadre de santé de mon service jusqu’en 2009. En fait d’aventure, ce fut une véritable galère. »

Troisième dépression fin 2008. Epuisement. Arrêt maladie de deux mois.

Nouvel arrêt maladie début 2009. Suivi par un psychologue. Commence à prendre des antidépresseurs. « Craque » une nouvelle fois au printemps. Arrêt pendant sept mois, « le temps de se reconstruire ». A alors des idées suicidaires. A son retour une refonte de l’UHCD lui est confiée.

Suicide d’une sœur

« Pensez-vous que vu votre état de santé, vous étiez qualifié pour diriger un service aussi lourd ? » lui demande le président. « J’ai la conviction que j’en avais la capacité et quand j’ai senti que je ne l’avais plus, je me suis arrêté » répond  l’accusé.

L’avocate de l’une des deux parties civiles le questionne « sur l’influence du suicide de son pare sur sa prise en charge des patients ».  « Il n’y en a aucune », réplique l’accusé. On apprend alors que sa sœur cadette a également mis fin à ses jours. C’était en 2012.

A demain

Une réflexion sur “Procès Bonnemaison : les « dépressions » du médecin aux sept empoisonnements (1)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s