Procès Bonnemaison : les deux premières tentatives familiales de disculpation (5)

Bonjour

Sept empoisonnements. Cinq familles qui n’ont pas jugé utile d’être partie civile. Ce procès sera-t-il aussi celui des témoignages à décharge ? Les deux premiers sont arrivés au troisième jour. Comme l’ordonnancement de la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques l’avait voulu. Dans un procès comme celui-ci le témoignage à décharge peut peser lourd.

Les proches des morts

Il ne s’agit certes pas de fournir un alibi à un assassin présumé, un de ces trop rares coup de théâtre comme les aiment les chroniqueurs judiciaires. Mais il ne s’agit pas non plus de venir simplement affiner le profil psychologique de l’accusé pour tenter de faire pencher les jurés du côté le moins sévère.

Ici le témoignage à décharge est celui des proches des personnes mortes – ces personnes dont la justice pense qu’elles ont été « empoisonnées » par le médecins à qui elles avaient été confiées. Tout est bouleversé ici. Pas de scène du crime mais une banale chambre hospitalière. On peut aussi y voir le lieu de la délivrance, la fin des tortures, la mort offerte après avoir été réclamée. Une mort qui serait survenue quelques minutes, heures, jours ou semaines plus tard.

Ecrire assis dans son cercueil

Un empoisonnement ou une mort hâtée ? C’est la grande question, la grande affaire. Toutes les interprétations sont possibles. Et chaque juré aura la sienne, faite de ses souvenirs, de ses croyances, de son propre rapport à la souffrance.  Il en va de même des policiers, des avocats, du procureur, de tous les rouages de la machinerie judiciaire. Idem pour le public. Chacun projette. Et que dire des chroniqueurs judiciaires ?

Peut-être faudrait-il trouver ici un point d’équilibre dépassionné – quelque chose comme la distance et l’angle de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe. « J’ai toujours supposé que j’écrivais assis dans mon cercueil » confesse-t-il dans sa préface testamentaire. C’est là une position qui ne s’improvise pas.

Mort naturelle

Vendredi 13 juin 2014. Les enfants d’une femme que Nicolas Bonnemaison est accusé d’avoir empoisonnée sont persuadés que leur mère est morte de mort naturelle. Christiane Tymen, 80 ans est décédée le 26 juin 2011.  Ils affirment que l’urgentiste n’a pas pu accélérer le cours des évènements. Cette femme souffrait d’une maladie neurodégénérative depuis plusieurs années. « Je n’ai pas quitté ma mère un seul moment » a expliqué Viviane Cipière, qui a raconté la lente « descente aux enfers » de la malade, une ancienne enseignante atteinte d’une maladie l’empêchant depuis quatre ans d’abord de marcher puis de parler.

L’Agence France Presse rapporte que ce témoin a exclu devant la cour la possibilité que le Dr Bonnemaison ait utilisé du Norcuron, médicament à base de curare. « Il n’est jamais resté seul avec ma mère », a-t-elle affirmé. Elle ajoute que la prise en charge de sa mère avait été « adaptée ». Le médecin a reconnu devant la cour s’être procuré de l’Hypnovel, un puissant psychotrope, ainsi que du Norcuron. Mais il a aussi indiqué ne pas avoir administré ces médicaments à cette octogénaire, le décès ayant été « rapide ». Il a une nouvelle fois reconnu ne pas avoir informé la famille de son choix et de ses gestes.

Correctionnelle

Pour le fils, Didier Tymen, le Dr Bonnemaison n’a pas contribué « plus que de nature » au décès de sa mère. « Si ça avait été le cas, ça me convient, a-t-il poursuivi.  Nous ne voulions pas qu’elle souffre ! Je ne comprends pas qu’un tel dossier soit traité devant une cour d’assises. Pas une seconde, je n’ai pensé me porter partie civile. »

C’est au tour de la fille d’un homme de 66 ans qui était « atteint de cinq cancers ». Elle affirme devant la cour qu’elle avait demandé ouvertement au Dr Bonnemaison que son père soit euthanasié. Isabelle Dhooge, 40 ans, s’exprime  par visio-conférence. Raconte les dernières heures de son père, Fernand Dhooge.

Extrême-onction

« Il était recroquevillé, dans un état végétatif » a-t-elle expliqué. Elle savait qu’il ne restait plus à son père « beaucoup de temps à vivre ». Il est mort  le 30 mars 2010, au lendemain de son admission au Centre hospitalier de la côte basque.  « J’ai informé le Dr Bonnemaison de vive voix que mon père voulait partir dans la dignité, qu’il ne voulait pas d’acharnement thérapeutique. Il a dit que la décision avait été comprise. »

La jeune femme a également raconté avoir demandé que le médecin n’utilise pas de « chlorure de potassium », mais quelque chose de « plus doux ». Elle a poursuivi et dit comment, son père ayant reçu l’extrême-onction, elle avait donné son accord « par un signe de tête » pour une injection. Une injection à laquelle elle a dit toutefois ne pas avoir directement assisté. Il s’agissait, selon elle, de morphine. Elle n’a jamais entendu parler de l’usage de curare.

Une vie ne suffirait pas

« On a eu le temps de lui dire au revoir, a-t-elle poursuivi. Une vie ne suffirait pas pour remercier le Dr Bonnemaison. Il ne l’a pas tué, il l’a aidé à partir dignement. » « Merci ! Grâce à vous cela a été moins difficile, a lancé à sa suite, en pleurs, Patricia Dhooge, deuxième épouse de M. Dhooge à l’adresse de l’urgentiste. Ce n’est pas possible de dire des mots à ce moment-là. »

On peut regretter d’avoir à les entendre dans la salle d’une cour d’assises.

A demain

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