Procès Bonnemaison : l’impossible souvenir du gâteau au chocolat (4)

Bonjour

Le mot est comme imprononçable. On peut parler de fin de vie, d’euthanasie, d’agonie. On cite le nom du curare et de médicaments qui tuent, parfois atrocement. Mais pas celui-ci. Et pas ici. A quoi cela tient-il ? Aux souvenirs qu’il impose ? A l’horreur du sucré ? Aux parfums du plaisir ? Tous les mots, mais pas celui là. Et pourtant il faut bien comprendre. Pourquoi, sinon, le cérémonial des assises ? Il faudra y revenir. On y reviendra Demain peut-être. Au moment des plaidoiries. Dans le secret jamais violé des échanges entre jurés.

Françoise Iramuno

Pour le reste l’atmosphère est trouble. Hier le micro de France Inter annonçait, à Pau, » des moments de grandes émotions ». Mais on ne laissa guère l’envoyée spéciale dire ce qui avait ému. Il y avait l’ouverture du Mondial. Paris est ailleurs. Les ténors de l’euthanasie et du débat d’idées ne sont pas encore en scène. Ces derniers mois les partisans du droit au suicide médicalement assisté avaient fait observer que si sept morts seraient jugées on ne comptait qu’une partie civile. Ils y voyaient sinon l’innocence de l’accusé du moins une forme d’acception générale de la société française devant des gestes que la loi et l’Ordre des médecins condamnent. Puis vint, à l’ouverture du procès, la constitution d’une deuxième partie civile. Epiphénomène dira-t-on. C’était compter sans la famille Iramuno dont le nom dit tout de l’origine. Pierre Iramuno, 61 ans, s’était constitué partie civile avec son épouse. Le Dr Nicolas Bonnemaison avait pris en charge la mère de Pierre. Et le Dr Bonnemaison fut le dernier à la voir vivante.

Sédation sans retour

Françoise Iramuno, 86 ans, avait fait une chute. Hémorragie cérébrale. Le neurochirurgien qui l’avait examinée avait conclu à l’impossibilité d’une intervention et en avait informé Pierre, fils unique. Un deuxième médecin avait confirmé le diagnostic M. Bonnemaison se souvient et explique. Souffrance neuropsychique – sédation terminale. Deux soignantes se souviennent et parlent. Aucun signe de douleurs. Faciès détendu. Constantes biologiques bonnes. Que dire de plus ? Le Dr Bonnemaison a œuvré comme il le reconnaît. Au mieux de ce qu’il pensait devoir faire. Au mieux de ce qu’il pouvait faire, ce jour là, dans ce service aujourd’hui décrié de l’hôpital de la côte basque. Et il l’a fait dans le silence dont il ne pouvait plus, alors, sortir. Le silence du médecin face à sa conscience ? Peut-être. Peut-être pas. Tous les silences ne se valent pas.

 Ouvrir les lèvres

« Il aurait suffi qu’il nous parle et nous ne serions pas là, dit le fils Iramuno. Pierre et sa femme ont vu, dans ce silence du « mépris » et du « dédain ». « Par votre silence, vous n’avez préservé personne, ni vous, ni nous, ni le personnel soignant. C’est pour ça qu’on est tous là aujourd’hui », a lancé le fils de la morte à celui qui est accusé de l’avoir « empoisonné ». Pierre Iramuno aurait voulu que le docteur de sa mère lui parle. Or cet homme a gardé le silence. Ce docteur jusqu’au bout des ongles n’a pas su ouvrir les lèvres. Ou il n’a pas pu. Qui tranchera ? Pierre Iramuno entend les faits tels qu’ils ont été rapportés devant la cour d’assises. Dans l’après-midi de ce jour d’avril 2011 une jeune aide-soignante et une infirmière  voient le Dr Bonnemaison ouvrir la pharmacie du service. Elles l’entendent « casser une ampoule » puis aller dans la chambre de la malade. Pui en ressortir. Alerte quelques minutes plus tard. Le cœur s’affole. Les deux femmes se précipitent dans la chambre. Plus d’espoir.  et L’infirmière aperçoit alors le médecin dans le couloir.

Principe de précaution

La suite, terrible,  est fidèlement rapportée par Pascale Robert-Diard (Le Monde, « Chroniques Judiciaires ») : « Je lui ai dit qu’elle était morte. Et que cette dégradation rapide ne me semblait pas naturelle. Il m’a répondu: ‘Elle a dû ressaigner’‘ et il nous a dit qu’il allait prévenir son fils du décès. » D’une voix dure, elle ajoute: « Pour moi, il n’y a eu aucun accompagnement. Le Dr Bonnemaison a pris la décision seul. A aucun moment, il n’a demandé à l’équipe de soins palliatifs d’intervenir. C’est contradictoire avec une prise en charge de fin de vie. » – Et pourquoi cette sédation dans l’après-midi? – Parce qu’il y avait un risque de souffrance psychique. – Vous dites risque. Vous pratiquez le principe de précaution? »

Tenir la main

Le président insiste: « Ce qui m’interpelle, M. Bonnemaison, c’est qu’à 14H45, la patiente semble stable. A 15H aussi. Et vous décidez brusquement d’une sédation. Et tout s’accélère. » Il revient à la jeune aide-soignante. « Quand vous entrez dans la chambre, vous constatez que la patiente est agitée. Que faites-vous ? – Je lui tiens la main. – Jusqu’à la fin ? – Oui. – Et le docteur Bonnemaison n’est pas là ? – Non. «  – Qu’attendez-vous de ce procès ? demande le président – Je ne sais pas. Comprendre, peut-être. »

Pari sur l’espérance de vie

La veille une aide soignante et une infirmière de garde ont raconté avoir entendu le docteur parier un gâteau sur l’espérance de vie de cette malade. Selon d’autres témoignages  le pari aurait porté sur du chocolat. « Demain, elle ne sera plus là » aurait publiquement assuré le médecin. Le cas Iramuno était le premier des sept cas d’ « empoisonnements sur personnes particulièrement vulnérables » qui seront examinés par la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques.

A demain

2 réflexions sur “Procès Bonnemaison : l’impossible souvenir du gâteau au chocolat (4)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s