Procès Bonnemaison : « Atteint par l’idée que l’on se fait de la souffrance de l’autre »

Bonjour

Kouchner Bernard, 74 ans. Auprès des médias le médecin n’a rien avoir perdu de son charme ni le politique de son éclat. Il fut plusieurs fois  ministre dans différents gouvernements. Souvent des gouvernements de gauche. Il y a véritablement œuvré. Contre les addictions. Et  dans la diffusion des outils matériels et psychologiques au service de la lutte contre la douleur dans les établissements hospitaliers. Et aussi au nom de ce qu’il est convenu d’appeler les droits des malades. Promulguée en 2002 une loi porte son nom.

Tout ne fut pas rose en ces temps là. L’homme aimait  cabotiner, jouer avec les médias, s’est parfois égaré. Mais il savait aussi s’entourer. Et il serait profondément injuste d’oublier ses combats libérateurs.

Flambeau

Et maintenant ? D’autres ont pris son flambeau et il est à Pau devant une cour d’assises qui juge un ancien médecin poursuivi pour sept empoisonnements. Quel rapport avec ce pourquoi il a combattu ? Que va-t-il faire ? D’abord montrer qu’il n’a pas perdu le sens de la formule. Ainsi parle-t-il  soudain des « illégalités fécondes ». Un concept qui semble s’appliquer à certains médecins accompagnant certaines fins de vie.

Il dit encore que face aux souffrances de la fin de vie « se détourner est facile, et appliquer la loi, c’est plus facile que de la transgresser ». Est-ce une référence au cas jugé ? Peut-être. Peut-être pas. Bernard Kouchner : « Mr Bonnemaison ne mérite pas, si j’ose dire, le terme d’assassin » (voir ici). Il ne dira toutefois pas le terme qui, à ses yeux, conviendrait. L’ancien ministre voit plutôt dans les faits qui sont reprochés à l’accusé la conséquence d’un isolement dans l’espace hospitalier. D’autres l’ont dit. Qu’en diront les jurés ?

Transgresser

Pour le reste Bernard Kouchner ne change guère. Devant la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques il n’a pas résisté, nous disent les agences, à dresser un parallèle avec la transgression des « French doctors » qui allaient jadis soigner dans les conflits ou zone de souffrance à l’étranger sans attendre d’autorisation. « Nous étions mis en prison et condamnés quand nous franchissions les frontières pour aller soigner les gens, a tenu à rappeler le cofondateur de Médecins sans Frontières et de Médecins du Monde ».  Certes. Mais y a-t-il là un véritable parallèle ? La transgression est-elle immanquablement un progrès ?

Bernard Kouchner a encore dit se sentir comme responsable de l’incapacité récurrente des politiques à modifier l’encadrement  législatif de manière à ce qu’il ne soit plus possible d’accuser ceux qui ont la responsabilité d’abréger la souffrance. Il a assurer regretter  de n’avoir pu réaliser une législation complète, en 2002, avec sa loi sur les droits des malades.

« Suicide social »

Trois ans plus tard fut promulguée la loi Leonetti sur les droits des malades en fin de vie. « Elle a sa place dans la chaîne du progrès, c’est un élément qu’il conviendrait de dépasser au plus vite » a-t-il estimé. Puis, prophétique : « Il y a eu, il y a, une évolution sur la fin de vie. Elle vient, elle est là ».

Reste, pour les jurés, une question à laquelle personne, pour l’heure ne répond : Nicolas Bonnemaison a-t-il participé à cette évolution générale ? En a-t–il été victime ?

Pour aider les jurés, deux experts – un psychologue et un psychiatre. Ils ont livré aujourd’hui leurs conclusions sur la personnalité et à la trajectoire de Nicolas Bonnemaison. Le psychologue Alain Penin a évoqué l’hypothèse d’un « suicide social », autre formule à retenir. L’ancien médecin aurait à sa façon refait  le « trajet de vie » d’une figure paternelle tutélaire et admirée (le Dr Jean Bonnemaison, son père s’est suicidé  lorsque son fils était âgé de 25 ans).

« Sentiment de compassion »

 Sud Ouest rapporte que le psychiatre Roland Coutanceau a quant à lui insisté sur la prégnance du « sentiment de compassion » chez l’ex-urgentiste bayonnais. « Les gens trop compassionnels veulent exonérer les autres d’un poids qui leur appartient ou d’une charge émotionnelle, a-t-il expliqué.  Il ne s’agit pas d’une pathologie, d’une tendance mégalomaniaque ou d’une attitude de justicier, mais plutôt un homme atteint par l’idée qu’il se fait de la souffrance de l’autre. » On pourrait voir là des propos presque religieux. Et moins éloignés que l’on pourrait croire que ceux de Bernard Kouchner. Qui a lui-même, à Pau, a parlé de Dieu. De Dieu et de nos âmes.

A demain

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