Même les plantes seraient moins végétatives qu’on voudrait nous le faire croire

Bonjour

Quelques lignes, grappillées ce jour  sur Slate.fr. Elles sont signées de Jean-Laurent Cassely :

« Pour la première fois, des chercheurs ont démontré que les plantes étaient capables de mettre en place des mécanismes de défense face aux insectes quand elles entendaient le son de leurs prédateurs qui dégustent leurs feuilles. Les chercheurs de l’université de Missouri-Columbia ont utilisé un laser pour observer comment des plantes du genre Arabidopsis (apparenté à la moutarde et au chou) réagissaient quand une chenille avançait sur leurs feuilles et les dévoraient. »

Plantes témoins

Dans un deuxième temps, ils ont retiré les chenilles mais ont diffusé un enregistrement sonore des vibrations qu’elles font quand elles croquent les plantes pour observer les mouvements de ces dernières. Incroyable mais vrai  ce son a suffi à lui seul aux plantes pour produire une substance chimique qui repousse les créatures affamées. Des « plantes témoins » qui n’étaient pas soumises à ces vibrations ont produit moins de substance.

Est-ce laisser entendre que cette  seule sonorité a déclenché le mécanisme de défense de ces plantes ? Les auteurs le pensent. « Ces résultats apportent une nouvelle pierre à l’hypothèse selon laquelle les plantes ont un comportement proche de celui des animaux, peut-on lire sur Slate.fr.  Le site Vox émet quelques réserves: la plupart des scientifiques favorables à cette idée «évitent habituellement d’utiliser des termes comme “entendre” ou “décider” quand ils décrivent l’activité observée».

Caquiller édentulé

Pour autant un nouveau champ d’études, la neurobiologie des plantes, se développe. Etrange affaire que cette neurobiologie appliquée à des systèmes dénués de « cerveau » et de « neurones » mais qui seraient capables de réactions complexes et structurées. Réactions suffisamment complexe pour nous émerveiller ou effrayer les cerveaux développés qui sont les nôtres.

L’un des résultats les plus surprenants de ces dernières années concerne la communication entre les plantes: certaines plantes (comme le caquillier édentulé) ont la capacité de percevoir si celles qui sont plantées à proximité sont ou pas de cousines de leur famille. Dans le premier cas elles généreront moins de racines nous montrant ainsi qu’elles n’ont ni le besoin ni l’envie d’entrer en compétition pour défendre un territoire qu’elles perçoivent comme commun.

Georges Feydeau et Alain Passard

Bien des jardiniers ne seraient pas surpris en lisant ces lignes. Beaucoup ont compris, au fil du temps, que telle ou telle espèce légumière ne supportent pas telle ou telle autre. Une marqueterie diplomatique à laquelle il faut ajouter les insectes. C’est ce que redécouvrent aujourd’hui les adeptes bobos du bio, notamment dans le monde du vin.

L’affaire prend évidemment une toute autre dimension si l’on évoque ici de possibles « communications ». Parler aux oiseaux, comme Georges Feydeau dans ses dernières années, était une chose. Parler à son persil, à ses oignons, à sa rhubarbe, à ses légumes et ses fruits de saison en serait une autre. Nous interrogerons bientôt le grand Alain Passard (1) sur cette bien dérangeante question.

Les sytèmes utilisés par les plantes, poursuit Vox, seraient assez complexes pour être qualifiés de «pensée», de «décision» voire d’«intelligence» par analogie au règne animal, résument Jean-Laurent Cassely. A condition, poursuit le site, que ces termes restent métaphoriques : ce qui fait débat à propos de ces résultats n’est pas tant leur validité que les mots qui sont employés pour les décrire. »

Manque de respect

Les mots sur les choses. Quels mots sur quelles choses et pour dire quoi ? Tout, on le sait, est là. Comme dans l’affaire Vincent Lambert. Dans la longue réponse qu’il a faite au Conseil d’Etat le Comité national d’éthique  souligne l’importance considérable des mots désignant des états qui nous échappent. Il souligne notamment que l’état d’éveil sans réponse (unresponsive wakefulness syndrome) était anciennement dénommé état végétatif chronique (il l’est encore, et très largement). Pour nos sages cette expression doit être prohibée « en ce qu’elle constitue un manque de respect qu’elle exprime à l’égard de la personne comparée à un végétal voire à un ‘’légume’’ ».

Faut-il relire ces lignes à la lumière de ces travaux qui démontrent que les membres du règne végétal (et donc les « légumes ») seraient capables de « décisions », auraient une pensée, seraient dotés d’« intelligence » ?

A demain

(1)  A noter, dans le numéro du Point daté  du jeudi 26 juin, le peu banal échange entre le cuisinier Alain Passard et le biologiste Richard Béliveau sur le thème de « la cuisine qui soigne ».

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