Sovaldi® : la firme américaine Gilead accusée de « hold-up ». La France va-t-elle se laisser faire ?

Bonjour

« A  ce prix-là, c’est un véritable hold-up ! ». La formule est de  Frédéric Van Roekeghem, directeur général de la Caisse nationale de l’assurance-maladie des travailleurs salariés (Cnamts). Il est heureusement cité dans Le Monde de ce jour (Pascale Santi). Une expression rare dans un monde feutré qui brasse beaucoup d’argent et qui évoque rarement (publiquement) les chausse-trapes.

Gigantesque casse-tête

Expression rare pour situation sans précédent dans le champ du médicament. Nous assistons en direct à la résolution  d’une équation concernant le prix de vente d’une spécialité pharmaceutique. Et quelle spécialité ! Le Sovaldi® (sofosbuvir) de la firme américaine Gilead Sciences. La tête de pont des antirétroviraux d’action directe (AAD) une famille qui semble en mesure de provoquer un bond thérapeutique en avant équivalent à celui des antirétroviraux dans le traitement de l’infection par le VIH il y aura bientôt près de vingt ans.  Il s’agit ici de l’hépatite virale de type C et d’une possible révolution.

Une révolution thérapeutique mais un gigantesque  casse-tête médico-économique. Nous avons déjà, sur ce blog, abordé différentes facettes de ce casse-tête (voir ici). Résumons-le à grands traits. Environ 230 000 personnes contaminés par le virus de l’hépatite C ; un peu plus de la moitié sont diagnostiquées et les autorités sanitaires incitent activement au dépistage afin d’identifier au plus vite l’autre moitié. Environ 5 000 nouveaux cas chaque année.  Parmi les personnes diagnostiquées, 43 % seraient au stade de fibrose « F0 » ou « F1 », et 49 % aux stades plus avancés « F2 à F4 ». Un quart de ces derniers  seraient aux stades « F3 et F4 », pour lesquels la HAS recommande un traitement.

« Construction du prix revendiqué »

La dernière mise au point (1et juillet) de la Haute Autorité de Santé (HAS) est claire (on peut la lire ici). Extraits :

« Au-delà de ces recommandations visant une stratégie thérapeutique, le Collège de la HAS s’inquiète du niveau de prix qui pourrait être attribué à ces traitements, et s’interroge sur la justification et la construction du prix revendiqué par l’industriel alors même que persistent de nombreuses incertitudes à ce stade sur l’efficacité à long terme et l’efficience de ces traitements. Le Collège de la HAS redoute l’impact budgétaire majeur de ces produits et les risques de renoncement à la prise en charge par la solidarité nationale d’autres traitements que cela induirait. »

« La justification et la construction du prix revendiqué par l’industriel ». Délicieuse formule pour parler d’un coup boursier et nom de la traduction du travail habituel de R&D (voir ici au chapitre pricing controversy) . Le sujet avait été évoqué début avril par notre confrère Jean-Daniel Flaysakier au 20 heures de France 2Comme on peut le voir ici. Et la question était clairement posée : le gouvernement français allait-il donner son aval pour le prix demandé par Gilead (60 000 euros le traitement individuel par Sovaldi® et près de 100.000 euros au total avec le traitement complémentaire) ?

1,9 milliard d’euros par an

« Sur une moyenne de quatre mois de traitement pour 25 000 patients par an, cela fait 1,9 milliard d’euros par an, soit 7 % du budget annuel du médicament de la France. A  ce prix-là, c’est un véritable hold-up » s’insurge donc Frédéric Van Roekeghem, dans les colonnes du Monde. Le diagnostic porté est, dit-on, le même au ministère de la Santé qui verrait là « un risque sans précédent pour la solidarité nationale »

« De nouveaux traitements de l’hépatite C arrivent sur le marché, ils vont changer la vie de milliers de malades. Certes ils sont chers, mais ils seront accessibles à tous ! » déclarait pour sa part Marisol Touraine, ministre de la Santé, dans un entretien aux Echos le 25 avril. Et maintenant, comment tenir cet engagement ?

Ethique à huis clos

Tout va se jouer désormais à huis clos devant le Comité économique des produits de santé, seul apte à négocier avec Gilead. Une réponse doit être donnée dans un délai de 90 jours.  « Un coût entre cinq et sept fois inférieur à celui demandé constituerait un bon compromis » confie un observateur bien informé.

Frédéric Van Roekeghem : « Certes, il faut hiérarchiser et traiter ceux qui ont le plus besoin de l’être, notamment ceux qui ont une co-infection, mais sélectionner les patients et attendre l’aggravation de leur pathologie pour les soigner, c’est discutable ». Il est rafraîchissant d’entendre un haut responsable de la sécurité sociale traiter publiquement de questions d’éthique. Rafraîchissant et trop rare. Qu’en dira le Comité économique des produits de santé ? Laissera-t-il se faire ce hold-up ? Un hold-up incroyable : à visage découvert, au grand jour et dans les caisses de la solidarité nationale.

.A demain

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