Allemagne – Brésil (7 à 1) : comment peut-on résister à une agonie filmée ?

Bonjour

Et puis soudain ce ne fut plus du football mais une lente agonie télévisée. Férues de ce sport ou pas, les centaines de millions de personnes qui ont assisté à cette demi-finale (Brésil-Allemagne, 8 juillet 2014) ont vécu l’équivalent d’une torture avec mise à mort,  une lente agonie filmée et télévisée. Il est une vieille antienne qui veut que les stades offrent – sous d’autres formes – le vieux spectacle de la guerre. Elle était de nouveau bonne pour le service.

Dans la soirée de ce 8 juillet nous avons appris comment on peut, en six minutes et devant le monde entier, assassiner le rêve d’un pays. Et ce qui ne peut pas être un hasard veut que ce fut l’Allemagne et que ce fut le Brésil. Bien avant la fin, ce fut l’Allemagne qui gagna. Du moins si l’on peut parler de gagner. Quand on dribble un fantôme l’art de l’esquive perd tout son charme et le gazon tout son éclat.

Le précédent Suisse-Autriche

Tout celà est, déjà, décortiqué à merveille. Les gestes ont été filmés, décortiqués, soupesés, radiographiés. On peut le voir avec le reportage analytique que nous offre, sur Slate.fr Grégoire Fleurot. Slate.fr où Jean-Marie Pottier nous démontre qu’il  n’y a pas d’équivalent à ce qu’il s’est passé mardi dans l’histoire de la Coupe du monde. Ce qui s’en rapproche le plus, c’est un match entre la Suisse et l’Autriche gagné 7-5 par les Autrichiens. Mais cela se passait à Lausanne et, sauf le respect dû à l’histoire et aux vieilles nations cela se passait à Lausanne il y a soixante ans.  Et ce n’était alors qu’un d’un quart de finale.

Les 6’41 » de folie

« Dans sa portée historique et l’empreinte qu’il va laisser sur les esprits, on peut comparer les six minutes et quarante-et-une secondes de folie de Brésil-Allemagne au miracle d’Istanbul, cette finale de Ligue des Champions de 2005 au cours de laquelle Liverpool, emmenée par un Steven Gerrard au sommet de son art, avait marqué trois buts en six minutes pour revenir à égalité avec le Milan AC avant de s’imposer aux tirs au but » écrit Jean-Marie Pottier. Dans sa portée historique sans doute. Mais dans le champ de la psychologie des foules ? Dans le champ de la sociologie et de l’idéologie du sport (1) ? Dans le champ politique et diplomatique ?

La lombaire de Neymar

Le « trou noir » est l’une des métaphores qui, ici, aident à saisir ce qui ne peut être compris. Il y a encore celle du naufrage. A commencer par celui du Titanic. Mais le Brésil n’était pas bâti comme l’était cette forteresse  et l’Allemagne, quoi qu’on pense d’elle par ailleurs, n’est en rien un iceberg. Et si naufrage il y eut, c’était un naufrage annoncé. La fêlure était connue. Elle était vertébrale, encore sanglante et concernait un ange : Naymar, salement fauché par un diable colombien (Juan Pablo Zuniga). La fêlure/fracture lombaire de Neymar da Silva Santos Júnior, 22 ans, sera cicatrisée bien avant que son équipe nationale ne tienne à nouveau debout. Et que deviendra Juan Pablo Zuniga ?

Les abymes de Belo Horizonte

Le « trou noir » de Belo Horizonte laissa entrevoir bien des abymes. Les commentateurs brésiliens, nous dit-on, restèrent sans voix. Leurs confrères français, moins touchés, tentèrent en vain de s’adapter. Comment parler de football quand on n’assiste plus à un match ? Dire, comme le firent certains « consultants », que le Brésil « n’avait pas le niveau », avait alors des accents insultants. C’était surtout profondément idiot. Une preuve supplémentaire que l’on peut aujourd’hui commenter sans jamais avoir le niveau minimal requis. On nous apprit aussi (sur TF1 et pour s’en moquer) que l’équipe du Brésil avait fait appel, durant une semaine, à une psychologue. Il s’agissait de tenter de pallier l’absence de son ange. Puis vint le premier des cinq premiers buts. Puis l’horreur de la suite.

Une agonie au carré

Par un étrange effet  de translation-compassion ceux qui étaient en charge de commenter ce qui devenait une mise à mort commencèrent alors à parler de « ce que devait penser Neymar de tout cela ». Non plus le spectacle offert de l’agonie collective offert à chacun d’entre nous mais un autre spectacle, invisible et fantasmé : celui de l’agonie au carré.

Jusqu’à la lie

Comment le Brésil se relèvera-t-il de ce deuil plus que national ? Tout a été dit du poids identitaire du football et de l’état économique de ce pays ; un pays accusé à l’avance de ne pas être capable de construire à temps les stades du Mondial. Les stades sont là. Dès grèves perturberaient l’ordonnancement du spectacle. Le spectacle est là. Le Brésil serait d’une façon ou d’une autre en finale. Il n’y sera pas. Et, pour son malheur, l’agonie 2014 n’est pas finie. Il lui reste à boire la lie. Ce sera celle des Pays-Bas ou, pire encore, celle du voisin argentin.

A demain

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