Chikungunya : Extension (aujourd’hui antillaise) du domaine de la lutte

Bonjour

Ce pourrait être une fable : Le politique et le moustique. Sa morale reste à écrire. A venir : des images télévisées de Marisol Touraine aux Antilles. Il s’agira moins de  tourisme sous le soleil (les vacances ministérielles à plus de deux heures de Paris sont interdites) que d’évoquer l’urgence de la lutte anti-vectorielle.

Du 16 au 18 juillet, la ministre de la Santé, se rendra en Guadeloupe et en Martinique.  Elle « suivra, sur le terrain, l’évolution de l’épidémie de chikungunya ».  Et elle « rappellera la mobilisation totale du gouvernement, des autorités sanitaires et des services de l’Etat pour prévenir toute aggravation de la situation en ce début de période estivale ». Une action en partie destinée à rassurer les populations locales comme les touristes effrayés par les dernières informations moustiques.

Arrivé il y a huit mois

Chikungunya. On l’avait connu il y a soixante ans en Tanzanie. Puis, en fanfare, il y a dix ans à La Réunion. Le voici depuis peu dans les Amériques. La date de son arrivée y est connue :

« Le 18 novembre 2013, cinq résidents de Saint-Martin souffraient de douleurs articulaires sévères suite à un épisode aigu de syndrome dengue-like. Les investigations épidémiologiques, microbiologiques et entomologiques ont révélé pour la première fois une transmission autochtone du virus du chikungunya dans les Amériques. Cette émergence entraîne un risque d’épidémies en Amérique et en Europe en raison de la circulation importante de voyageurs vers et en provenance de la France continentale ». (InVS).»

Cent mille cas

Depuis la situation n’a cessé d’empirer (voir ici). Le virus est désormais présent dans une douzaine de pays et de territoires des Caraïbes et de Guyane. Selon les derniers chiffres, plus de 100 000 personnes ont été touchées : 53 000 en Guadeloupe, 43 550 en Martinique, 3 500 à Saint-Martin, 680 cas à Saint-Barthélémy et 601 cas en Guyane. Environ un millier d’hospitalisations et trente-trois morts  (personnes âgées, enfants, femmes enceintes) ; On trouvera ici, établi par l’InVS, le dernier point de la situation épidémiologique.

La question n’est plus virologique (alphavirus à ARN thermosensible de la famille des Togaviridae). Elle n’est plus non plus entomologique (moustiques femelles du genre Aedes : Aedes aegypti et Aedes albopictus). Elle est économique et touristique : politique.  Environ 400 000 personnes partent chaque été de métropole pour se rendre en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin, Saint-Barthélemy ou en Guyane. (On trouvera ici les recommandations pratiques officielles pour se protéger).Pour l’InVS le chikungunya constitue désormais une « menace sanitaire d’envergure » pour les zones tropicales et subtropicales du continent américain.

Volontaires contre gîtes larvaires

Pas de médicaments, pas de vaccin il faut revenir aux grands classiques  tropicaux de la lutte anti-vectorielle. Priorité à l’élimination  des gîtes larvaires (où se reproduisent les moustiques) en fermant les citernes et en éliminant les récipients contenant de l’eau stagnante. Lutte contre le ramassage déficient des ordures et les eaux stagnantes des égouts à ciel ouvert. Facilitation de l’usage de moustiquaires, des produits répulsifs et de vêtements couvrants (une croix sur les shorts et les chemisettes).

Recrutement et mobilisation  de jeunes volontaires (comme, en Guadeloupe, les « brigades anti-chik ») faisant du porte-à-porte pour inciter  les habitants  à vider les vases, à retourner les coupelles des pots de fleurs, à vider les gouttières, à se protéger avec des moustiquaires (1). Il faut mettre les mains dans la boue. Ce n’est pas glorieux mais c’est la guerre. Une guerre menée au nom de la santé publique et contre le moustique.

Croiser les bras

C’est une guerre qui a commencé il y a longtemps et qui n’est pas près d’être gagnée. Aedes albopictus est présent dans un nombre croissant de départements du sud de l’Hexagone et les femelles  n’attendent que de se repaître du sang d’un voyageur contaminé pour véhiculer en métropole le virus du chikungunya. Quant à la planète elle doit toujours compter avec le fléau du paludisme et ceux de la dengue et des autres arboviroses. Les arthropodes hématophages ne nous lâcheront pas de sitôt. Pour ne pas dire jamais (Michel Houellebecq).

Ce pourrait être la morale de la fable. Elle dirait aussi que ce n’est pas une raison de croiser les bras. Et même que c’est même une bonne raison de santé publique pour que certains  ministres  prennent, de temps à autre, l’avion aux frais de la République.

A demain

(1) Un confrère addictologue, tropicaliste averti autant qu’amoureux des Caraïbes, souligne l’importance du port des chaussettes compte-tenu, souligne-t-il, de l’appétence des Aedes femelles pour le sang circulant des chevilles humaines.

 

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