Football: pourquoi deux protège-tibias et pas un seul protège-cerveau ?

Bonjour

Nous avons tous vu, hier 13 juillet, l’Allemand Christoph Kramer être sorti à la 31e minute de la finale contre l’Argentine  au Maracanã : il avait subi un choc à la tête dans la surface quinze minutes plus tôt dans un duel avec Ezequiel Garay. Pourquoi avoir attendu un quart d’heure ?

Quelques jours pendant la première mi-temps de la demi-finale de l’Argentine  c’est Javier Mascherano qui avait chancelé et semblé souffrir d’une blessure à la tête quand celle-ci s’est heurtée à celle d’un joueur néerlandais alors que les deux joueurs tentaient de gagner un ballon aérien. Mascherano a quitté le terrain un moment, puis est vite revenu. Pourquoi est-il revenu ?

Règles désuètes

Pendant la victoire de l’Uruguay face à l’Angleterre le milieu de terrain Alvaro Pereira s’est blessé après que sa tête a gravement percuté le genou d’un joueur anglais. Il  a semblé perdre connaissance pendant quelques instants mais il est resté en jeu. Pourquoi ? « En grande partie parce que les règles de remplacement désuètes de la Fifa ne donnent pas aux équipes assez de temps pour évaluer l’état de santé des joueurs potentiellement victimes de commotions cérébrales » explique –images à l’appui- Grégoire Fleurot sur Slate.fr.

L’affaire dépasse Slate.fr comme L’Equipe et tous les amoureux de football. Elle dépasse le sport. Dans l’éditorial de sa prochaine livraison (lire ici), la revue médicale spécialisée The Lancet Neurology revient sur le cas d’Alvaro Pereira et appelle les autorités sportives internationales à prendre en considération les problèmes neurologiques à long terme que les commotions cérébrales répétées peuvent causer.

SLA

Elle rappelle que la commotion cérébrale est la plus fréquente des lésions cérébrales traumatiques liées au sport et que les effets à long terme des commotions cérébrales répétées sont la démence précoce, la sclérose latérale amyotrophique ainsi d’autres troubles neurologiques graves. La revue estime que la décision pour les joueurs de revenir à un jeu après avoir subi une commotion cérébrale ne doit être prise que par des professionnels de santé en non par ceux «qui ont un intérêt dans la performance du joueur». 

Dans les vapes

« Le cas Pereira est le parfait exemple du caractère désuet de ces règles. Tous ceux qui ont regardé les ralentis quelques instants après la collision ont vu que le contact avec sa tête a été violent, mais aussi qu’il était totalement dans les choux quand il est resté au sol sur le terrain, écrit Grégoire Fleurot. Pereira a réussi à se lever et à sortir du terrain en marchant, mais il était clairement dans les vapes et une personne qui semblait être le médecin de l’équipe a indiqué au banc de touche qu’il fallait le remplacer. Mais dès que Pereira a vu la volonté du médecin de le remplacer, il a tout de suite insisté pour revenir sur le terrain, prenant le contrepied du médecin et des entraîneurs. Après le match, le médecin de l’équipe a signé une déclaration affirmant qu’il avait effectué un examen neurologique complet avant de laisser Pereira retourner sur le terrain. »

Trois options

En pratique face à une commotion cérébrale l’entraîneur doit prendre une décision immédiate. Il n’a que trois options:

1. Faire rentrer un remplaçant et perdre son joueur pour le reste du match.

2. Faire examiner son joueur pour voir s’il a souffert d’une commotion cérébrale. Mais cela oblige son équipe à jouer à dix jusqu’à ce que l’examen soit terminé. Pour être bien fait, un tel examen prend environ huit minutes et nécessite notamment de demander au joueur de retenir un mot dont il doit se souvenir cinq minutes plus tard.

3. Faire confiance à son joueur et le faire revenir dans le match au prochain arrêt de jeu.

Injustifié

Dans le cas Alvaro Pereira l’entraîneur uruguayen a opté pour la troisième option, faisant rentrer le joueur sans vraiment vérifier s’il avait subi une commotion cérébrale. La plupart des entraîneurs auraient pris la même décision.

Beaucoup estiment que ce sont là des pratiques d’un autre âge – des prises de risque que le jeu de football ne justifie pas. Les chevilles, les genoux, les tibias et les péronés suffisent aux spectacles des tacles sauvages ou désespérés.  Le cerveau, c’est une autre affaire. Certains évoquent des changements de règles. Comme permettre aux équipes de faire rentrer un remplaçant pendant que le joueur blessé est examiné avec une limite de temps pour le retour (ou pas) du joueur.

L’éclat du dribble

« Une autre possibilité serait de donner à chaque équipe un remplacement pour commotion cérébrale par match., suggère Grégoire Fleurot. Les équipes abuseront sans doute quand même de la règle, mais c’est un risque que la Fifa doit prendre pour la sécurité des joueurs. Début 2014, le sujet a pris une nouvelle importance à la suite d’un article du New York Times relatant le premier cas prouvé d’encéphalopathie traumatique chronique, ou ETC, une  chez un footballeur semi-professionnel. »

Modifier les règles ? La Fifa peut aussi imposer les casques. Le jeu ne perdra rien de son charme, ni le dribble de  son éclat.

A demain

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