Mal de dos : le Paracétamol® n’est pas moins efficace qu’un placebo. La HAS doit revoir sa copie

Bonjour

Voilà une étude qui touche où cela fait mal. Rappelons que le Paracétamol ® (acétaminophène) est l’un des antalgiques les plus prescrit et des plus consommés. Pour l’essentiel sous les marques Doliprane ®, Efferalgan ® et Dafalgan ®.  Il est, en France, en tête de toutes les ventes médicamenteuses (en volume et en valeur). Plus généralement cette molécule est proposée, (seule ou en association) sous plus de deux cents présentations. Et elle est tout particulièrement utilisée chez les personnes souffrant de lombalgies.

Tout bien pesé

Or voici qu’une publication du Lancet vient d’établir que cette consommation est, pour une large part, sans fondements rationnels : ses auteurs démontrent que l’efficacité du Paracétamol ® est, tout bien pesé, égale à celle obtenue à partir de la consommation d’une substance placebo (inactive d’un point de vue pharmacologique). Aucune différence  sur ​​l’intensité  à court terme des douleurs, des handicaps fonctionnels, de la qualité de sommeil ou de la qualité de vie. Et aucune différence non plus dans les effets indésirables ou de la durée moyenne d’inactivité professionnelle (17 jours dans le groupe paracétamol contre 16 dans le groupe placebo).

Ainsi donc, et contrairement à ce que titre Le Point, on ne peut pas dire que « le paracétamol ne sert à rien ». Il sert au même titre qu’un placebo peut servir. Ce qui n’set pas rien.

Soutien psychologique

Ce travail a été dirigé par les Drs Christopher M Williams et  Chung-Wei Christine (Sydney Medical School, University of Sydney, Australia). Il a été mené entre novembre 2009 et mars 2013 auprès de plus de 1600 personnes (âge moyen 45 ans) souffrant d’épisodes aigus de lombalgies et pris en charge par 235 professionnels de santé exerçant à Sydney (Australie).

Les patients étaient tirés au sort. Une fraction d’entre eux recevait du Paracétamol ® en fonction des douleurs ressenties (avec un maximum de 4000 mg par jour) et une autre fraction un placebo d’apparence identique au médicament actif. Ni le patient ni le prescripteur ne connaissait la nature de la prescription. Tous les patients ont été suivis sur une période de trois mois et ont reçu des conseils et un soutien psychologique adapté.

La copie de la HAS

Ces résultats sont d’autant plus spectaculaires que la lombalgie est l’une des principales causes d’invalidité temporaire à travers le monde et que de très nombreuses directives sanitaires et professionnelles recommandent le Paracétamol ® comme premier antalgique de choix pour la lombalgie aiguë. Or aucune étude préalable n’avait démontré de manière indiscutable son efficacité dans cette indication et l’étude australienne vient apporter la preuve que cette recommandation n’a pas à être observée.

En France voici ce que dit la HAS : « Dans la lombalgie aiguë comme dans la lombosciatique aiguë, les traitements médicaux visant à contrôler la douleur sont indiqués. Ce sont les antalgiques, les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les décontracturants musculaires. Il n’a pas été identifié d’étude sur les effets de l’association de ces différentes thérapeutiques. » Peut-être serait-il utile que la HAS envisage de se pencher sur le placebo.

Géants de l’industrie

« Un simple analgésique comme le paracétamol ne peut pas être la clef de la gestion de la crise de lombalgie résume le Dr Christopher Williams. Nous devons reconsidérer la recommandation universelle de prescrire du  paracétamol comme traitement de première intention. Et il nous faut comprendre pourquoi le paracétamol peut être efficace dans d’autres situations douloureuses mais pas dans celle-ci.  Et compte tenu du délai rapide dans lequel les participants à notre étude ont été améliorés il serait intéressant de voir si les conseils et les stratégies de réconfort (tels qu’ils étaient prévu dans notre étude) pourraient en définitive être plus efficaces que les prescriptions médicamenteuses. »

Il serait également intéressant d’analyser les raisons qui ont fait que le paracétamol s’est imposé, sans preuves rationnelles, comme le médicament de première intension dans cette situation pathologique. Quel a été ici, auprès du corps médical, le rôle des géants de l’industrie pharmaceutique producteurs de cette spécialité ? De ce point de vue un paradoxe veut que l’étude publiée dans The Lancet a, pour partie, été financée par GlaxoSmithKline qui a notamment offert les lots de Paracétamol ® utilisés dans cette expérience.

A demain

Une version de ce texte a initialement été publiée sur Slate.fr

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