Hépatite virale E : controverse naissante sur le dépistage systématique des donneurs de sang

Bonjour

En marge de celle sur les dons de sang des homosexuels (1), la controverse sur le dépistage de l’infection par le virus de l’hépatite E (VHE). On en trouve les principaux termes dans une publication et un commentaire du Lancet. La publication (voir ici) est signée d’un groupe dirigé par le Pr Richard Tedder (service national britannique de transfusion et de transplantation). Le commentaire est le fait du Pr Jean-Michel Pawlotsky (Centre national de pour les hépatites B, C et D ; département de virologie de l’hôpital Henri Mondor, Créteil). Le premier est contre l’idée d’un dépistage systématique du VEH. Le second est pour. Qu’en dira Marisol Touraine, ministre de la Santé, par ailleurs auteure du Lancet ?

Contamination fécale-orale

On lira ici le résumé de ce que dit l’OMS sur le type E de l’hépatite virale. Avec un virus qui se transmet principalement par la voie fécale-orale (contamination fécale de l’eau de boisson) ainsi que par voies alimentaire (ingestion de produits dérivés d’animaux infectés) et transfusionnelle. Et ici une synthèse  (par le Centre national de référence).

Le travail du Pr Tedder et de ses collègues a consisté en une analyse rétrospective de 225.000 dons de sang individuels recueillis dans le sud-est de l’Angleterre entre octobre 2012 et septembre 2013. Une recherche systématique de l’ARN viral de l’agent VHE a été effectuée. Ils ont alors trouvé 79 donneurs ayant une virémie positive pour le génotype 3 du VEH (prévalence de 1/2848). Ces 79 dons ont été utilisés pour préparer 129 composants sanguins, dont 62 ont été utilisés chez des receveurs. Le suivi de 43 d’entre eux a montré qu’une transmission virale avait eu lieu dans 18 cas (42%).

Pathologie hépatique chronique

« L’infection par le génotype 3 du VHE est très répandue dans la population anglaise, y compris chez les donneurs de sang. Nous estimons qu’entre 80 000 et 100 000 infections sont susceptibles d’avoir été contractée en Angleterre au cours de l’année de notre étude, commente le Pr Richard Tedder. Bien que se manifestant rarement par une maladie aiguë, les infections par le virus de l’hépatite E peuvent évoluer ultérieurement chez les patients immunodéprimés. Ceci les expose au risque de pathologie hépatique chronique et une politique est nécessaire pour identifier ces patients infectés de façon persistante et de leur fournir un traitement antiviral approprié. »

Pragmatisme aidant le Pr Tedder précise que son étude indique que la charge globale du préjudice collectif résultant d’une infection post-transfusionnelle par le VHE est légère. Il ne semble donc pas urgent selon lui d’instaurer un dépistage systématique chez les donneurs de sang. Il renvoie toutefois ici à l’organisation d’un débat plus large centré dur le rapport bénéfice/risque.

Affaires du sang contaminé

Point de vue différent chez le Pr Jean-Michel Pawlotsky. Dans son commentaire du Lancet le spécialiste français se dit surpris des conclusions que ses collègues anglais tirent des faits qu’ils révèlent au grand jour. Selon lui  les conséquences  cliniques potentielles de l’infection à VEH ne doivent pas être minimisées. « Je crois que le dépistage systématique des composants sanguins pour les marqueurs de l’hépatite E  doit être mis en œuvre dans les zones où le VHE est endémique, par exemple, dans les pays de l’Union européenne. »

Le Pr Pawlotsky sait que cette position sera débattue au sein de la communauté des experts. Viendra ensuite les temps de la décision politique. Mais pour lui aucun doute n’est permis : le dépistage de l’ARN du virus de l’hépatite E s’ajoutera bientôt à la liste de toux ceux, obligatoires, qui permettent d’assurer une sécurisation maximale de la transfusion sanguine. Restera bien sûr la question du coût. Mais on sait que depuis les affaires du sang contaminé par le VIH la lecture des responsables politiques français diffère sensiblement de leurs homologues européens.

A demain

 (1) Sur ce thème conflictuel, et sur fond de risque de pénurie de don de sang, notre intervention de ce jour sur les ondes de France-Inter http://www.franceinter.fr/emission-linvite-du-57-jean-yves-nau-notre-modele-est-base-sur-le-benevolat-la-gratuite-et-lanonymat

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