Paludisme : deux bonnes et une très mauvaise nouvelle. On commence par laquelle ?

Bonjour

Il existe une histoire et une géographie de la lutte contre le paludisme (entre 600 000 et 800 000 morts prématurées chaque année). Il existe aussi une histoire médiatique du paludisme. Depuis trente ans elle colle assez fidèlement aux publications scientifiques. Quelques avancées, toujours  hypothétiques. Des essais vaccinaux, toujours sans lendemain. Et, dans la foulée du sida la création d’un « Fonds mondial » de lutte sur les trois fronts : viral (VIH), bactérien (tuberculose) et parasitaire (paludisme). Avec les succès et les échecs que l’on sait.

Ambivalence

31 juillet 2014 : trois publications illustrent à merveille l’ambivalence du  front antipaludéen. La première est sur le site de Science Translational Medicine  (on peut voir le résumé ici) On peut la résumer : une équipe de chercheurs a identifié des anticorps jusque-là inconnus pouvant permettre de développer des vaccins contre le parasite Plasmodium falciparum, responsable de la forme la plus grave du paludisme. Ce travail a été dirigé par le Dr Faith Osier (Pathogen Vector and Human Biology Department, Kenya Medical Research Institute Centre for Geographical Medicine Research, Kilifi, Kenya). .

Antigènes inconnus

En soumettant un grand nombre de protéines de ce parasite à des anticorps produits naturellement par le système immunitaire d’enfants kenyans  infectés, les auteurs ont identifié des antigènes jusqu’alors inconnus. Ils estiment avoir également découvert de nouvelles façons d’utiliser ces antigènes (qui provoquent une réaction immunitaire) en les associant à des vaccins pour accroître la protection. « La résistance aux traitements antipaludiques (…) est un problème grandissant qui rend indispensable la mise au point de vaccins pour combattre le Plasmodium falciparum avant qu’il ne rende malade les personnes infectées, explique le Dr Faith Osier. Cette étude fournit un grand nombre de nouveaux vaccins candidats qui offrent un véritable espoir. »

Combinaisons d’anticorps

Les chercheurs ont suivi pendant plus de six mois un groupe de 286 enfants porteurs de parasites. Certains ont développé la maladie, tandis que d’autres ont été protégés par des anticorps naturels ayant empêché ce mêmes parasites de pénétrer dans leurs cellules sanguines et leur a épargné des symptômes graves (forte fièvre, anémie). Les échantillons sanguins prélevés sur ces derniers ont permis d’identifier des combinaisons d’anticorps pouvant conférer une protection totale contre le paludisme, indiquent en substance les auteurs.

« Les essais cliniques de vaccins anti-paludéens se concentraient dans le passé sur une seule cible et avaient un succès limité, souligne le Dr Julian C. Rayner (Malaria Programme, Wellcome Trust Sanger Institute, Cambridge Sanger Institute). Avec cette approche, on peut tester systématiquement un plus grand nombre de cibles ainsi que des combinaisons de cibles. »

« Milestone »

La seconde publication est sur le site de PLOS Medicine. On peut la lire en intégralité ici. Elle est est également rapportée par la BBC (voir ici). BBC qui parle de milestone en citant le Pr Sanjeev Krishna (St George’s University of London) qui n’a pas participé au travail mais qui a été reviewer du papier. Ce travail concerne le vaccin « RTS,S/AS01 » développé par la multinationale britannique GlaxoSmithKline (GSK) en collaboration avec l’organisation non-profit « Path Malaria Vaccine Initiative » et le soutien financier de la « Bill & Melinda Gates Foundation ».

 Onze pays africains

Il s’agit ici d’un essai clinique de phase III mené dans onze pays africains dans lesquels des enfants avaient reçu trois doses vaccinales dix-huit mois au préalable :  6.537 enfants âgés de  6 à 12 semaines et 8.923 enfants âgés de 5 à 17 mois. Dans le meilleur des cas sur 1000 enfants vaccinés 800 épisodes paludéens ont en moyenne pu être prévenus.  Bien que l’efficacité du vaccin tende à diminuer au fil du temps, l’étude suggère qu’il peut avoir le plus grand impact dans les zones fortement impaludées.

Commercialisation

Les scientifiques cherchent désormais à savoir si un rappel pourrait améliorer les taux de protection. Il faut aussi compter avec de possibles  effets secondaires sévères (méningites).  En toute hypothèse la protection conférée n’est que relative et d’autres mesures préventives comme les moustiquaires et les insecticides demeurent indispensables. GlaxoSmithKline a d’ores et déjà demandé une autorisation de commercialisation à l’Agence européenne du médicament.

Nouvelles résistance

La très mauvaise nouvelle ? Elle est dans les augustes colonnes du New England Journal of Medicine. (On trouvera le résumé ici). Et ici le traitement qu’en fait la BBC. En substance on observe une inquiétante montée de la résistance du parasite à l’artémisine, médicament jusqu’ici efficace contre lui. Et cette émergence de nouvelles résistances est nettement plus sévère que ce que redoutaient les spécialistes. Aussi une « action radicale » est-elle désormais indispensable et  urgente pour éviter le pire. Ou du moins pour le retarder.

Frontières Cambodge-Thaïlande

Ces conclusions résultent d’une vaste étude menés dans dix pays africains et asiatiques chez plus de 1200 enfants et adultes victimes d’accès paludéens après avoir été traités par artéminisine. Alors qu’elle n’est pas (encore ?) observée sur les sites africains (Kenya, Nigerian République Démocratique du Congo) la résistance est désormais émergente  chez les populations parasitaires du Cambodge, de Thaïlande, du Vietnam et de Myanmar. Plus grave : elle s’ajoute à d’autres résistances préalablement observées, notamment dans les régions frontières du Cambodge et de la Thaïlande.

Worse than we expected

Pr Nicholas White (University of Oxford): ‘’Resistance is now present over much of South East Asia. It’s worse than we expected. We have to act quickly if we are going to do anything. We will need to take more radical action and make this a global public health priority, without delay.’’

Une autre publication du même New England Journal of Medicine (voir ici) permet de nourrir quelques espoirs quant à une nouvelle molécule anti-paludéenne. C’est un essai de phase II mené sur trois sites de Thaïlande – un  travail financé par la multinationale pharmaceutique suisse Roche.

A demain

 

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