Cigarette électronique : Marisol Touraine est attendue au tournant des « espaces publics »

Bonjour

Le 26 août 2014 aura été marqué par deux événements: la condamnation radicale de la e-cigarette par l’OMS et le maintien de Marisol Touraine au poste de ministre de la Santé dans le gouvernement Valls II. Les deux informations vont bientôt se croiser : quelles leçons Mme Touraine va-t-elle tirer du haro décrété par Genève ?

La chose est entendue pour ce qui est de l’interdiction de la vente aux mineurs : elle est acquise en France. Du moins si l’on estime que la loi est appliquée. On sait ce qu’il en est de l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs dans un pays où plus du tiers des mineurs fument ostensiblement aux portes des lycées et collèges.

Eminemment politique

Désormais la grande question soulevée est celle de l’interdiction dans les « espaces publics ». Question éminemment politique qui renvoie à une démonstration médicale scientifique : « prouver que la vapeur exhalée n’est pas nocive pour des tiers ». C’est poser à distance la question du tabagisme passif – qui fut à la base de la célèbre « loi Evin ». On avait alors mis des années à établir que l’inhalation de la fumée de tabac par des tiers était nuisible à ces mêmes tiers. La science avait parlé, le politique trancha.

En 2014 la donne s’est inversée. Rien ne prouve que la vapeur d’eau de la cigarette électronique soit nocive à la santé des tiers (on tendrait plutôt à penser le contraire). Pour autant il faudrait interdire avant que l’innocuité soit prouvée. Où l’on voit qu’entre les deux ministres (socialistes) Evin et Touraine le principe de précaution et la hantise des poursuites judiciaires ont fait leur effet.

« Flou complet »

Que va faire Marisol Touraine. On indique, de bonne source, que sa position n’aurait pas variée. Mais quelle position ? « Il y a plus d’un an déjà, Marisol Touraine s’était dite favorable à une interdiction dans les lieux publics, tout en reconnaissant l’intérêt de l’e-cigarette pour le sevrage, résume Le Monde (28 août 2014). Depuis, rien n’a bougé. La ministre est toujours favorable à une interdiction  » dans certains lieux publics « , comme elle l’a redit en avril. » Mais quels « lieux publics » ?  

« C’est le flou complet » confie le Pr Bertrand Dautzenberg président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFTA) à qui Mme Touraine avait, l’an dernier, confié la rédaction d’un rapport qui mériterait d’être actualisé. Le Pr Dautzenberg ne cache pas être contre le vapotage dans les espaces publics. Mais il a aussi le mérite d’ajouter que cette interdiction ne se fonde pas sur des données scientifiques mais bien sur des considérations psychologiques. « La cigarette électronique ne rejette pas de monoxyde de carbone ou de particules solides nocives » assure-t-il. La prohibition est, pour lui, « un choix de société qui consiste à éviter tout effet incitatif ».

Freins juridiques

« Prendre position est difficile à plusieurs titres, résume Le Monde. Scientifique, car qu’il n’y a pas consensus sur la nocivité ou non de l’e-cigarette. Politique, car de plus en plus de Français sont passés au vapotage – il y a 1,5 million d’utilisateurs quotidiens d’après l’Observatoire français des drogues et toxicomanies – et parce qu’il s’agit d’un outil de sevrage efficace. Le frein est juridique aussi : appliquer purement et simplement la législation en vigueur pour le tabac ne semble pas possible, les produits étant différents. »

C’est, en d’autres termes, un choix politique. De ce point de vue il est remarquable que les responsables politiques ne fassent pas appel au rationnel : pourquoi ne pas chercher, objectivement, ce qu’il en est de la réalité de cet effet « incitatif » ? Voir un « vapoteur », une « vapoteuse » se libérer de son esclavage au tabac conduit-il aussitôt le non fumeur (et le fumeur sevré) à redevenir l’esclave du tabac et de l’Etat ?

Laisser dormir le législateur

Pour l’heure la vérité est que dans les lieux et espaces publics (écoles, cafés, restaurants, hôpitaux, aéroports ou gares) chacun fait à peu près ce qu’il veut. Et que l’on n’observe guère de troubles à l’ordre public. Pourquoi, dès lors, déranger le législateur qui sommeille en chaque ministre ? Pourquoi compliquer un peu plus encore la libération des vapoteurs du tabac ? Sauf à retenir l’argument (nous l’avons entendu) selon lequel le vapoteur, la vapoteuse peut trouver dans cette interdiction une aide pour poursuivre sa marche vers la libération.

L’OMS s’est prononcée. En France Marisol Touraine est toujours à la barre. On attend désormais le prochain épisode : l’annonce du détail du « Plan national de réduction du tabagisme ». En février dernier le président de la République l’avait annoncé pour « avant l’été ». On a ensuite parlé de « la rentrée ». Nous y sommes.

A demain

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s