Alcoolisme : les jeunes journalistes sont-ils plus exposés au risque que leurs anciens ?

Bonjour

On ne le sait pas assez : le jeune journaliste, à la différence de ses grands aînés, est un être fragile. Les génomes sont les mêmes mais l’environnement à changé. Hier le journaliste voyageait et vivait sur notes de frais. Les temps se sont durcit et l’écran a tout envahi. Sans parler de la (quasi) disparition des notes de frais.

Tout ceci est entre les lignes d’une publication originale qui met en lumière une réalité méconnue : le travail derrière l’écran (jadis qualifié de travail « de desk » – aujourd’hui « desk-web ») expose à des risques équivalents (traumatologie exceptée) à ceux auxquels étaient exposés les reporters de guerre (1). La vérité est que tous ne sont pas des reporters de guerre et que même les reporters de guerre peuvent être des émotifs.

« Un métier où l’on boit »

Quand on interroge ces nouveaux journalistes il répondent que l’écran ne doit pas tromper, qu’il y a le clavier. Qu’il s’agit aussi de « dialoguer », de « troller », de « faire de la veille », de « repérer des interlocuteurs ». Bref, que le métier n’a guère changé. A l’exception des voyages en première et des longs repas arrosés entre confrères. « Le journalisme est un métier où l’on boit » prévenait jadis un ami et confrère du Monde,  par ailleurs grand professionnel. Il se reconnaîtra.

Aujourd’hui l’affaire est actualisée sur Medscape France. La journaliste Stéphanie Lavaud y rapporte que  une hypothèse émise par des chercheurs en psychiatrie : les journalistes de salle de presse (journalistes de desk-web notamment) recevant du « contenu généré par les utilisateurs »  -CGU) pourraient être psychologiquement meurtris par le visionnage récurrent d’images (photos et vidéos) de diverses origines et ce caractère généralement violent.

Ecoles de journalisme

Un chercheur en psychiatrie qui émet une hypothèse peut ne pas résister à la valider. Ce fut le cas ici. Et l’étude qu’ils ont menée (la première du genre dit-on) valide leur hypothèse : une exposition régulière à des contenus « explicitement violents » est corrélée à un stress post-traumatique, à de la dépression et à une consommation augmentée d’alcool. Tout ceci vient d’être rapporté dans le détail par The Journal of the Royal Society of Medicine open  par Anthony Feinstein, Blair Audet et Elizabeth Waknine, chercheurs en psychiatrie à l’Université de Toronto. Résistent-ils sans mal à cette violence à laquelle ne les préparent pas (encore) leurs écoles professionnelles ?

 On ne sait que peu de choses sur la santé mentale des nouveaux journalistes, ceux qui sont nés en même temps que le Web 2.0  – ceux qui sont en première ligne et qui reçoivent en flux tendus les violentes monstruosités générées par le CGU. Pour répondre les psychiatres canadiens ont enquêté sur  l’état psychologique de 116 journalistes de desk travaillant sur du CGU  pour trois agences d’information internationales.

Violences des images

« Trois auto-questionnaires ont été utilisés pour évaluer leur état psychologique, résume Medscape France. L’échelle révisée d’impact des événements (Impact of Event Scale-revised ou IES-R) permet d’évaluer la dimension post-traumatique ; l’inventaire de la dépression Beck II (Beck Depression Inventory –II ou BDI- II) évalue l’état dépressif et un questionnaire de santé général à 28 items (28-item General Health Questionnaire ou GHQ-28). »

Conclusion : 41% des journalistes interrogés sont exposés quotidiennement à des images de violence, 46 % à un rythme hebdomadaire et 13% de façon mensuelle. Mais surtout, elle fait apparaître une association indépendante et claire entre le visionnage fréquent de telles images et des états psychologiques « dégradés » : anxiété, dépression, stress post-traumatique et consommation excessive, puis incontrôlée, de boissons alcooliques.

Slate.fr, déjà, en 2011

« Des recherches antérieures qui s’étaient intéressées spécifiquement aux journalistes de guerre avaient révélé des taux élevés de stress post-traumatiques et de dépression majeure chez ces journalistes comparés à ceux couvrant des sujets qui ne présentent pas de menaces personnelles et sans confrontation majeure à la violence », soulignent les chercheurs canadiens.

De fait on pouvait déjà lire, en 2011 dans un article de « Reporters sans frontières » publié  sur Slate.fr   :

 « Le reporter de guerre est particulièrement exposé. Premier témoin des massacres, des cadavres mutilés, des combats et de son lot d’horreurs qu’il a couverts au plus près, il peut revenir l’esprit hanté par des images de cauchemar. Son corps n’a été touché par aucune balle; son pied ne s’est posé sur aucune mine; il est sorti indemne de tous les accrochages armés. Mais il a vu des scènes auxquelles son psychisme n’était pas préparé. La dépression peut être au bout, parfois la folie. Pour certains, l’alcool, la drogue aide à tenir le coup. »

Salles de rédaction

La guerre s’est déplacée du terrain à la salle de rédaction. Cette nouvelle étude montre que « l’exposition à la violence, même de façon indirecte, chez le groupe de journalistes travaillant sur du CGU peut être un déterminant important de troubles relevant de la psychopathologie et que la vision répétée d’images traumatisantes est susceptible d’entraîner des conséquences psychologiques ».

Les auteurs canadiens soulignent deux points. D’abord  la fréquence de l’exposition à ces images pèse plus que la durée. Ensuite les journalistes de sexe féminin seraient plus exposées aux risques  qu’ils mettent en évidence. Ce travail  sera critiqué (absences d’interviews structurées et de groupe contrôle). Il a néanmoins pour vertu de souligner  la nécessité de faire face à de nouveaux défis médicaux et psychiatriques associés, au-delà des seuls journalistes, à la diffusion exponentielle des écrans et des images.

A demain

(1) Sur le thème de l’utilité du reporter de guerre lire ici le papier de Gréroire Fleurot, journaliste à Slate.fr

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