Ebola : « Il faut faire peur pour accrocher un auditoire », par le Pr Didier Raoult

Bonjour

Dénoncer les médias est un grand classique. C’est d’ailleurs un classique dont les médias se chargent eux-mêmes – la confraternité journalistique ayant ses limites. Dénoncer les médias en période de  crise sanitaire est un autre classique. On les accuse généralement d’en faire trop (grippe aviaire) ou – plus tard – de ne pas en avoir fait assez, en temps et en heure (affaires du sang contaminé).

Qu’en est-il avec l’Ebola ? On voit bien, depuis plusieurs semaines déjà, que chacun tâtonne. En parler certes. Informer. Mais à quelle fréquence, sous quels angles, avec quelles tonalités. Catastrophe majeure en gestation ou simple crise virale loco-régionale vite oubliée ? Comment savoir ?

Celui qui sait

Il en est un qui sait : le Pr Didier Raoult, de Marseille. Nous avons déjà parlé ici de ce microbiologiste atypique (« Ebola : Didier Raoult ou comment noyer l’éthique dans la repentance occidentale (Le Point» ; C’était à l’occasion d’un billet étrange publié dans Le Point. Ici le microbiologiste s’exprime sur une radio publique : France Inter. Il y est présenté comme une voix dissonante. C’était ce 30 août, dès l’aube. On peut l’écouter ici dans « Carnet de santé » de Danielle Messager

Tout n’est pas faux dans ce que dit le Pr Raoult. Son propos est double : relativiser la mortalité de l’actuelle épidémie africaine d’Ebola et attaquer l’OMS. Relativiser est chose facile. 1500 morts ? C’est très précisément l’équivalent en France, nous dit le Pr Raoult, des morts par septicémie à Escherichia coli, par staphylocoque ou par hépatite B.

Trop c’est trop

Attaquer l’OMS est plus simple encore et le Pr Raoult est loin d’être le seul. Selon lui (nous simplifions) la médiatisation des crises sanitaires locales n’aurait d’autres fins que de fournir à l’OMS une autojustification de sa propre existence. Et de rappeler que toutes les crises dont les médias français ont amplement parlé (la « grippe aviaire » à H5N1, le Sras, le Mers-CoV – aujourd’hui l’Ebola) n’ont jamais ou presque concerné la France.

Il en tire la conclusion (nous simplifions) que trop c’est trop : trop de médiatisation n’a pas sa justification. Il oublie du même coup le rôle positif (préventif) que peut avoir la médiatisation (« excessive ») d’une épidémie naissante. Il oublie aussi la solidarité qui peut être associé au traitement médiatique d’une affaire de santé publique.

Monstruosité

Il y a selon lui « une disproportion monstrueuse » entre la réalité des maladies infectieuses et la réalité qui en est donnée, du fait notamment de l’OMS. Message entendu. Ces déclarations ne manquent pas de surprendre dans les milieux de la virologie comme auprès de la Direction générale de la santé où l’on se souvient du très vif intérêt que manifestait, il y a quelques semaines, le spécialiste marseillais pour Ebola.

Où l’on en vient à la fin de l’intervention du Pr Raoult sur France Inter. Ce microbiologiste est aussi un écrivain prolixe. Il a notamment beaucoup écrit sur « ces virus qui nous font peur ». Pourquoi ? « (…) mais vous savez très bien que pour accrocher un auditoire il faut faire peur, c’est comme ça. »  

Une affaire de livres

« Au milieu de la grippe aviaire j’ai écrit un livre qui tentait de mettre les choses en perspective. Et en même temps que j’ai fait  ce livre – qui a dû tirer à 2.000 exemplaires- des collègues de la Pitié-Salpêtrière  ont écrit un livre en disant que mourir  tout le monde allait mourir de la nouvelle épidémie de grippe. Et ils en ont vendu 200 000 (1). Moi je m’en fiche, je ne vis pas de ça. »

Eux, si ?

A demain

(1)     Le Pr Raoult fait sans doute référence à l’ouvrage de ses collègues les Prs François Bricaire et Jean-Philippe Derenne : « Pandémie : la grande menace de la grippe aviaire » (Editions Fayard)

Quatrième de couverture : «  L’Organisation mondiale de la santé a annoncé le 2 septembre que le risque de pandémie grippale est grand, qu’il va durer, que les moyens de l’éviter sont faibles et que les traitements manqueront. Cela conforte les craintes de la communauté scientifique, et , en premier lieu, celles des deux plus pretigieuses revues, Sciences et Nature.

La dernière pandémie, la grippe espagnole, a tué entre 50 et 100 millions de personnes en 1918-1919 et, si rien n’est fait, c’est par dizaines de millions qu’on pourrait compter le nombre de victimes de la grippe aviaire.

Il n’y a cependant pas de fatalité, et des moyens existent pour y faire face. Dans ce livre, deux éminents spécialistes des maladies respiratoires et infectieuses font le point sur les aspects les plus récents de la grippe, sur les virus et les risques de mutations, sur les traitements et les stratégies. Ils expliquent pourquoi et comment l’actuelle maladie des oiseaux peut devenir humaine.

Ils montrent les conséquences médicales et non médicales de la lutte contre la pandémie et pourquoi elles impliquent le politique à son plus haut niveau.

Ils décrivent les moyens dont dispose une démocratie pour affronter cette épreuve. Loin d’être alarmiste, ce livre est un message de confiance et d’espoir. »

Une réflexion sur “Ebola : « Il faut faire peur pour accrocher un auditoire », par le Pr Didier Raoult

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s