Ebola : en Afrique, le virus n’existe pas. Voici pourquoi.

Bonjour

Tout va plus vite avec Ebola. Y compris pour ce qui est des sciences molles. On a déjà vu (c’était dans Libération) un sociologue français agressif s’intéresser à l’affaire. Aujourd’hui c’est un anthropologue sénégalais. Et c’est dans l’AFP.  

Cyclone épidémique

Il se nomme Cheikh Ibrahima Niang. Il est enseignant-chercheur socio-anthropologue à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et de retour d’une mission avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il nous dit en substance qu’il est impossible de soigner les malades sans prendre en compte leur environnement culturel. En Afrique comme en France.

«Quand les populations disent qu’Ebola n’existe pas, elles se rebellent contre quelque chose, nous dit-il encore. Elles sont dans des situations où on ne les a pas consultées. Elles ont l’impression qu’on les traite avec beaucoup de paternalisme ». M. Niang a séjourné pendant tout le mois de juillet dans les zones de Kailahun et Kenema, à l’est de la Sierra Leone, aux confins de la Guinée et du Liberia, dans l’œil du cyclone épidémique.

Persistance du déni

A la mi-août, des jeunes de la banlieue populaire de West Point, à Monrovia, avaient pris d’assaut un centre d’isolement pour malades. Pour eux Ebola n’existe pas au Libéria. Ils sont allés jusqu’à piller de la literie souillée et potentiellement contaminée. Plusieurs habitants protestaient contre l’implantation de ce centre dans leur quartier.

Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, plaça ensuite West Point en quarantaine. Parmi les causes de propagation de l’épidémie elle citait (de même que l’OMS), un «déni persistant»  et «le non-respect de l’avis des personnels de santé».

Occident médical

Qu’en pense Cheikh Ibrahima Niang ? Il juge hâtif d’incriminer des réticences des populations à l’égard de la médecine occidentale :

« Il faut au moins poser la question de savoir ce qui leur fait dire cela. Les populations ont l’impression qu’on ne leur donne pas toute l’information nécessaire, ou elles ne sont pas d’accord sur les démarches et les procédures médicales qui leur sont imposées».

« Globalement, l’approche médicale est relativement limitée. Elle ne voit que la maladie et non le contexte culturel . C’est l’une des raisons pour lesquelles le problème a tardé à avoir une réponse adéquate».

Sirènes et drapeaux noirs

Cheikh Ibrahima Niang  affirme avoir dissuadé des équipes médicales de «venir dans les villages avec des ambulances à drapeau noir et des sirènes hurlantes». Et ce pour ne pas effrayer davantage les populations déjà traumatisées par les guerres civiles, en Sierra Leone comme au Liberia.

«Ebola est transmis par un virus mais l’éclatement de l’épidémie vient à partir du moment où il y a un contexte social, politique, culturel et historique favorable à son expansion, indique-t-il. On ne peut pas régler cette question si on exclut les femmes. Or, dans l’organisation de la réponse, la plupart du temps, ce sont les hommes qui occupent l’essentiel du leadership. Il faut un leadership féminin.

Statistiques féminines

Il ajoute que dans les zones touchées «il y a une gestion des malades essentiellement par les femmes, qui les lavent, leur donnent à manger et des médicaments. Dans les statistiques de mortalité, elles sont sévèrement touchées ». (Voir ici l’article de Slate.fr sur le sujet)

« La famille est l’espace le plus atteint. Or, la communication suit des modèles occidentaux de ciblage de l’individu», poursuit M. Niang. Il accuse également les autres pays africains de mener une politique de l’autruche face à l’épidémie au lieu de «mobiliser des ressources pour envoyer des équipes capables d’apporter des réponses cliniques et sociologiques». Pour lui la fermeture des frontières décidée par de nombreux pays du continent africain est «contre-productive et donne un faux sentiment de sécurité ».

Métaphores

«Il y a une métaphore africaine très importante qui dit que le feu de forêt, dans une ville ou une communauté, se combat à sa racine. Ce n’est pas en me barricadant chez moi et en faisant des stocks d’eau pour quand ça arrive que je vais l’éteindre».

Il n’existe aucune métaphore occidentale qui dit qu’il faut suspendre les dessertes aériennes avec l’Afrique quand l’Afrique va mal.

A demain

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