Cancer du sein / Angelina Jolie : les limites de la double mastectomie systématique

Bonjour

C’est une étude qui s’inscrit dans les suites  de l’affaire Angelina Jolie. Elle vient de paraître dans le JAMA daté de ce 3 septembre. On la trouvera en intégralité ici. Menée de 1998 en 2011 elle a été menée à partir des données médicales recueillies auprès de 190 000 femmes vivant en Californie chez lesquelles un cancer du sein a été diagnostiqué. Elle conclut en substance que l’espérance de vie est la même chez celles qui ont subi des traitements habituellement pratiqués (ablation chirurgicale de la tumeur suivie ou non  d’une radiothérapie) et chez celles qui ont opté pour une double mastectomie. Ce travail a été mené par Dr Allison W. Kurian  (faculté de médecine, Université de Stanford).

Première étude

C’est la première étude cherchant à comparer  les taux de survie après les trois principales interventions chirurgicales employées pour traiter cette maladie : la double mastectomie (ablation des deux seins), la simple mastectomie (ne concernant que le sein affecté) et de l’ablation des tissus cancéreux suivie d’une radiothérapie. A cette occasion les auteurs ont cherché à comprendre pourquoi un nombre grandissant de femmes optaient pour l’ablation de leurs deux seins.

Sur les 189 734 femmes ayant participé à l’étude, 55 % ont eu une ablation de la tumeur mammaire suivie d’une radiothérapie, 38,8 % une mastectomie unilatérale et 6,2 % une double mastectomie à visée curative et préventive. Ils observent aussi qu’en 2011, 12 % des patientes (contre 2 % en 1998) souffrant d’un cancer du sein ont choisi de subir une double mastectomie, et ce même si l’efficacité d’une telle procédure pour empêcher l’apparition d’une autre tumeur était incertaine.

Mise en garde

Avec cette étude, « nous pouvons désormais dire qu’une patiente souffrant d’un cancer à un sein et subissant une double mastectomie n’aura pas de meilleure chance de survie que celle à qui on a enlevé la tumeur et qui a été traitée par radiothérapie », conclut le Dr Kurian. C’est une conclusion que l’on peut entendre comme une mise en garde.

En mai 2013, dans une tribune publiée par  le New York Times, l’actrice Angelina Jolie révélait avoir accepté qu’on lui pratique une double mastectomie. Elle précisait qu’elle fait le choix de cette opération car elle était porteuse d’une mutation génétique spécifique qui faisait qu’elle était exposée à un risque élevé  de développer un cancer du sein et un cancer de l’ovaire. Elle avait pris cette décision alors qu’elle était âgée de 37 ans. Sa mère était morte à l’âge de 56 ans d’un cancer.

 Effets positifs 

Un an plus tard des spécialistes français d’oncogénétique observaient les effets positifs du témoignage, fortement médiatisé, de l’actrice américaine. « L’intervention d’Angelina Jolie a eu un effet globalement tout à fait extraordinaire et positif, expliquait le Dr Odile Cohen-Haguenauer, spécialiste d’oncogénétique à l’hôpital Saint Louis (Paris). Elle a été déterminante pour créer un vrai mouvement chez les femmes les plus à risque qui n’étaient jamais allées consulter. Si les hommes et les femmes du commun ont pu être choqués, beaucoup de personnes réellement concernées par des cas d’antécédents familiaux de cancer du sein, se sont “débloquées”, ont “pris le taureau par les cornes” et se sont dirigées vers les consultations d’oncogénétique auxquelles elles n’osaient pas aller par déni ou par terreur. » 

Assurance privée

Aujourd’hui les conclusions de l’étude californienne mettent en lumière un phénomène qui pourrait être amplifié par ce témoignage : la pratique de la mastectomie bilatérale a dépassé le champ des indications génétiques initiales.  Les auteurs observent aussi que l’extension de cette pratique ne concerne pas de manière égale toutes les femmes souffrant d’un cancer du sein.  « Les femmes qui ont subi une mastectomie bilatérale sont plus susceptibles d’être blanches non-hispaniques, d’avoir une assurance privée, de vivre dans des quartiers de statut socioéconomique élevé, et d’être  traitées dans des cliniques privées » soulignent les auteurs.

 Ils analysent aussi les raisons d’une pratique qui, confient-ils, peut laisser « perplexe » dans la mesure où elle ne répond à aucune des recommandations de bonne pratique médicale. L’une de ces raisons peut être le recours croissant  à l’imagerie par résonance magnétique du sein, une technique très sensible qui conduit à des examens complémentaires et la pratique de biopsies qui peuvent être anxiogènes. Il peut aussi s’agir de la diffusion grandissante  des tests génétiques de prédisposition qui augmente l’identification des femmes prédisposées au risque. Il faut encore compter avec le risque (souvent surestimé, notent les auteurs) du risque de récidive cancéreuse dans l’autre sein.

Espoirs non chiffrés

Les considérations esthétiques peuvent aussi jouer un rôle non négligeables, notamment quand la reconstruction mammaire ne peut pas être effectuée rapidement après l’ablation initiale unilatérale. Plus généralement la décision d’opter pour une mastectomie bilatérale sans justification génétique peut s’expliquer par l’espoir de bénéficier ainsi d’une plus longue espérance de vie. Or c’est là, résument les auteurs, un espoir qui n’est pas vérifié par les chiffres.

A demain

 

Une réflexion sur “Cancer du sein / Angelina Jolie : les limites de la double mastectomie systématique

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s