Ebola : trois jours de porte-à-porte pour débusquer tous les pestiférés sierra leonais

Bonjour

Ils agissent, nous les observons. La Sierra Leone  compte plus de 6 millions d’habitants.  C’est l’un des pays parmi les plus pauvres de la planète. Il est connu pour ses énormes richesses minières – dont le diamant. Il a aussi (corollaire) été le théâtre se remet d’une guerre civile ayant fait des dizaines de milliers de morts dans les années 1990.

C’est l’un des quatre pays africains aujourd’hui confrontés à l’épidémie d’Ebola. Air France ne dessert plus sa capitale Freetown officiellement à la demande du gouvernement français – décision prise pour des raisons et dans des circonstances qui restent à préciser (1).

« Malades cachés par leurs proches »

Le gouvernement de Sierra Leone a annoncé, samedi 6 septembre, une mesure de confinement extrême. Une initiative dont les  historiens des épidémies nous diront peut-être si elle est ou non une première : le confinement à domicile de l’ensemble de la population – ce pendant  trois jours, du 19 au 21 septembre. Il s’agit de « faciliter la détection de malades cachés par leurs proches ». Proches bientôt malades et que leurs proches protégeront …

« Le confinement signifie que personne, encore moins un véhicule à l’exception de ceux qui sont essentiels pour le service, ne sera autorisé à circuler, a expliqué à l’AFP  Abdulai Barratay, porte-parole du gouvernement. Le personnel de santé et celui des organisations non gouvernementales feront du porte-à-porte pour détecter des cas probables de maladie d’Ebola cachés par leurs parents dans les maisons. La mesure sera soutenue par l’arrivée de plusieurs ambulances et quelque trente véhicules utilitaires. C’est une opération que nous allons organiser périodiquement jusqu’à ce que la maladie d’Ebola soit vaincue. »

OMS et MSF

Le gouvernement de Sierra Leone précise que cette opération va impliquer  environ 7.000 équipes de patrouille composées d’agents de santé, de militants de la société civile et d’un membre de la communauté. Mission : «  surveiller, de retracer les contacts et d’identifier les personnes qui présentent des symptômes de la maladie ». On verra ici ce qu’en dit The Guardian, ici The New York Times, ici CBC News, et ici Aljazeera.

Qu’en penser ? L’OMS se tait. MSF s’inquiète. « Des mesures coercitives à une large échelle comme les placements en isolement forcés et les confinements peuvent compromettre la confiance entre la population et les professionnels de santé, conduire à une dissimulation de cas et pousser les malades à se faire traiter en dehors du système de santé »  a aussitôt fait savoir l’ONG, présente sur le terrain.  MSF dit encore « craindre que le confinement proposé ne soit pas la réponse appropriée à l’épidémie actuelle en Sierra Leone : « il sera extrêmement difficile aux agents de santé d’identifier présentement les cas à travers le porte-à-porte  parce que cela nécessite une certaine expertise ». Sans parler du devenir médical de ceux qui seront ainsi identifiés.

« Ils ne mourraient pas tous »

On entend les critiques de MSF. Elles sont fondées et le remède risque fort d’être pire que le mal. Mais encore ? Il s’agit de la Sierra Leone aux prises avec un mal que l’Occident perçoit avant tout comme « africain ». Un mal qui répand d’autant plus la terreur  que ce n’est plus, cette fois,  le Ciel qui, en sa fureur l’inventa pour punir les crimes de la Terre.

Pour tenter de « stopper la progression de la maladie », 48 tonnes de médicaments sont en cours d’acheminement  dans le pays. L’information est donnée par la Banque mondiale et l’Unicef qui précise que ce don « comprend notamment des gants en latex, des antibiotiques et des équipements de protection ».

A demain

(1) Qui a décidé quoi ? Air France nous a indiqué que c’est à la demande du gouvernement français que la décision de suspendre les dessertes a été prise alors même que la compagnie souhaitait continuer avec les mesures de protection qui avaient été mises en place.

La Direction générale de la santé nous a indiqué  quant à elle : «  La décision a été prise temporairement, par les ministère des affaires étrangères et de la santé, après examen de l’ensemble des données dont ils disposaient sur l’état de la situation à Freetown à cette date. Il s’agissait notamment de l’augmentation du nombre de cas et de l’effondrement du système de soins, dont on pouvait raisonnablement penser qu’ils étaient susceptibles d’augmenter considérablement le risque d’exposition, y compris des voyageurs. Cette décision sera réexaminée très régulièrement. »

D’autres sources gouvernementales laissent aussi entendre que c’est Air France qui, au vu de nombreuses protestations syndicales (qui n’auraient pas toutes été médiatisées) aurait suggéré au gouvernement de formuler une recommandation de suspension des vols sur Freetown.

Plus généralement la question posée aujourd’hui n’est plus tant celle de la reprise de la desserte des vols commerciaux que celle des modalités de l’instauration de couloirs aériens sanitaires.

(2) Sur ce sujet on peut fort utilement se reporter à Patrick Zylberman et à son monumental « Tempêtes microbiennes » paru en 2013 chez Gallimard.

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