Ebola : «Aucun salarié d’Air France contaminé». Pourquoi cette croix sur la Sierra Leone ?

Bonjour

C’est un feuilleton et un abcès. Le Parisien rapportait ce matin 10 septembre qu’un nombre non négligeable (de 10 à 20%, sources syndicales) des pilotes d’Air France refusaient désormais  d’effectuer des vols à destination de pays africains touchés par le virus Ebola. Un mouvement contagieux dont on a appris l’existence après celui, similaire, affectant des hôtesses et des stewards. Peu de temps après la direction de la compagnie confirmait.

Un avis de « danger grave et imminent »  (concernant la Guinée, la Sierra Leone et le Nigéria –Air France ne dessert plus le Libéria) a été déposé auprès du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail  (CHSCT), a affirmé à l’Agence France-Presse François Hamant, du syndicat Alter et membre du CHSCT des pilotes. Il précise que les syndicats de pilotes « ont obtenu l’engagement de la direction que tout navigant, qu’il soit pilote, hôtesse ou steward, ne désirant pas réaliser ce vol puisse le faire sans subir de conséquence de quelque nature que ce soit, financière ou disciplinaire ».

Peu et extrêmement rare

Interrogé par l’Agence France-Presse, Julien Duboz, porte-parole du Syndicat des pilotes d’Air France (Spaf), confirme des défections de pilotes. Pour autant il semble n’en connaître ni le nombre ni le pourcentage. « Le planning est fait bien assez tôt » pour que le pilote puisse avertir Air France, estime-t-il. Selon un porte-parole d’Air France, les défections de pilotes sont « rares, il y en a extrêmement peu ». Une redondance qui témoigne d’une forme d’allergie à la transparence.

Ce n’est pas tout. « Les navigants qui vont vers ces destinations  reviennent convaincus de la nécessité de pouvoir voler en sécurité sanitaire quand ils voient les mesures qui ont été mises en place », indique le porte-parole de la compagnie. Selon lui la principale mesure est « le contrôle de la température à l’aéroport ». Une mesure dont l’efficacité tient au fait que « la durée d’incubation du virus est très rapide ». « Là où sévissent les foyers d’Ebola, on n’a pas le temps d’arriver à l’aéroport que l’on a déjà de la fièvre. Les personnes qui embarquent et qui n’ont pas de fièvre, on est sûr à 100 %, selon les épidémiologistes et les spécialistes de la maladie, qu’elles n’ont pas été contaminées par le virus », assure le porte-parole d’Air France.

Origine africaine ou pas

Il ajoute : « quand on est contaminé, la montée de fièvre se fait dans les heures qui suivent (…) et c’est pour cela que la prise de température est un indicateur extrêmement fiable ». Et il conclut : « Il n’y a pas un seul salarié d’Air France – local ou navigant – et pas un seul de nos passagers, qu’il soit d’origine africaine ou européenne, à avoir été contaminé par Ebola. » (1)

C’est heureux. Et cela démontre précisément que les mesures adoptées par Air France sont pleinement efficaces. Ce que ne cessent de dire et de redire depuis le début de l’épidémie tous les spécialistes des fièvres hémorragiques virales, l’OMS, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et l’Association internationale du transport aérien (IATA). Dès lors une question se pose : pourquoi la direction d’Air France a-t-elle décidé de ne plus assurer ses vols vers (et depuis) Freetown (Sierre Leone) ?

Renvois successifs

Air France renvoie vers le gouvernement français qui renvoie vers le ministère des Affaires étrangères qui renvoie vers celui de la Santé qui renvoie vers la Direction générale de la Santé. Qui indique:

«  La décision a été prise temporairement, par les ministère des Affaires étrangères et de la Santé, après examen de l’ensemble des données dont ils disposaient sur l’état de la situation à Freetown à cette date. Il s’agissait notamment de l’augmentation du nombre de cas et de l’effondrement du système de soins, dont on pouvait raisonnablement penser qu’ils étaient susceptibles d’augmenter considérablement le risque d’exposition, y compris des voyageurs. Cette décision sera réexaminée très régulièrement. »

Question de température

Au vu des certitudes dont on dispose est-ce dire (« augmentation du nombre de cas » et « effondrement du système de soins ») que l’on n’est plus en mesure, depuis plusieurs semaines, de contrôler la température des passagers entrant dans l’aéroport international de Freetown ? Si tel est pas le cas pourquoi le dire ainsi ?

Et les mêmes causes conduisant généralement aux mêmes effets, les réticences montantes du personnel de la compagnie laissent-elles présager un arrêt des vols vers la Guinée et le Nigéria ?

Il semble que la direction d’Air France aurait tout intérêt à faire ici, spontanément, la transparence.

A demain

(1) Relue par un spécialiste des fièvres hémorragiques virales cette déclaration mérite d’être  précisée. «  On ne peut pas dire qu’une personne contaminées n’a pas le temps d’arriver à l’aéroport avant d’avoir des signes cliniques, souligne ce spécialiste. Et il est stupide de d’affirmer que les personnes qui n’ont pas de fièvre à l’embarquement ne peuvent pas être contaminées. La prise de température permet de ne pas embarquer de malade . Elle élimine de ce fait le risque de contagion.  Elle n’élimine pas pour autant la possibilité de transporter une personne en phase d’incubation. »
Cette précision est d’importance. Elle pourrait expliquer la décision du gouvernement concernant les dessertes Paris-Freetown: ne pas prendre le risque d’une importation d’un cas qui se déclarerait ultérieurement sur le territoire national.

PS. Communiqué du groupe français International SOS: Depuis le début de l’épidémie, International SOS a intensifié ses points de situation à l’attention de ses adhérents. Le Groupe travaille en étroite collaboration avec près de cent entreprises et organisations partenaires en Afrique de l’Ouest. « Ses centres d’assistance à Paris et à Londres, son staff médical les conseillent et les aident afin de minimiser les risques pour leurs employés et leurs familles et de continuer, autant que possible, à opérer sur place ». Un site dédié est régulièrement mis à jour ; il est d’accès libre :https://www.internationalsos.com/ebola/. Le groupe ajoute que deux de ses experts, basés à Paris « peuvent répondre aux besoins journalistiques ».

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s