Qui dénoncera l’incurie benzodiazépines à la Journée Alzheimer (21 septembre) ?

Bonjour

Ce qui est vrai en Aquitaine n’est pas faux au Québec. Les consommations prolongées (et donc radicalement contre-indiquées) de benzodiazépines augmentent le risque d’apparition de maladie d’Alzheimer. Ce qui intéresse jusqu’au Los Angeles Times. Le fait est une nouvelle fois établi par une équipe bordelaise et une nouvelle fois publié dans une étude qui paraît aujourd’hui dans le British Medical Journal. La même équipe confirme ce qu’elle avait mis en évidence il y a deux ans dans le même BMJ.  Une confirmation ? L’affaire pourrait être lassante. Elle ne doit pas l’être. Plus que statistique c’est une affaire éminemment politique. Elle passionne quelques statisticiens. Les politiciens concernés aimeraient l’oublier. Il faut les aider à s’en souvenir.

Dirigés par Sophie Billioti de Gage (Inserm) les chercheurs de l’Unité « Pharmaco épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations » établissent  donc une nouvelle fois que la consommation prolongée de benzodiazépines (pendant trois mois ou plus) est  associée à un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer (après 65 ans). Leur étude cas-témoins révèle que la force de l’association augmente avec la durée de l’exposition. Conséquence logique : « les chercheurs recommandent de contrôler la bonne utilisation de ces molécules en limitant les prises aux périodes pour lesquelles elles sont recommandées ». Certes. Mais encore ?

Dose-effet

On sait que les benzodiazépines sont (a priori) prescrites dans le cadre de symptômes anxieux et de troubles du sommeil. Pour une durée (recommandée) de quelques semaines. Après quelques polémiques impliquant Science et Avenir l’Unité Inserm 657 « Pharmaco épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations» avait montré il y a deux ans, sur une cohorte française, que les personnes consommant des benzodiazépines présentaient environ 50% plus de risque de développer une démence comparés à ceux qui n’en ont jamais consommé. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs se sont attachés à confirmer l’association dans une nouvelle cohorte en étudiant en particulier la potentielle relation dose-effet.

« Les chercheurs ont étudié la base de données de la Régie d’Assurance Maladie du Québec (RAMQ) pour analyser le développement de la maladie d’Alzheimer chez un échantillon de patients âgés de plus de 66 ans résidant au Québec (Canada) et ayant eu une prescription de benzodiazépines, résume-t-on auprès de l’Inserm.  1 796 cas de maladie d’Alzheimer ont été identifiés sur une période d’au moins 6 ans. Pour réaliser l’étude cas-témoins, ils ont ensuite comparé chacun de ces cas avec 7 184 personnes en bonne santé dont l’âge, le sexe et la durée de suivi correspondaient. »

Suspicion renforcée

Les résultats montrent que l’utilisation de benzodiazépines pendant trois mois ou plus était associée à un risque accru (jusqu’à 51%) de développer ultérieurement la maladie d’Alzheimer.  « La force de l’association augmente avec la durée de l’exposition et avec l’utilisation de benzodiazépines à longue durée d’action, par opposition aux benzodiazépines à courte durée d’action » explique Sophie Billioti de Gage.

Que dire d’autre ? Que le lien de cause à effet n’est certes pas prouvé (l’affaire est utilement discutée sur le site de la BBC). Mais que  l’association plus forte observée avec des expositions à long terme « renforce la suspicion d’un lien direct possible, même si l’usage des benzodiazépines peut également être un marqueur précoce d’un état associé à un risque accru de démence ».

Effets délétères

L’Inserm ne manque pas de rappeler que le recours aux benzodiazépines « est fréquent et préférentiellement chronique au sein de la population âgée ». Et les auteurs d’inciter (les journalistes, les médecins et leurs patients) ) « à la sensibilisation et au respect des bonnes pratiques associées à leur utilisation telles que des prescriptions justifiées et de courte durée ».

« Cela permettrait de veiller à limiter l’utilisation de ces molécules à quelques semaines, une durée pour laquelle les chercheurs n’ont pas observé d’effets délétères sur le risque de démence ultérieur » nous explique, sagement, Sophie Billioti de Gage. Mme Billioti de Gage  fait sans doute œuvre utile. Sait-elle que la tâche est immense, comme en témoignent les données chiffrées et l’état des lieux de l’Ansm quant à la consommation des benzodiazépines ?

Tir à vue et lettre morte

Ansm: « Les temps d’exposition aux benzodiazépines sont parfois très supérieurs aux recommandations de l’autorisation de mise sur le marché  avec une utilisation annuelle de 4 à 5 mois pour les molécules hypnotiques et anxiolytiques. A noter qu’une proportion importante de patients les utilise en continu sur plusieurs années. »

Mme Billioti de Gage sait-elle que les prescripteurs se disent le plus souvent piégés par une demande confinant à l’addiction . Mme Mme Billioti de Gage est-elle informée du fait que les quelques tentatives écrites pour mobiliser le ministère de la Santé sont restées lettre morte  (« Benzodiazépines : « Le Monde » tire à vue sur le ministère de la Santé. Aucun effet ») ?

La « Journée Mondiale Alzheimer » est prévue pour le 21 septembre.  Il est peu vraisemblable que la ministre de la Santé publics y évoque l’affaire des benzodiazépines.

A demain

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