Ebola : quelle mise en scène pour l’arrivée de l’infirmière contaminée à Saint-Mandé ?

Bonjour

Pour l’heure, la discrétion est de mise (1). A l’exception, paradoxale, du service de santé de la Grande Muette. Mais demain ? Quelle sera la mise en scène que nous réserveront les BFMTV et consorts ? On sait depuis moins de 24 heures que « la France attend pour la première fois l’arrivée sur son sol d’un malade atteint d’Ebola ». On sait qu’il s’agit d’une volontaire française de MSF contaminée à Monrovia (Libéria). La mise en œuvre d’une opération à laquelle les autorités sanitaires françaises se préparent depuis des semaines. Quelle place ces autorités laisseront-elles aux médias ? Et quelle place les médias en boucle s’approprieront-ils ?

Chambres à pression négative

Pour l’heure cette femme se trouverait toujours à Monrovia.  Contactés par l’AFP, ni le ministère des Affaires étrangères, ni celui de la Santé n’ont (encore ?) souhaité confirmer  la date et le lieu d’arrivée de la malade. Mais le service de santé des armées a précisé qu’elle serait soignée à l’hôpital militaire Bégin (Saint-Mandé) qui est équipé spécifiquement « de deux chambres à pression négative ».

MSF attend un avion médicalisé « dédié » pour la rapatrier en France. « Ca fait déjà plus de 40 heures et c’est trop long », a expliqué Bertrand Draguez, directeur médical de l’ONG, lors d’une conférence de presse organisée à midi, heure de Paris. Un symptôme du profond embarras dans lequel sont les compagnies de rapatriement sanitaire et les rares sociétés aériennes spécialisées. Nul ne sait, officiellement, que sera le coup de ce rapatriement et, moins encore, qui le prendra en charge.  On sait seulement qu’ici l’avion médicalisé, appartient à à une compagnie privée et qu’il devait décoller des Etats-Unis.

Tierce personne

MSF  n’a donné aucune précision sur l’identité de la patiente, soucieuse de protéger son « intimité ».  Et cette intimité a, pour l’heure été respectée. Pour combien de temps ? Et qui la violera ? Cette femme a été placée mardi 16 septembre dans un centre d’isolement de l’organisation au Liberia – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes ».

« Les conditions de transport et d’hospitalisation vont strictement respecter toutes les recommandations internationales pour éviter toute contamination d’une tierce personne », avaient assuré dans la soirée du mercredi 17 septembre  les ministères des Affaires étrangères et de la Santé, soucieux de rassurer l’opinion. Un micro-trottoir est-il déjà en cours dans les rues de Saint-Mandé ?

Le cas d’Atlanta

BFMTV et consorts ont d’ores et déjà un modèle : il date de cinq semaines et concerne la médiatisation de l’arrivée sur le sol américain du Dr Kent Brantly. Ce dernier travaillait lui aussi au Libéria mais pour le compte de la puissante association caritative Samaritan’s Purse. Il était  arrivé samedi 2 août aux Etats-Unis, à Atlanta. Le rapatriement avait été effectué  au moyen d’un appareil privé, un Gulfstream spécialement équipé qui s’était posé sur la « Dobbins Air Reserve Base »  (Géorgie).

La chaîne de télévision locale WSB avait filmé l’arrivée de l’avion sanitaire. Puis elle a suivi le trajet de l’ambulance (suivie de plusieurs voitures) qui transportait le Dr Brantly. Le cortège s’était alors rendu  jusqu’au  Emory University Hospital – un établissement qui, comme l’hôpital Bégin, comporte une unité spéciale d’isolement pour malades hautement contagieux.  Les images télévisées avaient ensuite montré le Dr Brantly habillé comme un astronaute, enveloppé dans une épaisse combinaison, sortir de l’ambulance en marchant. Il était  aidé par une autre personne, également protégée, qui lui prenait les deux mains pour le guider dans l’entrée du bâtiment.

 Saint-Mandé

« Les médecins, infirmières et le personnel de l’Emory University Hospital  peuvent traiter ces deux patients en sécurité et de manière efficace. Nous sommes honorés d’avoir le privilège de soigner ces patients qui ont contracté Ebola en participant à une mission humanitaire » a indiqué l’établissement hospitalier américain dans un communiqué. L’établissement hospitalier de Saint-Mandé fera-t-il de même ?

Reste, au-delà de la mise en scène les interrogations concernant la contamination de l’infirmière de MSF. Interrogé sur les conditions de travail de cette femme contaminée, les responsables de l’ONG soulignent que « l’investigation prend du temps ». « C’est pas en deux secondes qu’on va savoir comment elle a été contaminée, a expliqué Bertrand Draguez. Ce qu’on sait c’est que les mesures de protection standard, qui sont extrêmement rigoureuses et strictes, ont été suivies. Le personnel médical reste entre 1H, 1H30, avec la combinaison, parce qu’après c’est trop chaud. Au bout d’une heure, il y a des rotations entre le personnel. »

Gratuitement

Ce sont là des images que les télévisions ne montrent pas. Des moments que les photographes de guerre ne prennent pas, que les reporters ne rapportent pas. Nous avons dit pourquoi. Il faut surtout,  pour comprendre, lire le témoignage, palpitant, d’une autre infirmière de MSF. Il est signé Anja Wolz et mis en ligne (gratuitement) sur le site du New England Journal of Medicine.

A demain

(1) Actualisation: un avion médicalisé a atterri le 19 septembre vers 01H30 à l’aéroport militaire de Villacoublay. Une ambulance escortée de quatre motards et plusieurs véhicules a quitté la base peu après et pris la direction de l’hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne), où elle est arrivée environ une demi-heure plus tard, ont constaté des journalistes de l’AFP.

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