Pastille Valda® : vont-ils vraiment la sacrifier sur les gondoles des supermarchés ?

Bonjour

Hier matin, Jean-Jacques Bourdin : Marisol Touraine était sur RMC-BFMTV. La ministre de la Santé y a parlé tabac, Ebola et médicaments. Elle y est revenue sur ce serpent de mer qui fait trembler les officines et réjouit le cartel des grandes surfaces : -le –gouvernement-étudie-la-possibilité-que-certains-produits-ayant-aujourd’hui-le-statut-de-médicaments-le perdent –et-puissent-ainsi-être-vendus-en-dehors-des-pharmacies.

Pas banal

A priori les petites officines ne devraient pas trembler. «  Je ne suis pas favorable à la vente de médicaments dans les grandes surfaces. Ma position est qu’il ne faut pas banaliser les médicaments » a affirmé Mme Touraine. Quoique : la ministre de la Santé a aussitôt ajouté : «Que l’on regarde s’il y a des produits qui ont besoin encore aujourd’hui d’être appelés médicaments, je crois que c’est utile. »

La ministre est allée plus loin encore. Elle a cité « à titre d’exemple » le dentifrice de la marque Fluocaril® qui a aujourd’hui le statut de médicament. « Est-ce qu’il est nécessaire que le Fluocaril® soit vendu uniquement en pharmacie ? Je pense que non. » Idem pour les pastilles Valda®, a expliqué la ministre. Elle veut que la France « aille vers un nettoyage de la liste de ses médicaments ». « La discussion est engagée avec Bercy, elle n’est pas terminée. »

Caries prévenues

Bercy a sans doute de très bonnes raisons de ne plus vouloir voir notre Fluocaril® tétrafluoré goût anis ou menthe prix libre (prévention de la carie dentaire) sur les gondoles de l’hyper -distribution. Un dentifrice propriété du redoutable Procter & Gamble.

Mais les vertes pastilles Valda® ? (On peut les voir ici). Ce serait faire bien peu de cas d’un pan entier de l’histoire et du génie de la France (Ne dit-on pas « Crache-la ta Valda® ! » ?). Ce serait, si l’on osait, assez dur à avaler.

Leur histoire fut un jour racontée dans Le Monde. Ce fut par Jacques-Marie Vaslin, maître de conférences à l’IAE d’Amiens. La voici :

« L’histoire débute au début du XXe siècle. Henri-Edmond Canonne (1867-1961), un pharmacien lillois, se trouve un peu à l’étroit dans la capitale du Nord. Il décide en 1899 de s’installer à Paris, mais pas n’importe où. Chronomètre en main, il définira son emplacement en fonction de la fréquentation de la rue. Son choix se portera sur le 49, rue de Réaumur, juste en face des magasins Félix-Potin.

Il vend alors une quantité invraisemblable de produits, des médicaments bien sûr, mais aussi de l’eau minérale de 175 sources différentes, et même, un peu plus tard, des appareils photographiques !

Bon marché

Canonne mise sur les économies d’échelle, la pharmacie s’étend rapidement sur trois immeubles et se vante d’être la moins chère de Paris. Son slogan résume à lui seul sa stratégie : « Vendre bon, pour vendre beaucoup. Vendre beaucoup, pour vendre bon marché ».

Il devra cependant sa notoriété à l’invention d’un produit. Malgré les avancées de la médecine, la tuberculose fait encore des ravages à la Belle Epoque. Cette maladie a d’ailleurs emporté la première femme de Canonne à l’âge de 22 ans. Pour lutter contre les maux de gorge, sources d’infections pulmonaires, il met au point une pastille verte contenant cinq antiseptiques naturels : eucalyptus, menthe poivrée, thym, pin des landes et bois de gaïac. La pastille Valda est inventée.

Poitrines malades

Henri Canonne n’hésite pas à affirmer, avec un soupçon d’exagération, que ses pastilles permettent « la préservation des voies respiratoires et la guérison des maladies de poitrine ». Mais le génie de Canonne n’est pas là ; il dispose d’un sens aigu du marketing qui transformera la pastille verte en or.

Il met en place une redoutable stratégie publicitaire. Tous les supports sont utilisés. Dans les années 1910, les vitrines des distributeurs sont ornées d’un automate représentant un personnage rondouillard, le docteur Valda, avec un chapeau haut-de-forme et une redingote.

Michèle Morgan

Puis, durant les Années folles, des campagnes assurent la promotion de la pastille dans le monde entier avec des publicités à l’effigie de Michèle Morgan ou encore une affiche signée par Antoine de Saint-Exupéry.

Les petites pastilles vertes remportent un succès considérable dans une quarantaine de pays. Pour répondre à une demande croissante, des usines sont construites aux quatre coins du monde. Grâce à la publicité, la marque est mondialement connue.

Nymphéas

Canonne ne se contente pas d’être un industriel accompli, il est aussi un amateur d’art éclairé et se constitue l’une des plus belles collections de tableaux impressionnistes, avec notamment une quarantaine d’œuvres de Monet, dont une série de dix-sept Nymphéas, une dizaine de Renoir, des Cézanne…

L’entreprise, rebaptisée Laboratoires Canonne en 1986, est ensuite vendue à un groupe pharmaceutique dans les années 1990. Elle change depuis régulièrement de propriétaire. (…).»

Prix fort

Rien de dit que l’efficacité de la Valda® sur l’appareil respiratoire soit pour une bonne partie due à l’effet placebo (1). Et que ce dernier résulte d’un achat dans l’espace officinal. Au prix fort.

A demain

(1) Les cinq constituants antiseptiques des pastilles Valda® sont lamenthe poivrée, l’eucalyptus, le thym, le bois de gaïac et le pin des Landes. Sans oublier : eucalyptol, gaïacol, menthol, thymol et terpinéol  Vendues sur le marché en deux versions (en boîtes de 50) : l’originale sucrée et une déclinaison sans sucre pour les diabétiques.

On la trouve à 3 euros sur le Net (soit 6 centimes la pastille). Compter, bien évidemment, un peu plus en officine.

Une réflexion sur “Pastille Valda® : vont-ils vraiment la sacrifier sur les gondoles des supermarchés ?

  1. Les soi-disant médicaments appelés homéopathiques devraient être en premiers vendu exclusivement en grande surface , c’est le seul endroit qui leur convient.

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