Testart, biologiste et athée : hanté par le clonage « social » et l’«humanité augmentée »

Bonjour

Nous avions quitté Jacques Testart au pied d’une tribune de Libération. Ce biologiste définitivement atypique y avait retrouvé son ennemi René Frydman pour cosigner un appel au président de la République. Un appel contre la dépénalisation de la pratique des mères porteuses.

Des poules et du lait

 Nous retrouvons le fécondeur à l’origine d’Amandine sur le site Gènéthique, proche de la Fondation Lejeune. Ce site reprend des extraits de l’entretien donné par le  biologiste admirateur de Jean Rostand au site Usbek & Rica dans une série consacrée à l’avenir du corps et de la beauté. Extraits signifiants :

« (…) Il faut cesser de courir après la performance, la croissance à tout prix et la soi-disant « augmentation » de l’humain que nous promettent les transhumanistes. D’ailleurs, c’est marrant : ces derniers ne parlent jamais de transgenèse. Or, j’aimerais bien savoir  de quels gènes supplémentaires notre espèce a besoin… On a  sélectionné  des poules pour qu’elles pondent plus ou des vaches pour qu’elles produisent plus de lait… Et ils nous disent : l’humain du futur sera plus fort, plus puissant. OK, mais concrètement, quels gènes faut-il lui ajouter ? Et puis, les déboires actuels en matière d’OGM nous montrent bien que nous ne maîtrisons pas la transgénèse et surtout son impact imprévisible sur le fonctionnement de l’organisme. »

Chrétien

On l’interroge sur la convergence qui peut le rapprocher de José Bové et du sacré («José Bové qualifie Jacques Testart de chrétien ») quant à la manipulation des génomes végétaux, animaux et humains.

« Oui, ça peut paraître surprenant. D’autant que je suis athée, aucun doute là-dessus. Et vous pensez bien que depuis trente ans que je travaille sur ces sujets, j’ai été approché un certain nombre de fois par les catholiques ultra… Mais nous ne défendons pas cette position pour les mêmes raisons. Ce qui m’embête, dans le tri des embryons, ce n’est  pas le sacrifice des malformés, le fait qu’on ne veuille pas les garder, mais plutôt le sort de ceux qui justement vont passer entre les mailles du filet. Et puis, quand je parle avec les religieux de ces sujets, je leur dis bien que l’avortement est la seule garantie contre la sélection génétique. Quand on agit sur un seul fœtus, il n’y a pas de tri, pas de sélection, c’est blanc ou noir. Bon,  certains  commencent à comprendre que le vrai problème est  le DPI qui peut trier sans limites… L’avortement responsabilise les parents : on évite le pire mais on ne recherche pas le mieux. »

Prescience

« Il y a trente ans, personne ne me croyait quand j’évoquais le fait qu’un jour, peut-être, on choisirait ses enfants en triant génétiquement les embryons. Aujourd’hui, par contre, on me traite d’ayatollah quand j’emploie le mot « eugénisme »… Les gens refusent ce mot parce qu’il renvoie à un passé lourd, ça fait référence à des périodes chargées de l’Histoire… Mais il faut bien être conscient qu’au final, il n’y a pas de différence entre l’eugénisme autoritaire et l’eugénisme démocratique, comme l’a d’ailleurs reconnu le Conseil d’État. Le résultat est le même : obtenir des enfants « de qualité ». Je ne m’attends pas à un soudain éveil des consciences, car quand les parents sont confrontés à ce type de décisions, ils se vivent comme des cas particuliers. Il n’y a pas vraiment de possibilité de résistance face à cette tendance. »

La France

« La France est un cas à part, c’est vrai. Elle se construit depuis des années une culture bioéthique, notamment à travers les avis rendus par le Comité d’Éthique qui nourrissent largement la loi. Mais il y deux problèmes. D’abord, le tourisme procréatif qui permet à n’importe qui d’avoir un enfant comme il le souhaite à l’étranger. Ensuite, on sent bien qu’il y a un glissement progressif en matière d’éthique : les résolutions  bioéthiques tendent de plus en plus à s’aligner sur la législation des autres pays. En 1985, quand le Comité d’éthique a rendu son tout premier avis, la position sur l’eugénisme était très claire : « le tri des embryons ne sera jamais autorisé ». Trente ans plus tard, les lignes ont bougé : on commence à dire qu’on pourrait étudier tous les embryons  pour éviter d’en arriver à l’avortement… »

Naissance mauvaise

« Nous allons sûrement assister à la disparition de nombreux  handicaps génétiques. Après, il faut bien avoir en tête que même les individus qui ne présentent pas de risques peuvent avoir des enfants porteurs de maladies génétiques parce que leurs gamètes ont subi des mutations pendant  leur fabrication. Pour atteindre le risque zéro de « mauvaise naissance », il faudrait donc passer tous les embryons au tamis de la sélection. C’est la seule solution. Et ça arrivera car, si on supprime la pénibilité par la fabrique de gamètes en laboratoire, les parents ne prendront pas le risque d’avoir un enfant porteur d’une maladie génétique. »

Scientisme transhumaniste

« Je suis darwinien. Je crois que les espèces évoluent en créant de la diversité, qui est ensuite sélectionnée par leur environnement naturel. Or, avec la sélection génétique, on fait exactement l’inverse, sans se préoccuper du tout de l’environnement. Cet humain normalisé, qui ne sera pas passé par la sélection naturelle, pourrait tout à fait devenir handicapé dans un nouvel environnement. C’est pour ça qu’il est illusoire de croire qu’on peut tout maîtriser. Le transhumanisme, ce n’est pas de la science mais du scientisme. C’est marrant d’ailleurs, parce que ces gourous  sont souvent des informaticiens plutôt que  des biologistes. Ils veulent mettre la vie en équations, la réduire à la machine comme Descartes en son temps. Un exemple : aujourd’hui, pour répondre à la disparition des abeilles, on nous dit qu’il sera possible de fabriquer des abeilles artificielles pour polliniser les fleurs. Mais c’est  ridicule: on est et on restera incapables de fabriquer des  êtres  aussi complexes que les vraies abeilles en reproduisant leur physiologie et leurs comportements dans une machine volante miniaturisée…. Tout ça pour dire que le vivant, c’est beaucoup plus compliqué qu’une simple machine. Les transhumanistes sont d’authentiques apprentis-sorciers, mais leur idéologie semble s’imposer. »

Transcendance

Sur le fond Jaques Testart ne surprendra peut-être pas ceux qui le suivent de longue date. On ne peut toutefois manquer de rappeler sa prescience. Et d’observer dans le même, sous les invariants, l’évolution de son propos. On regrettera que les termes du débat, fondamental, qu’il soulève ne soient jamais ou presque posés dans la presse d’information générale (1). Et qu’il faille souvent, pour suivre le cheminement de sa réflexion, rejoindre les sites d’obédience catholique qui se font une joie d’accueillir ce biologiste atypique. Un biologiste qui affirme être athée. Un athée darwinien que l’on imagine désormais de plus en plus habité par les accents de la transcendance.

A demain

 (1) Pour l’heure on peut lire, dans La Revue des Deux Mondes, l’entretien entre Jacques Testart et Jean-Marie Le Méné . Jean-Marie Le Méné est magistrat à la Cour des Comptes et président de la Fondation Jérôme-Lejeune.

4 réflexions sur “Testart, biologiste et athée : hanté par le clonage « social » et l’«humanité augmentée »

  1. Bonjour
    Merci pour ce blog que je regrette de n’avoir découvert que depuis quelques semaines.
    J’apprécie particulièrement la possibilité de découvrir certains aspects des problématiques de santé humaine, ainsi que vos commentaires toujours sensés.

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