Allaitement: les Françaises sont devenues allergiques. C’est, aussi, une affaire politique

Bonjour

Célèbre pour ses taux record de fécondité le France n’allaite pas ses enfants comme la raison sanitaire le voudrait. Les derniers chiffres qui viennent d’être rendus publics confirment ce phénomène que l’on ne retrouve pas avec une telle ampleur ailleurs en Europe.

C’est là une situation dont les responsables politiques ne parlent pas en dépit de son caractère massif et de impact négatif en termes de santé publique. Pourquoi ? Peur d’empiéter sur ce qui est perçu comme une liberté de la femme ?  Poids des industries des laits maternisés ?

Jusqu’à six mois

Tout converge : le nourrisson devrait bénéficier aux cours de ses premier mois de vie d’une alimentation exclusivement constituée de lait maternel. Il en va de sa santé à court moyen et long terme comme de celle de sa mère. En France le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande ainsi l’allaitement maternel «de façon exclusive jusqu’à 6 mois, – ou, au moins jusqu’à 4 mois. Les autorités sanitaires  préconisent également de poursuivre l’allaitement maternel après 6 mois en accompagnement d’une alimentation diversifiée.

L’étude Epifane (Epidémiologie en France de l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie), réalisée en 2012-2013 par l’Institut de veille sanitaire (InVS), permet de disposer pour la première fois de données nationales sur ce qu’il en est de la réalité de la durée de l’allaitement maternel.

Moins de 25%

Aujourd’hui  le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) du 7 octobre publie ces résultats. Et le constat est brutal : en France moins d’un enfant sur quatre est aujourd’hui allaité jusqu’à l’âge de 6 mois. Ce résultat est issu d’un échantillon représentatif  de 3368 enfants. Tous étaient nés au cours du premier trimestre 2012, dans 136 maternités tirées au sort en France métropolitaine. Les mères étaient interrogées à la maternité ainsi qu’à 1 mois, 4 mois, 8 mois et 12 mois après la naissance. A la maternité, 81 % des mères ont accepté de participer à l’étude, et 83 % d’entre elles ont pu être suivies jusqu’à 12 mois.

On apprend qu’à la maternité, 74 % des mères ont débuté un allaitement maternel. Seuls 40 % des nourrissons étaient encore allaités à 3 mois, mais seulement 21 % de façon exclusive ou prédominante. A 6 mois, 23 % des enfants étaient encore allaités, et 9% à un an.

82% en Norvège

Replacés dans le contexte européen ces données ne font pas de la France un pays modèle en matière d’allaitement materne. En Europe, les taux d’allaitement maternel à 6 mois variaient de 33 % aux Pays-Bas à 82 % en Norvège. Il en va de même en Italie ou au Royaume-Uni. « La France est non seulement l’un des pays d’Europe où le taux d’initiation de l’allaitement maternel à la naissance est l’un des plus bas mais également l’un des pays où les mères qui choisissent d’allaiter leur enfant le font le moins longtemps » résument les auteurs de ce travail dirigé par Benoît Salanave (Institut de veille sanitaire, Université Paris 13, Bobigny).

Si les chiffres de l’étude sont précis les raisons les expliquant restent à fournir. Les auteurs évoquent, sans approfondir, le « manque de soutien des femmes qui souhaitent allaiter à la maternité ou à leur domicile » ou la durée de congé maternité ». Ils parlent aussi « de l’image peu valorisée, en France, de la femme qui allaite ». Comme si l’allaitement et le rapport de la mère à l’enfant était une affaire d’image et de valorisation.

Encouragement ?

Corollaire, les auteurs estiment que les mères qui ont choisi d’allaiter leur enfant « devraient être encouragées à maintenir un allaitement maternel si possible jusqu’à 6 mois ». Au vu des enjeux c’est là une recommandation qui apparaîtra bien timide. Et ce d’autant qu’il n’y a là ni véritable fatalité ni expression véritable du libre arbitre de la femme. Une autre étude publiée dans le même numéro du BEH témoigne en effet du poids des déterminants socio-économiques. Cette étude a été dirigée par Claire Kersuzan (Institut national de la recherche agronomique) et menée sur 18 000 nourrissons.

Elle montre que les taux d’allaitement  sont plus faibles en cas de complications à la naissance « ainsi que chez les nourrissons dont les parents étaient nés en France, étaient ouvriers, employés ou sans profession, et chez ceux dont les mères avaient un niveau  d’études intermédiaire ». La pratique de l’allaitement diminue aussi quand la mère est fumeuse, peu investie  dans la préparation à la naissance et lorsqu’elle est en situation d’insuffisance ou de surcharge pondérale avant  la grossesse ».

Discrimination positive

La prévalence de l’allaitement total  varie ainsi selon de nombreuses caractéristiques des parents, des naissances et de l’accouchement. « Les facteurs identifiés fournissent des pistes pour élaborer des actions spécifiques de promotion de l’allaitement ciblant les groupes de mères les moins enclines à allaiter » concluent les auteurs. On peut le dire autrement. Il faut ici une action volontariste, une forme de discrimination positive. Trouver les moyens non pas de contraindre mais bien de convaincre et d’aider les femmes a priori réticentes pour qu’elles nourrissent elles-mêmes l’enfant à qui elles viennent de donner la vie.

L’allaitement est, aussi, une affaire politique.

A demain

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