Faut-il vraiment lire «The Lancet» pour en savoir plus sur le crâne de Descartes ?

Bonjour

Le Dr Philippe Charlier aime faire parler de lui. Il le fait en tentant de faire parler les restes des hommes et des femmes qui furent des grands de ce monde. Chaque année ou presque il révèle un pan caché de leur vie, comment et pourquoi ils sont morts. Ce sont parfois des publications médico-légales contestées. Qu’importe : ce sont aussi des publications destinées à faire rêver. La presse d’information générale ne s’y trompe généralement pas qui fait grand cas de ces trouvailles post-mortem concernant Richard Cœur de Lion ou Diane de Poitiers, Maximilien Robespierre ou Agnès Sorel, Henri IV ou Jeanne d’Arc.

Gare d’Austerlitz

Cette année le Dr Charlier s’attaque à un gros morceau, un monument de la pensée : René Descartes (1596 La Haye-Descartes – 1650 Stockholm). Mieux encore : le crâne de celui à qui certains en veulent toujours d’avoir compris que l’on n’existait que parce que l’on pensait. Le Dr Charlier a voulu en savoir plus : il nous livre le fruit de ses réflexions dans une lettre qu’il a adressée à la célèbre revue londonienne The Lancet datée du 11 octobre 2014. C’est une courte lettre qu’il signe avec cinq de ses collègues, trois français, un espagnol et un néerlandais.

Le responsable de la « Section of Medical and Forensic Anthropology, Faculty of Health Sciences, de Montigny-Le-Bretonneux, France » y explique avoir fait pratiquer à la Pitié-Salpêtrière un scanner de la tête du philosophe et mathématicien.  Il aura suffi pour cela de transporter le crâne du Muséum national d’histoire naturelle à Paris où il repose, jusqu’aux environs de la gare d’Austerlitz et du Jardin des Plantes.

Unités Hounsfield

L’équipe a donc scannerisé la célèbre relique. Puis elle a porté son diagnostic : une « masse dense radio-opaque », une tumeur de 3·0 cm × 1·8 cm  (entre 1440 et 1840 unités Hounsfield) située dans un sinus ethmoïdal droit. Un « ostéome géant », tumeur bénigne.

Rappelons que le sinus ethmoïdal se situe dans l’os ethmoïde, soit en arrière de la racine du nez, entre les faces internes des orbites oculaires. Précisons aussi que c’est ici un diagnostic d’exclusion (d’autres hypothèses furent évoquées) et que des doutes demeurent (le titre de la communication comporte un point d’interrogation).

Traçabilité douteuse

On peut, ici, méthodiquement, douter : rien ne permet de certifier qu’il s’agit bien du crâne de René Descartes. Officiellement c’est bien le crâne originel qui, depuis 1821, est conservé dans l’une des armoires du Muséum national d’histoire naturelle à Paris. « Il est bien identifié, sa traçabilité est connue », a affirmé le Dr Charlier  à l’Agence France Presse.

La vérité est un peu plus complexe. Une seule certitude : René  Descartes est mort prématurément,  à l’âge de 54 ans le 11 février 1650 à Stockholm. Sans doute d’une pneumonie (ou d’un empoisonnement par de l’arsenic contenu dans une hostie). Il y fut enterré.

Jardin des Plantes

Seize ans plus tard Louis XIV veut que la France récupère ses restes.  C’est le début d’un invraisemblable feuilleton posthume dont la fin reste à écrire.  La disparition de ce crâne n’aurait été constatée qu’en 1818 lors d’une pénultième inhumation du reste de ces reliques mi-laïques.

La tête de Descartes suivit un autre cours, tôt détachée du corps, achetée on ne sait comment (dit-on) par une exploitant de casino, vendue aux enchères au chimiste suédois Jön Jacob Berzelius qui en aurait fait cadeau au grand Georges Cuvier qui l’aurait confié à la collection du Jardin des Plantes qui l’aurait donnée au Musée de l’homme en 1931.

Une seule hallucination

On peut nourrir quelques doutes quant à la qualité de cette traçabilité. Un autre doute tient à la discordance entre le diagnostic allégué et l’absence de la symptomatologie. L’ostéome géant peut être associé à des obstructions nasales, des dysfonctionnements sinusoïdaux, des troubles de l’odorat ou du système lacrymal, des saignements de nez, des douleurs faciales, des céphalées – et parfois des troubles de la fonction visuelle.

Or, chez les biographes de Descartes, rien de tel – à l’exception d’un possible épisode de migraine  « avec aura » (hallucinations visuelles et auditives). C’était dans la nuit du 10 novembre 1619. Descartes n’avait que 25 ans et les ostéomes bénins ne sont pas connus pour provoquer ce genre de phénomène.

Glande pinéale

L’affaire n’est pas finie. « On commence à peine à travailler sur ce crâne, a encore déclaré le Dr Charlier. Nos investigations devraient permettre des interprétations fonctionnelles et physiologiques sur l’individu qui vivait dans ce crâne » (sic). Pour le premier auteur de la lettre au Lancet, René Descartes est un patient test. « Son cas est bien documenté, dit-il. On a des portraits, des descriptions médicales, on connaît les circonstances de sa mort. C’est le moyen de valider des techniques d’identification médico-légale ».

Le champ des investigations est immense. On peut imaginer que le Dr Charlier recherche les descendants de Descartes pour vérifier, grâce aux empreintes génétiques, si le crâne sur lequel il travaille est bien celui de Descartes. Où rechercher dans ce crâne les traces de la glande pinéale qui, selon l’inventeur de la méthode cartésienne, est le seul et unique siège de l’âme.

A demain

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