Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : urgence, les talents quittent le navire

Bonjour

Artifice médiatique ou petit pétard mouillé. Le Journal du Dimanche du 12 octobre (Anne-Laure Barret) ne tricote pas dans la dentelle : « Hémorragie de talents à l’hôpital public ». Le sang coule aussi dans le sous-titre : « Plusieurs professeurs de renom quittent les CHU parisiens ». On lit l’enquête avant qu’il soit trop tard. On découvre que le mal est encore circonscrit et la plaie, somme toute, assez réduite. Pour l’essentiel le Pr François Haab : « urologue et chef de service à l’hôpital Tenon il va quitter le public pour ‘’être là où les choses bougent’’ ».

Héros de Simenon

On aimerait que le fuyard, 50 ans, s’explique.  Il est en photo et « affiche le sourire serein de qui est déjà ailleurs ». Celle, aussi, du divorcé qui ne reviendra plus mais qui sait que le mariage aurait pu durer si elle l’avait écouté. Il fallait « réorganiser les soins à l’AP-HP ». L’homme sait que cela ne se fera pas. Du moins pas avant qu’il parte à la retraite.

Le Pr Haab sait aussi ce que disent celles et ceux qui restent fidèles. Qu’il est un « mercenaire du bistouri ». Que cet élu MoDem (12ème) au Conseil de Paris (voir ici) entend monnayer au prix fort, dans le privé, ce qu’il a appris dans le public.  Alors l’urologue a ce mot : « Je gagne très bien ma vie grâce aux patients que je reçois en libéral à l’hôpital (1), mais je veux être là où  les choses bougent. » Les romans de Simenon sont remplis de ces héros masculins, la cinquantaine, somme toute heureux en ménage mais qui, pourtant, préfère aller voir ailleurs. Le Pr Haab ne dit rien d’autre. Il y a eu de longs mois de doute. Et puis on claque la porte pour une nouvelle jeunesse, privée.

Laisser-aller

Le Pr Michaël Peyromaure, 42 ans, urologue à Cochin a, lui aussi, « songé au départ ». Il désespérait de voir s’enliser un projet de recherche pour améliorer la vie sexuelle de ses malades prostatiques. Et puis non, il ne désertera pas. Son « cœur appartient à l’AP-HP ».  Pour l’instant.  Avec cette plainte lancinante du mari qui voit sa moitié  se laisser aller  : pénurie de personnel infirmier, anesthésistes qui fuient vers le privé, patients mal orientés, flou général, absence de gouvernance etc.

Pour le reste ? On en restera là pour ce qui est du concret hémorragique. Mais il y a les courageux anonymes. Ici « un professeur de chirurgie estimé » qui « envoie tout valser » (il se reconnaîtra). Là un ophtalmo qui « se met en disponibilité de Lariboisière ». Ici un orthopédiste qui « jette l’éponge » (sic) à Henri-Mondor. Plus grave : « l’un des piliers du prestigieux service d’urologie de Cochin où François Hollande a subi en 2011 une opération bénigne ». Pourquoi user de tant de précision et garder l’anonymat ? Est-ce dire qu’il y a plusieurs piliers dans ce service qui, bien avant 2011, connut ses heures de gloire chirurgicales et politiques ?

Le défi de Martin Hirsch

Des chiffres ? La direction de l’AP-HP, bonne fille, ne les cache pas : en 2013 vingt-quatre professeurs ont présenté leur démission. Rien comparé aux mille huit-cents membres de cette « aristocratie médicale ». Certes. Mais le double de 2012. Combien en 2014 ? Mais il y a peut-être plus grave (2). Sans être une hémorragie béante mais cela commence à faire beaucoup de cœurs qui saignent. Ceux qui désertent sont-ils plus talentueux que ceux qui restent ? L’esprit de lucre est-il le seul moteur de ces mercenaires en partance vers l’ennemi ?

Le Journal du Dimanche a interrogé le Dr Anne Gervais membre de la CME de l’AP-HP : mauvais moral des troupes, travail non reconnu, avenir flou, hiérarchie lointaine, procédures inhumaines, travail à la chaîne. Point n’est besoin d’être médecin pour comprendre que la source de l’hémorragie naissante. Bien au-delà des cœurs et vaisseaux elle est psychologique et politique. C’est un assez beau défi pour le directeur général, Martin Hirsch.

A demain

(1) En 2010 Le Parisien, dans une enquête sur « les mandarins les mieux payés » estimait à 396 000 euros les revenus hospitaliers du Pr François Haab en 2008. Il ajoutait : « Le tarif «habituel» d’une consultation, chez cet urologue de Tenon, oscille entre 140 et 200 euros, selon le site de la Sécu, qui précise également que le traitement de l’incontinence urinaire chez la femme est tarifé «entre 850 et 1650 euros». Contacté, ce chef de service depuis dix ans précise que son activité privée est légale, puisqu’il réalise «les deux-tiers de ses actes en public». Cet urologue qui émarge à environ «6500 euros nets par mois» souligne, lui aussi, l’envolée de ses charges récemment : en 2009, du fait de la hausse de la redevance, «elles dépasseront 50%» de son chiffre d’affaires. Si, en public, ses patients attendent un peu plus longtemps que les autres («six semaines, contre 2-3 semaines en privé», consent-il), en cas d’urgence ou de cancer, rendez-vous est pris «le matin même, sans payer». «De plus en plus contrôlée», l’activité privée à l’hôpital évite, selon lui, l’apparition de ghettos, et permet «une certaine forme de mixité sociale».

(2)  Une autre source donne  les chiffres de l’AP-HP concernant les départs de PH (hors retraite) 2010 : 124 /2011 : 122 /2012 : 85/ 2013 : 153 (soit 4.67 % du total)

2 réflexions sur “Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : urgence, les talents quittent le navire

  1. Bblog, documenté et rarement inexact.
    Signalons néanmoins que le titre du JDD est sans nul doute celui du secrétariat de rédaction …et non celui suggéré par les médecins interrogés (ni même sans doute par la journaliste)
    Cela dit malaise il y a, malaise grave, en témoigne le « baromètre social » financé à grand frais pour interroger 25000 employés de l’ap dont 3000 médecins
    Hors avec une telle démotivation et insatisfaction, ne pas s’interroger sur les pistes d’amélioration serait suicidaire…et sans parler d’hémorragie, l’anémie carentielle inévitable à moyen terme !
    Gardons l’espoir que des actions concrètes pourront nous sortir du blues des blouses !!

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