Alcoolisme : l’anesthésiste d’Orthez reste en prison. Interrogations sur « quatorze dossiers »

Bonjour

Jeudi 16 octobre : La demande de remise en liberté de l’anesthésiste belge Helga Wauters vient d’être été rejetée. On ce souvient que cette soignante avait été placée en détention après le décès d’une des patientes dont elle avait la charge à la maternité d’Orthez (Pyrénées-Atlantiques).

Capacités aux trois-quarts

Âgée de 45 ans, elle est en détention provisoire depuis le 2 octobre à la maison d’arrêt de Pau. Elle est mise en examen pour « homicide involontaire aggravé » (passible de cinq ans d’emprisonnement). Elle a reconnu « avoir bu » le soir de l’accouchement de la parturiente, décédée le 30 septembre. Bu de la vodka additionnée d’eau. Et elle a assuré qu’elle était alors à « 70% de ses capacités ».

L’affaire est ainsi rapportée par Sud-Ouest (Romain Bely):

« Ce soir-là, elle avait la charge d’une jeune femme de 28 ans, d’origine britannique. vivant à Ustaritz (Pays basque). Helga Wauters, lui fait sa péridurale, puis sort boire « un verre de rosé » chez des amis.

Mais l’accouchement se passe mal et une césarienne devient nécessaire. L’équipe médicale appelle au téléphone l’anesthésiste, qui arrive à pied et sent l’alcool. Alors qu’elle prépare l’anesthésie générale de la patiente, son comportement et son élocution paraissent étranges à ses collègues. « J’étais dans un état second, débordée, ma perception était certainement modifiée », avouera Helga Wauters.

La situation tourne vite au drame : au lieu de se servir du respirateur du bloc opératoire, l’anesthésiste utilise à la place un ballon manuel pour ventiler sa patiente, elle intube les voies digestives au lieu des voies respiratoires.

Selon les témoignages cités par la Cour, l’obstétricien qui a la responsabilité de l’accouchement demande alors l’intervention d’un autre anesthésiste, mais aucun remplaçant n’est disponible.

Prévenu, le Samu découvrira à son arrivée « une patiente en arrêt cardiaque, cyanosée, et des personnes sur place qui restent inactives ». Les secours la raniment et la transfèrent en urgence à l’Hôpital de Pau, où elle décède le 30 septembre. Son bébé est sain et sauf.

Convoquée au lendemain du décès, l’anesthésiste s’était présentée devant les gendarmes avec un taux d’alcoolémie de 2,4 g/l dans le sang. A son domicile, les enquêteurs retrouveront 17 bouteilles de vodka vides. » 

Prévenir la récidive

Demande mise en liberté rejetée. L’Agence France Presse nous indique que les avocates d’Helga Wauters n’ont pas souhaité s’exprimer à leur sortie de la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Pau. Leur cliente n’était pas présente. « Cette décision est motivée et conforme aux éléments légaux : éviter le renouvellement de l’infraction et assurer la représentation devant la justice de Helga Wauters », a pour sa part estimé Me Alexandrine Barnaba.

Me Barnaba représente le mari de la défunte et le père de ce dernier qui se sont constituées  parties civiles. « Si la justice a considéré qu’il y avait des risques, c’est parce que nous sommes en présence d’une situation anormale, une mort associée à une naissance […]. Toutes les précautions devaient être prises » a-t-elle ajouté.

D’autres affaires

L’affaire de l’accouchement par césarienne qui a mal tourné laisse progressivement la place à une autre affaire qui pourrait être de grande ampleur : celle dite des quatorze dossiers – les « quatorze dossiers de personnes décédées récemment dans la clinique privée d’Orthez ». Cette clinique privée du groupe Kapa est voisine de la maternité publique. C’est elle qui employait (depuis la mi-septembre)  l’anesthésiste belge.

Me Barnaba a conclu : « Nous sommes au début d’une longue procédure, les investigations seront très longues, la remise en liberté aurait été prématurée ». Pour l’heure la communauté médicale se tait.

Motus et mise à pied

«Ultérieurement, on apprend que la clinique avait décidé de la mettre à pied» pour une intervention trop tardive sur une personne atteinte d’un cancer en phase terminale, a récemment révélé le président de la Cour d’appel, Louis Parant. L’enquête ne fait que commencer, quatorze dossiers ont été saisis de personnes décédées récemment dans la clinique. »

Ce n’est pas tout : l’audience de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Pau a notamment évoqué une vidéo-conférence (tenue le 29 septembre,soit  entre l’accident et le décès de la patiente, au cours de laquelle le groupe Kapa Santé (…) aurait demandé au médecin belge de ne pas parler aux gendarmes. » Est-ce vrai ? Si oui qu’aurait donc à cacher Kapa Santé ?

Mises en abymes

« Je viens d’avertir mes clientes. C’est un soulagement de la savoir en détention, une décision normale dans la mesure où il fallait protéger d’autres victimes » potentielles « et la protéger d’elle-même », commenté Me Philippe Courtois, avocat de la mère et de la sœur de la victime.

« Protéger la coupable d’elle-même ». Précisément : comment prend-on en charge, en prison, une personne malade de l’alcool. Un médecin malade de l’alcool ? Lui procure-t-on ce dont elle est devenue l’esclave ? Des médicaments ? Reçoit-elle, dans ses abymes, l’aide d’un soignant ?

Bracelet électronique

« Pour quelles raisons maintient-on cette anesthésiste en prison ? Pour ‘’éviter le renouvellement de l’infraction et assurer la représentation devant la justice ‘’. Cela ne tient pas, estime Me Cyril Roux, avocat à la Cour et membre du comité scientifique de SOS Addictions. Une assignation à résidence avec bracelet électronique suffisait à garantir ces objectifs – sauf à imaginer des circonstances non précisées, non connues, non dévoilées peut être… »

« On nous parle aussi, autre motif,  »de la protéger », poursuit Me Roux.  Il semble que c’est l’avis d’une partie et non pas la motivation de la cour. En toute hypothèse, la prison ne favorise pas le soin… A l’extrême (et pour les besoins d’un raisonnement, ubuesque) on soutiendrait que s’il n’existe aucun soin à l’extérieur, une prise en charge médicale en prison est toujours préférable. Encore faut-il ici tenir compte de différents éléments : les taux de suicide en milieu carcéral, la dignité perdue, la privation de liberté, l’enfermement désociabilisant. »

Ordre public

Me Roux ajoute : «  Les soins indispensables auraient pu être imposé dans le cadre du contrôle judiciaire, au besoin selon le régime de l’hospitalisation – mais ailleurs qu’en prison. On évoque ‘’ les14 dossiers’’. Mais cette personne n’est mise en examen sur ces faits donc ils ne peuvent justifier la détention provisoire. Le trouble à l’ordre public causé par l’infraction ? Ce n’est plus une cause de détention  provisoire en matière correctionnelle depuis quelques années. Uniquement en matière criminelle, ce qui n’est pas le cas. On évoque enfin la possible réitération de l’infraction. Or cela ne tient pas plus : le contrôle judiciaire l’aurait interdit d’exercer une activité médicale – interdiction garantie par le bracelet. »

A l’évidence des éléments nous manquent. Attendre pour comprendre.

A demain

2 réflexions sur “Alcoolisme : l’anesthésiste d’Orthez reste en prison. Interrogations sur « quatorze dossiers »

  1. Peut-être pour la protéger des familles de ses victimes ? Un médecin qui « chute » fait vite l’objet de la haine du public. Ou bien peut-être pour la protéger d’un suicide ? Le taux de suicide est certes élevé en milieu carcéral, mais on sait également avec quelle efficacité les anesthésistes passent à l’acte lorsqu’ils disposent du matériel nécessaire.

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