Ebola : l’OMS est accusée de graves incompétences. A quand le procès ?

Bonjour

Elle n’avait rien compris au sida. Elle n’a rien saisi à Ebola. En trente ans cela fait beaucoup quand on est en charge de la santé publique de la planète. Deux épidémies majeures que l’on ne voit pas venir. Deux épidémies virales dont les modes de transmissions sont vite établies. Des alertes répétées lancées depuis le terrain. Les premiers chiffres épidémiques. Et puis d’autres. Et dans le cas d’Ebola toutes les conditions réunies pour que l’affaire empire.

« Perfect storm ». C’est ainsi que l’Organisation Mondiale de la Santé qualifie l’épidémie d’Ebola, dans un document interne. Un document révélé le 18 octobre par l’Associated Press et qui commence à diffuser hors des cénacles spécialisés. Un document interne dans lequel l’OMS avoue ne pas avoir anticipé et prévu le développement de la tragédie en Afrique de l’Ouest. Un document qu’il faudra relire avec précision et dans lequel la direction générale de Genève met à mal le bureau Afrique de l’organisation onusienne. L’affaire est encore peu reprise par les médias (lire ici The Independant).

 Perméabilités frontalières

« Presque tous ceux impliqués dans la réponse à l’épidémie ont raté des choses évidentes » affirme le document interne cité par l’Associated Press. Mais certains ont plus failli que d’autres. Un grand classique administratif. Le document évoque ainsi l’incompétence du personnel, cumulé à un manque d’informations.  Le document fait valoir que les experts de terrain auraient dû prendre en compte les perméabilités frontalières » et la faiblesse des systèmes de santé de cette région d’Afrique. Autant de données que Genève ne pouvait pas connaître.

Le rapport accuse nommément : il « est particulièrement alarmant que le représentant de l’OMS en Guinée n’ait pas prévu ce qui arrivait et n’ait pas octroyé les visas à une équipe médicale qui venait travailler sur la situation ». Sans doute la face du monde épidémique en aurait-elle été bouleversée.

Fausse transparence

Ces critiques ne sont pas nouvelles. On peut y voir le symptôme d’une situation interne détestable. Et comme une odeur de règlements de compte dans un monde cadenassé bien loin de l’image de transparence humanitaire qui lui est souvent associée. L’Associated Press le rappelle. En juin dernier, le Dr Bruce Aylward (en charge de l’éradication de la poliomyélite) avait fait part de ses préoccupations concernant la direction de l’OMS en Afrique.

Dans un mail envoyé à la directrice de l’OMS Margaret Chan, il écrivait que les partenaires de l’agence ainsi que les organismes de santé nationaux estimaient que l’action de l’agence de l’ONU « compromettait » les chances de succès de la lutte pour contenir le virus. Et ensuite ?

Terrible euphémisme

Ce n’est pas tout : le Pr Peter Piot (co-découvreur du virus Ebola, « historique » de la lutte contre le sida, ancien directeur exécutif d’Onusida, aujourd’hui directeur de la London School of Hygiene and Tropical Medicine,) vient de donner un entretien sur le sujet. Selon lui aucun doute n’est permis : l’OMS a « agi trop lentement »C’est un euphémisme.  Le Pr Piot déplore que l’organisation onusienne ait attendu cinq mois et mille morts avant de déclarer Ebola comme étant une urgence sanitaire.

Chats à fouetter

Nul, à Genève, ne semble avoir entendu ses alertes pour une autre réponse au drame qui s’annonçait. On lui aurait fait comprendre qu’il avait certainement d’autres chats à fouetter. Hors de notre pré carré. MSF a fait de même. Mais MSF est une ONG. Pas voix au chapitre.

Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS a admis du bout des lèvres auprès de Bloomberg  qu’elle « n’avait pas été été suffisamment informée de l’évolution de l’épidémie.  Nous avons répondu, mais notre réponse n’a peut-être pas été adaptée à l’échelle de la situation et à sa complexité. »

Tempête parfaite

Comme le parfum d’un aveu. Mais l’air de la défense est connu : « Si nous sommes à blâmer, tout le monde est à blâmer ». De la dilution onusienne, en somme,  des responsabilités. Le 18 octobre l’OMS a promis de rendre public un examen complet de sa réponse à l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest. Elle le fera une fois que la crise sera sous contrôle.

Terrible paradoxe : faute de l’avoir prise à temps cette crise est bien loin d’être sous contrôle. Pour la réponse de Genève, on attendra. A perfect storm.

A demain

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