Greffes: le prix exact d’un lobe de foie humain selon Eric Abidal (footballeur, 35 ans)

Bonjour

C’est un exercice difficile que de réussir le portrait (écrit) d’un footballeur (célèbre). Libération de ce jour s’y essaie (dernière page) et le résultat dépasse les espérances. L’objet du croquis y est pour beaucoup : Eric Abidal, 35 ans, né en 1979 à Saint-Genis-Laval (Rhône). Equipe de France (multisélectionné). Tumeur hépatique (2011) Ligue des champions avec le FC Barcelone (2011). Rechute et greffe du foie (2012). Olympiakos-Le Pirée (2014). Juventus de Turin en Ligue des champions.

C’est le « portrait d’un rescapé d’un cancer » (Rachid Laïreche). C’est aussi, c’est surtout, le recueil des confidences d’un homme devenu très riche grâce à son talent au jeu de football et à qui quelqu’un a, de son vivant, offert un lobe de foie. C’est une leçon pour transplanteurs en bloc et éthiciens en chambre.

Caraïbes

Le mythe Abidal a donné rendez-vous à son portraitiste à Vouliagmeni,  « petite commune huppée » face à la mer grecque. Dans un palace désert. A un demi-marathon de l’Acropole.  Regard fixe, le sphynx parle : «Je suis prêt à répondre à toutes vos questions, sauf sur la politique. J’ai un avis mais je ne tiens pas à attiser la polémique.» La sphynx est un sage des Caraïbes.

Pour les amoureux de L’Equipe Abidal c’est une balafre : celle, profonde, que l’on peut voir dans le dos du football français : la balafre Knysna (2006). Le sphynx vaudou sirote son cappuccino et remet en place le croc du boucher.  Non Anelka n’a pas craché à Domenech «va te faire enculer, sale fils de pute !». Evra …, Ribéry…, Toulalan…,  Anelka…, Abidal…, Benzema…, Nasri… Ceux qui ne connaissent ni les hommes ni le foot ne peuvent comprendre. Ce sont des gladiateurs cousus d’or au cœur tendre. Des gentils qui ne feraient pas de mal à un lion.

Crabe

Et puis le crabe, l’ombre portée de la mort. Et le retour du Styx. Ce sera bien après le club amateur de la Duchère… l’AS Monaco…  Lille…. La France. Ce fils de catholiques se convertit à l’islam. Sa mère : « Tant que tu crois en Dieu, ça me va ». « Petit, j’étais catholique, et je priais à genoux. Aujourd’hui, je suis musulman, et je prie à genoux. Je n’arrive pas à voir où est le problème.»

Chemin de croix.

« Mars 2011, Abidal passe une visite médicale de routine à Barcelone. A la sortie, le médecin du club tire la tronche. Le verdict tombe. «Le médecin m’annonce que j’ai une tumeur au foie», dit-il d’un ton neutre. Le surlendemain, il se retrouve au bloc. David Venditelli, son agent et confident, se souvient : «Juste avant l’opération, il m’a demandé la date de la finale de la Ligue des champions.» Le 28 mai 2011, le Barça déroule un football qui marquera des générations et des générations, peut-être le meilleur de tous les temps et remporte sa deuxième Ligue des champions en deux ans. Eric Abidal se trouve sur la pelouse de Wembley. Un miracle. Son capitaine, Carles Puyol, lui laisse l’honneur de soulever le trophée. Il souffle : «Je commence à peine à savourer cette période au Barça. C’était dingue, extraordinaire et tout est passé à une vitesse.» »

Nouvelle station.

« Un an plus tard : la rechute. Le Catalan reçoit du soutien de tous côtés. De Platini à Blatter, le machiavélique président de la Fifa. Il y a des connus, des reconnus et des anonymes. Tout le monde, sauf Raymond Domenech. Mais cette fois, il a besoin de plus pour s’en sortir : un donneur. Son cousin Gérard se propose, et donne une partie de lui : «Je lui suis redevable de beaucoup. Aujourd’hui, c’est le plus compliqué à gérer, ça me ronge de l’intérieur. Un foie, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas comment le remercier en sachant que je n’ai pas le droit de le rémunérer, ni de lui acheter des biens.» 

Libération poursuit :

« Une situation compliquée qui n’est pas sans rappeler son rapport aux autres depuis que son compte brasse des millions. «Les gens ne t’appellent pas pour savoir si tu vas bien mais pour te demander de l’argent. Je dois d’abord m’occuper de mes parents et de mes beaux-parents. Si je vis bien, ils doivent bien vivre aussi», lâche-t-il gêné. Puis : «Je pense que chacun de nous est sur Terre avec une mission bien précise. Peut-être que la mienne, c’est d’aider les gens.»

A Vouliagmeni, devant notre mer à tous, le vaudou n’en dira pas plus. C’est déjà beaucoup.

A demain

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