Epidémie: 43 cas de suicides dans la police depuis janvier. Que fait la police ?

Bonjour

Bernard Cazeneuve connaît bien les policiers : il est ministre de l’Intérieur. Depuis qu’il existe ce ministre protège ses troupes. Grâce à elle il sait tout. En retour il leur doit beaucoup. Or voici que M. Cazeneuve parle, à leur endroit, de « désarroi ». Et le ministre que poursuivre, comme un médecin qu’il n’est pas. Il nous dit qu’il y a dans ce corps d’élite et casqué comme un grand trouble, comme une étrange confusion dont il faudra chercher les causes. Et trouver des solutions. Bernard Cazeneuve présidera une réunion sur ce sujet en 2015.

Merci pour les années

Et ce ministre n’est pas seul à parler. Ses services s’expriment à l’unisson : la Direction générale de la police nationale (DGPN) a prévu une réunion avec les syndicats de police. En urgence : ce sera le 5 novembre. Thème : les suicides.  « Les suicides sont notre priorité, il faut y travailler tous ensemble » assure la DGPH.

Illustration du propos, ces quelques lignes de l’Agence France Presse dont l’encre est encore chaude :

« Il a griffonné quelques mots d’adieu, empoigné son arme de service et tiré. Mardi, un brigadier a mis fin à ses jours comme, avant lui, quarante-deux collègues depuis début 2014. Un chiffre préoccupant même si les suicides sont un problème récurrent dans la police. « Merci pour les années ensemble. » Ce sont les derniers mots du brigadier à ses camarades de la police judiciaire de Dijon, retrouvés chez lui dans une lettre. Rien d’autre. Le jeune homme semblait avoir une vie rangée, ses collègues sont « sous le choc ». »

 Déterminants

Qui ne le serait ? Le suicide à beau être un mystère insondable rien n’interdit d’échafauder des hypothèses pour tenter de comprendre, tenter de revenir dans le champ du raisonnable. Et quoi de plus sage que les déterminants sociologiques ? Soit le suicide à comprendre comme un phénomène de santé publique. Réduire le libre arbitre à sa portion congrue et enquêter pour trouver, demain, des responsables ? Des coupables le surlendemain ? Une indemnisation pour les survivants ?

Tout cela nécessite de dépasser l’émotion, la passion et de disposer d’un cadre statistique. On se souvient peut-être de l’affaire « des suicides chez France Télécom » et de la polémique qui avait suivi.(lire ici un entretien accordé à Slate.fr par Viviane Kovess-Masfety (EHESP).  Puis celle de la création d’un « Observatoire national du suicide ».

 Chiffre noir

Selon une source officielle, quarante-trois policiers de tous grades ont mis fin à leurs jours depuis début le début de l’année, avec un pic cet été. A ce rythme, le record de 1996 – soixante-dix suicides de policiers contre cinquante par an en moyenne – pourrait être égalé. Un chiffre noir » poursuit la dépêche de l’Agence France Presse. Fin septembre, le ministre de l’Intérieur avait aussi recensé, dans un discours aux forces de l’ordre, dix-sept suicides parmi les militaires de la gendarmerie qui n’est pas épargnée par le phénomène. » Mêmes causes, mêmes effets ?

Les syndicats sont vent debout sur ce sujet sensible et font souvent le lien entre ces drames et le « stress » ou les « conditions de travail ». Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) – majoritaire chez les officiers de police, estime ainsi que « les années se suivent et se ressemblent » et que « le taux de suicide constaté dans la police reste anormalement élevé »: 36 pour 100.000 contre 20-22 pour 100.000 pour le reste de la population. La différence est-elle statistiquement significative ?

Causalité

Les statistiques, précisément. Ce syndicat invoque la « pression des statistiques » (le « travail au rendement chiffré » ou un « management inadapté » comme possibles explications. Et puis, bien évidemment la question du lien de causalité. Le tribunal administratif de Nice a reconnu récemment la « responsabilité de l’administration dans un suicide ». Celui d’une policière de Cagnes-sur-Mer qui s’est donné la mort en juillet 2011 – après un cas identique à Poitiers en mai dernier.

Nous sommes ici en terrain mouvant, aux lisières du conflit d’intérêt et de l’entre-soi. Car qui, en pratique, enquête sur les suicides dans la police ? Les études officielles et celles de la police nationale, sur le sujet, écartent tout contexte professionnel « dans la très grande majorité des cas » – des suicides de fonctionnaires entre 40 et 49 ans.

Armes de service

Plus de la moitié des fonctionnaires mettent fin à leurs jours le font avec leurs armes de service. « Ceci nous différencie un peu du reste de la population », pense un haut fonctionnaire qui parle de manière anonyme. « Comme les médecins, où le taux de suicide est très important, nous avons à portée de main des moyens létaux, maîtrisés, pour en finir » ajoute-t-il. Ce qui n’est pas faut. Qui enquête sur les suicides d’anesthésistes ?

La DGPN dit « prendre le problème à bras le corps ». En septembre dernier les 2.000 policiers du département du Val-d’Oise, près de Paris, ont dû déposer leurs armes au service après le suicide coup sur coup de deux collègues. Attention : ce dépôt s’est fait sur ordre de la hiérarchie – au nom de la « prévention ». « Infantile », a dit « Synergie » le second syndicat d’officiers. « Synergie » invoque la « dangerosité du métier » et la nécessité de pouvoir y faire face – coûte que coûte.

Pouls psychologique

La direction de la police met en avant les « cellules de veille » et autres « pôles de vigilance » mis en place dans chaque département pour prévenir les « passages à l’acte ». « La détection est très difficile, chez nous comme ailleurs », avance-t-elle. Face à ce qui peut être un symptôme majeur affectant la police que peut faire la police ? Faut-il imaginer un tiers privé pour prendre le pouls psychologique de chaque policier ?

D’autres ont d’autres idées. C’est le cas d’une association (l’AAA-VAM). « La possibilité d’autolyse avec une arme à feu facilite le passage à l’acte, observe-t-elle.  Pour autant, force est de constater que le corps médical qui n’est pas armé de fusils ni de revolvers a aussi un nombre de suicides particulièrement élevé. Pour ce qui concerne les raisons : les idées suicidaires sont généralement affectives, toutefois les conditions de travail sont en relations indirectes avec ces problèmes passionnels (…) Notre association avait obtenu du ministre de la Santé,  en l’an 2000, que la mention « peut favoriser un passage à l’acte suicidaire » soit ajoutée au résumé des caractéristiques du produit pour les « tranquillisants et les somnifères ». Malheureusement quinze ans après cette modification majeure de la monographie aucune mesure de prévention n’a été mise en place par les ministres et les autorités de santé. »

Open data policier

Cette association ne fait pas que se lamenter. « Pour ces gendarmes et ces policiers, il serait rapide et peu couteux d’étudier sur une période de trois années les dossiers médicaux sauvegardés ou archivés par les caisses de sécurité sociale, soit environ 500 dossiers de décès » suggère-t-elle. Pourquoi la police, en toute transparence et avec toutes les garanties, ne le ferait-elle pas ? Idem pour la gendarmerie.

A demain

 

2 réflexions sur “Epidémie: 43 cas de suicides dans la police depuis janvier. Que fait la police ?

  1. Le taux de suicide en France en moyenne 16.5/100 000 .
    En Bretagne , il est de 28 pour 100 000 , la Police atteint donc le taux 30/100 000.

    Mais cela reste tragique .

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