Dans l’ombre de l’affaire Rémi Fraisse, la mort de Malik Oussékine (décembre 1986)

Bonjour

On pouvait aisément le prévoir : l’affaire de la mort de Rémi Fraisse prend de l’ampleur. Rien n’est acquis quant aux causes précises de cette mort et c’est cette incertitude même qui alimente la polémique montante. En quelques heures les prises de paroles politiques se sont multipliées dans les médias. A peine avait-on accusé le gouvernement et l’actuelle majorité de ne pas avoir présenté des condoléances que ces condoléances étaient présentées. On accusa alors le retard mis à les exprimer.

« Et depuis 48 heures, aucun membre de ce gouvernement qui avait pourtant, théoriquement, fait de la jeunesse une priorité, ne s’est exprimé pour présenter ses condoléances, pour dire qu’il regrettait infiniment ce qui s’est passé » vient de déclarer Cécile Duflot, députée de Paris, qui a quitté le gouvernement en avril. Mme Duflot qui voit là un « scandale absolu », une « tache indélébile sur l’action de ce gouvernement ».

Compassions à la Une

Comme un reproche fait à des responsables manquant de cette émotion qui nourrit désormais les vies mêlées du médiatique et du politique.  Avec son corollaire : l’expression de sa compassion – ce « sentiment de pitié qui nous rend sensible aux malheurs d’autrui ».

« Quelles que soient les circonstances, quand un jeune disparaît, la première des attitudes, des réactions, c’est celle de la compassion. C’est pourquoi j’ai appelé son père ce matin » a déclaré le chef de l’Etat en marge d’une visite d’ateliers d’écriture à Paris. « La seconde réaction est « la vérité, toute la vérité sur ce qui s’est passé durant cette manifestation qui a été violente, j’y veillerai personnellement » a ajouté le président de la République

Le Nouvel Observateur de 1977

La secrétaire nationale du groupe Europe Ecologie Les Verts (EELV) se nomme  Emmanuelle Cosse. Elle déclaré : « Depuis 1977, il n’y avait pas eu de mort dans des manifs écolos » [mort de Vitali Michalon sur le site nucléaire de Creys-Malville]. « Et depuis 1986 et Malik Oussekine, il n’y avait pas eu de mort dans une manifestation ». Les écologistes réclament la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Pour Vitali Michalon on verra ici ce qu’était Le Nouvel Observateur de l’époque. Pour Malik Oussékine les causes de la mort firent polémiques et les résultats de l’autopsie médico-légale ne furent pas toujours simple à décrypter. Nous étions au début du mois de décembre 1986 dans le contexte de manifestations étudiantes récurrentes contre le projet de réforme universitaire du ministre délégué chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur Alain Devaquet membre du gouvernement Chirac.

Rue Monsieur-le-Prince

Malik Oussekine, 22 ans, avait été retrouvé dans le coma, le 6 décembre 1986, à la hauteur du n°20 rue Monsieur-le-Prince, dans le 6ème arrondissement de Paris.  Il souffrait d’insuffisance rénale, conséquence d’une malformation rénale congénitale. Cette malformation avait nécessité une intervention chirurgicale et la pose, en permanence, d’une poche de dérivation urinaire. Depuis plusieurs mois, il suivait des séances de dialyse au centre médical Edouard-Rist, dans le 16e arrondissement. Cette insuffisance rénale ne l’empêchait toutefois pas, au dire de son entourage, d’être très sportif et de pratiquer notamment la course à pied, l’escrime ou l’équitation.

Le 6 décembre rue Monsieur-le-Prince, l’équipe du SAMU a trouvé Malik Oussékine dans un état comateux. Un choc électrique a néanmoins permis une reprise temporaire des battements cardiaques. Après le transfert du corps à l’hôpital Cochin, une autopsie avait été pratiquée durant trois heures dans la matinée du 6 décembre à l’Institut médico-légal par le Dr Dominique Lecomte. Les premiers éléments recueillis par cet expert avaient servi à la rédaction du communiqué publié dans l’après-midi du même jour par Michel Jéol, procureur de la République.

Rapport d’autopsie

Ce communiqué précisait l’absence de fractures. On confirme toutefois de plusieurs sources une fracture importante des os propres du nez, conséquence d’un violent coup en plein visage. Selon ce communiqué, «  les traces de violences constatées (…) ne seraient pas susceptibles d’avoir entraîné la mort. Le décès serait dû à une décompensation cardiaque créée par l’état pathologique rénal antérieur du patient ».

Le Monde devait ensuite rapidement publier le contenu du rapport d’autopsie signé du Dr Leconte – huit pages dactylographiées résumant un examen pratiqué avec la plus grande minutie. On y apprennait que l’examen autopsique avait mis en évidence :

«  l) La présence de plusieurs hématomes

– Au niveau de la face, avec une fracture du nez et un petit hématome de la joue, ainsi qu’un petit hématome frontal.

– Un hématome au niveau de l’épaule gauche dans la région postérieure, ainsi qu’un hématome dorsal médian haut.

– Un hématome cervical latéral droit pouvant être en rapport avec la réanimation et notamment la sous-clavière effectuée.

– Un petit hématome de la main et du poignet gauche, ainsi qu’un petit hématome du tiers moyen de la jambe gauche.  »

 » Nous n’avons observé, poursuit le docteur Lecomte, aucune fracture du crâne, aucune lésion cérébrale, aucune lésion du rachis dorsolombaire ou des membres.

 » 2) Il est constaté une pathologie organique antérieure très importante : à savoir une hydronéphrose bilatérale avec polykystose rénale droite et gauche majeure, ne laissant persister que très peu de parenchyme rénal fonctionnel.

 » Une intervention de Goodwin est effectuée avec un abouchement de l’uretère dans sa région urétérale haute au niveau du colon, suivie d’un abouchement du colon à la peau (…). Un abouchement non fonctionnel des uretères à la peau court-circuitant la vessie entre aussi dans le cadre de cette intervention chirurgicale.

 » 3) Des lésions de myocardiopathie diffuses, à savoir d’hypertrophie cardiovasculaire gauche et d’un aspect marbré du myocarde sont observées : de telles lésions myocardiques peuvent s’observer chez les insuffisants rénaux chroniques en dialyse ou non.  »

Ce rapport conclut que  » le décès est dû, dans un contexte traumatique, à la décompensation cardiaque, trouble du rythme cardiaque ou cardiomyopathie, telle qu’on l’observe au cours d’une insuffisance rénale chronique majeure. Les lésions de violence observées n’expliquent pas à elles seules le décès ». »

Violences

Les rapports de deux inspecteurs de police étaient aussi versés au dossier. Selon l’inspecteur principal Chritiane Hérault, Malik Oussékine était porteur d' » un hématome cervical très important gonflant la joue sur le côté gauche, un autre, moindre, existe sur le côté droit. Enfin, nous remarquons une très importante bosse occipitale et un anus artificiel « . L’inspecteur Daniel Bedel, inspecteur à l’IGS, avait constaté  » un hématome postérieur de l’épaule gauche, un hématome dorsal de 7 centimètres de long et de 4 centimètres de large, un hématome cervical latéral droit et gauche en rapport avec la réanimation, un hématome de la joue gauche, un hématome sus-orbitaire gauche, un hématome superficiel à la jambe « .

L’ensemble des pièces médicales du dossier judiciaire sur la mort de Malik Oussékine, ne permettait alors  nullement de trancher, avec une absolue certitude, quant aux causes précises du décès. On garda en mémoire que « les lésions de violence constatées n’expliquaient pas à elles seules le décès ». Le Dr Lecomte savait alors que la justice pourrait lire que, si la violence n’expliquait pas « à elle seule » le décès, c’est qu’elle y avait bel et bien contribué.

Le ministre Alain Devaquet présenta alors rapidement sa démission

A demain

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