Prévention du sida : la sécurité sociale remboursera-t-elle ou pas le Truvada® ?

Bonjour

29/10/14. Où l’on reparle, en France, du Truvada® : association de deux médicaments antirétroviraux fabriqué par la firme américaine Gilead Sciences. Contrairement à ce que quelques médias voudraient faire croire ce n’est en rien un évènement scientifique. C’est en revanche une véritable question politique. Une question centrée sur le sida et la transmission sexuelle du VIH. Mais une question plus fondamentale : un médicament utilisé à des fin préventive doit-il être pris en charge par notre collectivité nationale.

Préservatifs gratuits

Question d’autant plus problématique qu’il existe ici d’autres méthodes de prévention. A commencer par le préservatif masculin dont chacun sait qu’il n’est pas gratuit. De ce point de vue la question du  Truvada® risque fort de constituer à court terme une véritable et riche controverse sociétale. A fortiori à une époque où tout est fait pour faire des économies sur le chapitre médicamenteux.

L’affaire Truvada® est fondamentale d’un point de vue médical : elle consiste à user d’une thérapeutique médicamenteuse à des fins préventives. Non plus traiter l’infection par le VIH avec des anti-rétroviraux mais utiliser ces mêmes anti-rétroviraux en prévention de l’infection en amont de relations sexuelles tenues pour être potentiellement à risque. Cette question est débattue depuis plusieurs années. (1)

OMS favorable

Elle a été tranchée à l’échelon international à la mi-juillet.  A la veille de la Conférence internationale sur le sida organisée  à Melbourne (Australie) du 20 au 25 juillet l’OMS déclarait :

« Pour la première fois, l’OMS recommande vivement aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes d’envisager de prendre des médicaments antirétroviraux en tant que méthode complémentaire de prévention de l’infection à VIH (la « prophylaxie pré-exposition ») parallèlement à l’utilisation du préservatif. 

La « prophylaxie préexposition » (PrEP) est un moyen de prévention destiné à ceux qui ne sont pas infectés par le VIH, mais risquent de le devenir.

Elle repose sur la prise quotidienne d’un comprimé unique (une association de deux antirétroviraux). Il a été démontré que ce traitement, s’il est correctement observé, permet de réduire jusqu’à 92% le risque d’infection à VIH chez les personnes à haut risque. La PrEP est bien moins efficace si lesprises ne sont pas régulières. »

Epidémie explosive

L’OMS justifiait sa position en observant que « les taux d’infection à VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes restaient élevés presque partout et qu’il fallait  d’urgence disposer de nouvelles options de prévention ». Plus précisément l’OMS parlait  d’« une explosion de l’épidémie » chez les homosexuels masculins à risque. Gottfried Hirnschall, qui dirige le département VIH de l’OMS confirmait l’existence, maintes fois évoquée depuis plusieurs années d’un abandon des comportements de prévention.

Jusqu’à présent  les options préventives étaient  le recours systématique au préservatif masculin en cas de situation à risque, la réduction du nombre de ces situations et, dans une certaine mesure, la pratique de la circoncision.

Confusion française

L’initiative de l’OMS survenait deux ans après celle de la Food and Drug Administration (FDA) américaine qui avait approuvé officiellement, en juillet 2012  la commercialisation du Truvada®.  L’Agence nationale française de sécurité du médicament avait alors aussitôt fait savoir qu’aucune demande d’AMM dans l’indication PrEP n’avait alors  été déposée par le laboratoire qui commercialise Truvada® en France. Depuis la plus grande confusion régnait sur ce chapitre.

On apprend aujourd’hui qu’après bien des difficultés et quelques déboires l’essai français « Ipergay » avait finalement permis d’aboutir aux mêmes conclusions que les essais précédents menés à l’étranger sur le même sujet. Et ce avant même d’être mené à son terme. C’est dire que ce n’est en rien un évènement scientifique.

A quel prix ?

C’est en revanche un vrai dossier politique, économique, éthique. Va-t-on vers la généralisation de la prévention combinée de l’infection par le VIH ? Vers l’utilisation complémentaire du dépistage, du préservatif et des traitements préventifs et thérapeutiques ? Et si oui, à quel prix ?

En juillet dernier es responsables de l’association Aides avaient choisi d’en appeler à Marisol Touraine, ministre de la Santé. Ils lui demandaient de « sortir de l’immobilisme ». En pratique ils réclamaient de faciliter l’ouverture de l’accès au traitement préventif. Cette mesure ne pose guère de difficultés pratique : il suffit d’une « extension de l’indication au préventif » du médicament qui « permettrait la mise à disposition pour des personnes séronégatives ». La ministre de la Santé n’avait pas, alors, répondu. La même question lui sera à nouveau posée avec la fin de l’essai Ipergay.

Rentabilité

Le Truvada® est actuellement disponible pour les personnes infectées par le VIH dans le cadre d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Il est commercialisé par la firme américaine 520 euros les 30 comprimés et pris en charge à 100%. Le gouvernement jugera-t-il que les personnes séronégatives prenant le risque d’une contamination sexuelle devront payer le prix de leur prévention ? Où que le remboursement peut être économiquement justifié? On attend son argumentaire et sa réponse.

A demain

(1) Voir ici les papiers consacrés à ce sujet sur ce blog et voir ici le dossier Truvada de Slate.fr

Une réflexion sur “Prévention du sida : la sécurité sociale remboursera-t-elle ou pas le Truvada® ?

  1. On peut noter que ce traitement préventif serait utilisé, en France, pour une population bien ciblée, à haut facteur de risque, malgré les appels à la prévention lancés depuis maintenant près de 30 ans.
    Le remboursement viendrait encore à l’encontre d’actions de prévention, et il est fort à parier qu’un nombre important de personnes qui prendraient ce médicament ne se protègeraient plus, se croyant protégé.
    J’avais d’ailleurs vu une étude, il y a quelques années qui disait qu’un vaccin contre le SIDA devrait probablement avoir un très fort taux d’efficacité pour réellement limiter la progression, car les gens vaccinés considéreraient qu’il n’y a plus lieu de se protéger.
    Quoiqu’il en soit, je pense que la prise en charge d’un traitement préventif ne devrait pas être supporté par la collectivité, le SIDA, dans cette population, se propageant essentiellement du fait de la responsabilité individuelle des acteurs.

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