Alcoolisme : un simulacre d’accouplement lui vaut six mois d’emprisonnement sur le champ

Bonjour

Didier (le prénom a été changé) est aujourd’hui âgé de 24 ans. Il comparaît devant le tribunal correctionnel de Tours. Les faits remontent à juillet 2013. Une chaude nuit que l’on imagine de pleine lune. Au bord de la Vienne, dans l’ombre du château de Chinon-  petite ville,  grand renom.

La rue

Bien sûr il était ivre au moment des faits qui lui sont reprochés. La preuve : il ne se souvient de rien. Ou presque. Un nuage sur ses remparts. L’ivresse ? le jeune homme a été battu par un père alcoolique, il est passé de foyer en famille d’accueil dès l’âge de 10 ans, la violence subie, quelques boulots saisonniers et, finalement, la rue. Et six mentions à son casier, dont une pour des faits de même nature. Tout cela est rapporté fidèlement par La Nouvelle République du Centre Ouest (Olivier Brosset).

Frontières

Didier a été évalué par un expert. On ne connaît pas son nom : les experts ne prennent un nom dans la presse que pour les procès d’assises. Pour le commun des mortels délictueux l’expert est unique et anonyme. Que dire d’original sur l’alcoolisme générant un cas social et une reproduction alcoolique ? Que Didier voyage au bort des « états limites ». Qu’il est limite « socialement » et « émotionnellement ». Qu’il est aux frontières de ce que l’on peut accepter, que la dépendance à l’alcool s’installe, qu’elle est installée. Et que l’on ne trouve pas, chez lui, cet irrémédiable qu’est la perversion sexuelle.

Caresses

Chinon dort, en ce 26 juillet 2013. Les raisins gonflent. Il est près de 2 h. Éva rentre chez elle, à pied, seule dans les rues de la si vieille ville. « Soudain, une présence… puis c’est l’agression. Didier se plaque contre elle, par-derrière. Il la ceinture, lui caresse le sexe par-dessus ses vêtements. Puis donne – dans un simulacre d’accouplement – une succession de coups de reins. » (La Nouvelle République).

Souvenirs

Terrifiée, la jeune femme crie, met son agresseur en fuite. Et la jeune femme dira, devant les juges : « Même s’il titubait, il était conscient de ce qu’il faisait ». Elle en est persuadée. Son avocate encore plus. Pour Me Sandra Deroche : « ce n’est pas parce qu’il ne se souvient pas que ça ne s’est pas passé ». C’est là une solide vérité qui, en droit, ouvre d’immenses abîmes philosophiques. Tous les amoureux de Terry Pratchett nous comprendrons : est qu’un arbre fait du bruit en tombant si aucun tympan  n’est à la ronde ?

Et les abîmes s’approfondissent dès lors que l’ont rappelle que le déni est la clef de voûte de la maladie alcoolique. Tout cela à un prix : pour le simulacre, la panique et les gestes  l’avocate demande 2.800 € de dommages et intérêts.

Boulevard

Le ministère public confesse être  « très inquiet de la posture de D…  […] On est très loin d’un engagement dans une démarche de soins ». Didier ne conteste pas. Comment  pourrait-il nier une réalité qu’il nie ? Le ministère public a un boulevard. Il en profite : le prévenu « devra assumer et sa responsabilité et sa culpabilité ». Il requiert un an d’emprisonnement avec mandat de dépôt, un suivi socio-judiciaire sur cinq ans avec injonction de soins (deux ans en cas de non-respect) et inscription au fichier des délinquants sexuels.

Justice

Le prévenu a une avocate.  Me Julie Rouyat marche sur des œufs  : son client « n’avait pas conscience de l’absence de consentement de la victime. » Selon elle, il ne l’a réalisé que lorsqu’elle a crié… et l’a alors lâchée. « Selon Éva, il titubait, preuve qu’il était bien en état d’ébriété et, donc, avait perdu toute appréciation objective de la situation. » L’avocate plaide la relaxe pour défaut d’élément intentionnel de l’infraction. Subsidiairement, elle demande une peine« la plus juste et la plus adaptée » à sa situation.

Thérapeutique

La Nouvelle République nous raconte la suite : après délibéré, le tribunal déclare le prévenu coupable des faits qui lui sont reprochés et le condamne à une peine de six mois d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt, suivi socio-judiciaire de cinq ans et inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles . Il devra verser 1.000 € à sa victime en réparation de son préjudice moral, outre 500 € pour ses frais d’avocat.

Personne ne parle de thérapeutique durant ses six mois de prison. Logique. C’est un sujet qui n’a pas sa place : les alcoologues diront que le condamné ne veut pas savoir qu’il est malade et ce refus fait partie de sa maladie. Réclamerait-il des soins qu’il serait déjà sur le chemin de la guérison. A moins d’être pervers. Ce qu’il  n’est pas – du moins si l’on en croit l’expert.

A demain

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