En France les antibiotiques sont redevenus dangereusement automatiques

Bonjour

Les médecins étaient sur la voie de la sagesse. On ne prescrivait plus à tour de bras. La réclame avait fait son travail. La « non-automaticité » était entrée dans les espaces cérébraux disponibles. Jusqu’aux patients qui cherchaient à distinguer un virus d’une bactérie. A la clef, des économies et l’éloignement de l’hydre de la résistance.

Embellie finie

Etait-ce trop beau ? Les derniers chiffres sont là, ceux de l’Agence nationale pour la sécurité du médicament (Ansm). Et ces derniers chiffres  ne sont pas bons. Le rapport complet de l’Ansm est disponible ici. L’Agence s’inquiète d’une hausse « préoccupante », un phénomène de rebond depuis 2010, et ce après dix ans de relative embellie. On peut le dire autrement : baisse globale de 10,7% de la consommation antibiotique de 2000 à 2013 … et augmentation de 5,9% depuis 2010 ».

C’est là un chaud-froid inquiétant qui se traduit déjà par des phénomènes de résistance bactérienne et des situations d’impasse thérapeutique. (Philippe Cavalié, Ansm). On connaît les principaux coupables : ce sont les prescripteurs « de ville »  (90% du total) bien plus que les prescriptions hospitalières (aujourd’hui stabilisées) qui préoccupent les experts.

Situation en ville :

. une consommation en 2013 qui se situe à un niveau légèrement supérieur à celui de 2003.

. un usage important des pénicillines qui demeurent les antibiotiques les plus consommés.

. une progression préoccupante, car génératrice de résistances, des associations de pénicillines (notamment de l’association amoxicilline/ acide clavulanique).

. une consommation principalement féminine d’antibiotiques (59,3% des prescriptions d’antibiotiques) pouvant résulter de la fréquence des cystites dans la population féminine comprise entre 15 et 54 ans.

. des affections des voies respiratoires majoritairement à l’origine des prescriptions antibiotiques, suivies par les infections urinaires et les otites.

. une durée moyenne de traitement, toutes causes confondues, de 9,2 jours en 2013.

Situation à l’hôpital :

. exposition aux antibiotiques importante (4 patients sur 10 ont reçu une dose d’antibiotique un jour donné en 2013).

. les pénicillines restent les antibiotiques les plus utilisés notamment en association avec des inhibiteurs de béta-lactamases. Une progression notable de la consommation des carbapénèmes est observée ainsi qu’une diminution de celle des macrolides.

. la stabilisation de la consommation de colistine est en revanche un résultat positif qui contribue à lutter contre le développement des résistances bactériennes.

Premier consommateur mondial

Le tableau général demeure hautement problématique : « la consommation des antibiotiques en France reste supérieure à la consommation moyenne en Europe et aux Etats-Unis. La consommation française dépasse de 25% celle du marché américain premier marché pharmaceutique au monde, précise l’Ansm.

Les derniers chiffres doivent être replacés dans le cadre du plan national de réduction de 25% de la consommation d’ici 2016. Un objectif « mal engagé » selon le responsable du rapport de l’Ansm. Une Ansm qui espère une inversion de la courbe dès l’an prochain.

Naufragés

Or la publicité anti-automaticité semble être allée au maximum de son effet. Dès lors que faire pour « parvenir à une juste utilisation des antibiotiques », pour « prévenir le développement des résistances bactériennes » et pour « promouvoir le développement de nouvelles substances », autant de « priorités de santé publique ».

Pour l’heure l’Agence France Presse conseille la lecture du Pr Antoine Andremont, « Antibiotiques, le naufrage » (Editions Bayard) dans lequel ce spécialiste international prophétise que des maladies bénignes pourraient redevenir mortelles d’ici une vingtaine d’années – si rien n’est fait.

« La résistance aux antibiotiques, dont la principale cause est leur utilisation massive par l’industrie agroalimentaire, est devenue une menace pour l’humanité. Le Pr Andremont, spécialisé dans l’étude de cette question, lance une alerte et défend une utilisation écologique des antibiotiques, considérés comme une denrée limitée qu’il faut gérer intelligemment. »

Que faire ? Comment être, collectivement (et assez rapidement), intelligent ?

A demain

Une réflexion sur “En France les antibiotiques sont redevenus dangereusement automatiques

  1. Une mesure simple (parmi d’autres) : être patient !
    Attendre, tout simplement, que la génération des internes formés à la NON « prescription systématique », sensibilisés à la problématique de la résistance croissante aux antibiotiques, souvent lectrice de « Prescrire » et « Médecine », attendre que cette génération qui a tété au biberon de l’EBM, arrive sur le marché de la médecine libérale (si tant est qu’elle ne soit pas enterrée d’ici là par les gouvernements successifs et nos « instances » de tutelle…)
    Cette génération, ma génération, celles des premières promotions de jeunes médecins à avoir bénéficier de la ré-augmentation du numérus clausus, commence, remplace, collabore, s’associe, s’installe… Donnons lui le bénéfice du doute !!

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