Ebola : comment faire pour se montrer nettement plus intelligent que l’adversaire

Bonjour

Depuis quelques jours, au Libéria, la faux virale semble ralentir le rythme de sa course. De nombreux médias veulent y voir une décrue durable de l’horreur. Qui oserait parier ? Qui, ici, a autorité pour parler ? On sait ce qu’il en est de la crédibilité statistique de l’OMS sur le sol africain. Rien de tel pour ce qui est de MSF, présente depuis le début, toujours dans les tranchées, usant des médias avec une remarquable retenue (1). MSF ne réclamant, au fond, que les moyens de poursuivre son combat. MSF désormais systématiquement encensée, c’est la loi du genre  humanitaire, par les grands du monde politique et diplomatique.

Déclin temporaire

Et voici, précisément, que MSF prend la parole à l’attention de la presse et des politiques. Elle le fait depuis Monrovia (d’où elle est notamment reprise sur la BBC). Cette ONG nous dit que le nombre de cas d’Ebola a diminué ces dernières semaines au Libéria mais que l’épidémie est loin d’être maîtrisée : de nouveaux foyers continuent de se déclarer dans tout le pays.  « Tandis que le nombre de cas augmente en Guinée et en Sierra Leone, les équipes de MSF au Libéria observent pour la première fois depuis le début de l’épidémie une diminution du nombre de patients Ebola dans les centres qu’elles gèrent, précise MSF.  A Monrovia, 50 patients sont actuellement admis dans le centre MSF conçu pour en accueillir jusqu’à 250, et à Foya, la structure Ebola de MSF n’a plus aucun patient confirmé depuis le 30 octobre. »

Ce déclin du nombre de cas pourrait cependant n’être que temporaire : un tel phénomène a déjà été observé à deux reprises en Guinée, avant d’être rapidement suivi d’une reprise de l’épidémie. « Au Libéria, la réponse internationale se concrétise enfin. De l’aide financière est injectée et d’énormes ressources sont déployées pour construire de grands centres d’isolement et de traitement Ebola, observe  FasilTesera, chef de mission MSF au Libéria.  Mais les capacités des unités d’isolement à Monrovia et dans certaines parties du pays sont désormais suffisantes. La riposte doit s’adapter si nous voulons continuer à gagner du terrain et espérer vaincre l’épidémie. La priorité est d’élaborer des stratégies flexibles, permettant de répondre rapidement à des petits foyers éparpillés dans le pays et de rétablir l’accès aux soins de santé généraux ».

Carnet de route

Pour MSF la marche  à suivre est désormais tracée. Elle reste à réaliser : déploiement rapide d’équipes mobiles et bien équipées favorisant la mise en œuvre d’une réponse complète dans chaque foyer épidémique ; investigation systématique des alertes ; isolements ; suivi médical des personnes ayant eu un contact avec des malades ; organisation sanitaire des funérailles ; mesures de décontamination et mobilisation des communautés locales. Rien de clinquant, des risques, la guerre en rase campagne, l’épidémiologie administrative, l’ennui qui pourrait gagner.

Et pourtant, tout cela est payant. « A Foya, dans le comté du Lofa, nous pensons que c’est cette approche intégrée, ainsi que l’engagement de la communauté, qui ont largement contribué à la diminution constante du nombre de cas, explique le Dr Nico Heijenberg, coordinateur d’urgence pour MSF. La création d’une relation de confiance avec la population, qui passe  par des efforts d’information et de sensibilisation,  est primordiale pour que les activités médicales soient bien acceptées, et donc pour réussir à contenir le virus.»

Silence français en Guinée

Et le temps qui  vient de se souvenir qu’Ebola contenu n’est pas tout, que la réouverture de services de santé essentiels est une autre composante de la réponse à l’épidémie. « L’ensemble du système de santé s’est littéralement effondré avec la maladie. De nombreux hôpitaux et dispensaires sont toujours fermés et beaucoup de ceux qui fonctionnent encore refusent d’admettre les patients fébriles ou présentant des symptômes qui pourraient s’apparenter à ceux de malades contaminés par Ebola, rappelle MSF. Nous avons  commencé à adapter sa réponse à cette réalité en menant une distribution massive de traitements préventifs et curatifs contre le paludisme à Monrovia et en ouvrant un centre de triage Ebola à proximité de l’hôpital public Rédemption, d’une capacité de 200 lits, afin de favoriser sa réouverture dans un environnement sanitaire contrôlé. »

Tout cela peut se dire assez simplement, si l’on accepte la métaphore guerrière : être plus intelligent que l’ennemi. Ce qui est encore loin d’être acquis. « Une grande partie de l’aide financière internationale dans la lutte contre Ebola ne peut être déboursée qu’à condition de financer des projets prédéfinis, observe le Dr Heijenberg. Il faudrait au contraire que les bailleurs de fonds internationaux et leurs partenaires de mise en œuvre  fassent preuve de souplesse dans le déploiement de leurs ressources, afin qu’elles puissent servir dans les zones et pour les populations les plus affectées. Il faut d’urgence travailler à la mise en œuvre de mesures adaptées de contrôle des infections à travers l’ensemble du système de santé, afin de limiter la transmission du virus et d’éviter que des patients souffrant de maladies curables meurent faute de prise en charge. »

Pour ce qui est de la Guinée et de l’aide que la France pourrait lui apporter c’est toujours, officiellement, le silence qui prévaut. Jusqu’à quand ?

A demain

(1) En Afrique de l’Ouest, MSF répond actuellement à l’épidémie d’Ebola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone. Au Mali, une équipe MSF fournit un soutien technique au ministère de la Santé. Environ 3 300 personnels MSF sont déployés dans toute la région et gèrent six centres d’isolement et de traitement Ebola et deux centres de transit. Depuis le début de l’épidémie, MSF a admis plus de 5.600 patients.

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