Sovaldi® : à 500 euros le comprimé, les drogués seront-ils soignés ?

Bonjour

Nous n’en avons pas fini  avec l’abcès Sovaldi®. Loin d’avoir calmé le jeu la toute récente fixation de son prix a envenimé ce sujet – un sujet emblématique des impasses économiques dans le champ de la santé publique. De ce point de vue l’affaire Sovaldi® dépasse de loin la discussion de marchands de tapis entre le gouvernement français et la société américaine Gilead Sciences – discussions qui ont abouti  à 13 667 euros HT la boîte de 28 comprimés – soit 41 000 euros pour une cure de 3 mois et le double avec la nécessaire association à un autre antiviral.

Rationnement

Le gouvernement doit aujourd’hui compter avec un groupement d’associations (1) qui dénoncent la nouvelle situation créée avec cette fixation du prix Sovaldi®. Ces associations sont depuis des mois mobilisées sur les enjeux du prix des nouveaux traitements contre l’hépatite C – mais plus généralement sur la politique de fixation des prix du médicament. Elles alertent  « sur les dangers de restrictions d’accès aux soins,  la politique de rationnement  due aux coûts et les difficultés du système de santé à y répondre ». Le gouvernement ne les entend pas. Ou, plus précisément fait mine de ne pas les entendre.

13 667 euros HT la boîte de 28 comprimés – soit 41 000 euros pour une cure de 3 mois et le double avec la nécessaire association à un autre antiviral.

Prix exorbité

« Les  contribuables n’ont d’autre choix que d’accepter un prix aussi exorbitant qu’injustifié, destiné à rentabiliser une opération financière privée alors que  l’ensemble des conditions pour autoriser la production  immédiate d’un générique  par l’émission d’une licence d’office sont aujourd’hui réunies » observe ce collectif. Il ajoute que « pour contrebalancer l’image d’une reddition face à la spéculation financière pharmaceutique, sans lien aucun avec la problématique de l’innovation » Marisol Touraine, ministre de la Santé annonce la suppression de la participation financière de l’assuré à travers « une prise  en charge à 100% par l’assurance maladie ».

Ce collectif rappelle ici « aux plus hautes autorités de l’Etat » que le traitement des malades en affections longue durée (ALD, dont l’hépatite C fait partie) est précisément (et ce depuis 1945) pris en charge à 100% par l’assurance maladie. « C’est justement ce système solidaire que les acteurs de la société civile et les malades eux-mêmes veulent préserver, au-delà de leur besoin impérieux d’accès aux nouveaux traitements, ajoute-t-il.  Or l’acceptation de tels tarifs, injustifiés au regard du coût de production et de développement, contribue à mettre profondément en danger la subsistance de notre système de santé solidaire et le principe de l’accès aux soins pour tous jusqu’à aujourd’hui revendiqué. »

 Trier les malades

Il ajoute que les contraintes économiques  nous font craindre un tri des patients. Et il redoute que ce tri des patients se fasse demain sur des critères non médicaux « Les détenus et les usagers de drogues risquent d’être les premiers à être écartés de l’accès à ces nouveaux traitements, alors que les recommandations du rapport d’experts sur les  hépatites priorisaient leur accès aux soins, quel que soit le stade de fibrose. » De fait, dans le contexte économique actuel, le moment viendra, s’il n’est pas déjà là, où la question se posera : 500 euros le comprimés pour un prisonnier ? Pour un drogué ?

Ecoutons les révoltés : « L’opportunité unique de pouvoir enclencher dès maintenant une action déterminée pour mettre fin à l’épidémie de VHC s’éloigne, ce qui risque de plus de nous coûter collectivement plus cher dans la durée… Le gouvernement rate également aujourd’hui l’occasion d’un débat sur la mécanique de fixation des prix des médicaments, enjeu essentiel et éminemment prégnant pour l’avenir de notre système de santé comme de la recherche médicale. »

Opportunité historique

Ont-ils encore un espoir quand ils écrivent : « Nous, associations de malades, représentants des usagers, soignants,  appelons la Ministre à saisir l’opportunité historique de la loi de santé pour enclencher une réforme  structurelle des modalités de fixation des prix, permettant de garantir l’accès aux soins pour tous. »

Face à eux : Big Pharma.  Michel Joly est président de Gilead France, Il vient de répondre (en exclusivité)  aux questions du Quotidien du Médecin (Henri de Saint Roman). M. Joly n’est pas pleinement satisfait quant aux résultats du « compromis » sur le prix (M. Joly réclamait 56 000 euros la boîte de 28 comprimés). On lui demande s’il comprend la polémique suscitée par le prix. Voici sa réponse :

Emotion comprise

« Je comprends l’émotion suscitée, parce qu’on a l’habitude de raisonner en coût par boîte, voire par comprimé. Ce mode de calcul est adapté aux traitements chroniques, mais n’a aucun sens pour un traitement curatif.

Sovaldi fait économiser de l’argent à l’Assurance-maladie, puisqu’au bout de trois mois vous êtes guéri de votre virus. On évoque plusieurs centaines de millions d’euros d’économies annuelles pour l’assurance-maladie chaque année, grâce aux cirrhoses, aux hospitalisations et aux transplantations évitées. Et cette somme n’intègre pas les pertes de productivité.  Je comprends donc l’émotion, mais soyons rationnels : ces médicaments guérissent les gens d’une maladie virale potentiellement mortelle pour environ 40 000 à 50 000 euros. Comparé à beaucoup de traitements chroniques sur une vie entière, c’est beaucoup moins cher. »

M. Joly observe que dans ce dossiers il y a des médias «  qui mettent parfois un peu d’huile sur le feu ». M. Joly observe bien : le feu ne couve plus, le feu est là.

A demain

(1) Il s’agit de Actions Traitements, Act Up Paris, Act Up Sud-Ouest, Aides, ASUD, CHV, CISS (Collectifinterassociatif sur la santé), Comede, Médecins du Monde, Dessine-moi un Mouton, Nova Dona, SIS association, Sol En Si,  SOS Hépatites Fédération, TRT-5

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