Ebola : François Hollande met un pied en Guinée et parle du nécessaire devoir de solidarité

Bonjour

Faut-il venir quand on a rien, ou presque, à offrir ? François Hollande a « affirmé », vendredi 28 novembre à Conakry, la « solidarité » de la France  avec la Guinée contre Ebola. Quelques heures pour de brefs propos de circonstance. «Nous avons le devoir de vous soutenir dans l’épreuve que votre pays traverse», a déclaré le président de la République peu après son arrivée en début d’après-midi  a constaté une journaliste de l’AFP.

Six mois trop tard

Il a aussi lancé : « nous sommes ensemble dans la lutte [contre le virus] » Ce que les faits démentent largement depuis le début de l’épidémie. (« Ebola : plus de six mois d’occasions manquées en Guinée »). Et qu’il soit le premier dirigeant non africain à faire une halte dans l’un des trois pays les plus frappés par cette épidémie de fièvre hémorragique ne change rien à ce cruel constat. François Hollande ne serait d’ailleurs pas venu sans l’opportunité offerte par le sommet de la Francophonie organisé les 29 et 30 novembre à Dakar, au Sénagal voisin. «A Dakar, je lancerai un appel à la mobilisation internationale», a indiqué le président français.

La Guinée compte officiellement 1.260 morts sur 2.134 cas recensés. Lors de cette visite (la première d’un président français depuis 1999) M. Hollande doit faire le point sur le déploiement de l’aide française dans ce pays. Ce devrait être très rapidement fait – même si la France a (très tardivement) a « décidé de concentrer son action » dans ce pays « en s’engageant à hauteur de 110 millions d’euros ». En pratique cela se résume à l’ouverture il y a quelques jours d’un centre de soins (bâti par MSF et gérée par la Croix-Rouge) à Macenta, au cœur du foyer de l’épidémie en Guinée forestière. Trois autres devraient prochainement être opérationnels sans que rien ne permette de l’affirmer (1).

Obscurités françaises

Le Monde rappelle opportunément que de source non gouvernementale certains dénoncent le « manque de transparence » concernant l’aide de la France à la Guinée qui aurait seulement programmé le décaissement de 38 millions sur les 100 millions promis. Le Monde (Christophe Châtelot) qui publie dans son édition datée 29-30 novembre un entretien passionnant avec le président guinéen Alpha Condé.

Un entretien à fronts renversés. Extraits :

« – Qu’attendez-vous de la visite de François Hollande en Guinée, vendredi 28  novembre ?

– C’est un grand symbole. S’il vient, cela veut dire que les hommes d’affaires peuvent venir ici sans attraper Ebola. Et puis, aucun président français n’était venu ici depuis 1999. C’est une visite importante parce que j’espère que la France, qui fait déjà un grand effort, renforcera son soutien dans la lutte contre Ebola et dans l’accompagnement du budget guinéen. Parce qu’Ebola a beaucoup de conséquences économiques et financières sur le pays.

Situation financière française

– Vous trouvez que la réaction française a tardé ?

Non. Hollande fait ce qu’il peut. La situation financière en France n’est pas très facile. Maintenant, comme il entend des critiques, je pense que Paris va renforcer son aide. L’Institut Pasteur va construire un centre et former des chercheurs médecins guinéens. Il y a eu la construction du centre de traitement de Macenta (700 kilomètres au sud-est de Conakry) et celui en cours du centre de formation de Maneya (55 kilomètres au nord-est de Conakry). C’est de l’aide directe, c’est important.

Mais il faut aussi penser au  » post-Ebola  » et rééquiper les hôpitaux… D’où notre demande d’assistance financière, pour renforcer nos capacités hospitalières, et d’aide budgétaire, pour compenser les pertes qu’Ebola provoque à notre économie. On va voir ce que la France propose. Mais nous avons besoin d’une aide d’urgence. Pas besoin d’être savant pour voir qu’Ebola a des conséquences sur notre économie.

La France n’a pas les moyens des Etats-Unis. Les Américains s’occupent du Liberia, la Grande-Bretagne de la Sierra Leone, la France de la Guinée – les trois pays principalement touchés par l’épidémie – . Mais il faut une réponse globale, parce que s’il reste un seul cas d’Ebola dans les trois pays, on ne sera pas sorti de la galère.

OMS en retard

– Quelles leçons tirez-vous de cette crise ?

– Les institutions internationales, à commencer par l’Organisation mondiale de la santé, n’ont pas réagi assez tôt. Ensuite, il y a eu une mauvaise communication. On peut, peut-être, nous reprocher de ne pas avoir dit qu’Ebola est une maladie très grave, mais dont on peut guérir. Je pense aussi à ce qu’a dit le président de la Banque mondiale :  » On laisse mourir les pauvres et on soigne les riches. « Ça fait trente ans qu’Ebola est connu, mais comme c’est en Afrique, les laboratoires ou les Etats ne s’y sont pas tellement intéressés. Mais si la réaction a été tardive, elle est aujourd’hui fortement engagée. Ce n’est plus seulement une affaire africaine.

– Quand pensez-vous pouvoir en finir avec l’épidémie ?

– Le plus rapidement possible ! Ce sera le cas si nous arrivons à couper correctement la chaîne de contamination ; si on suit les contacts avec les malades à 100  % ; si on résout la question de la sensibilisation des populations et de la stigmatisation des personnes guéries. Il faut aussi améliorer la coordination. Hier, le secrétaire général de l’USAid – agence américaine d’aide internationale – m’a dit qu’il avait déjà accordé 30  millions de dollars – 24  millions d’euros – à la Guinée. Je ne suis pas au courant. Il va m’envoyer la liste des gens qui ont reçu de l’argent et je vais les convoquer.

Rendez-vous en janvier

– En finir  » rapidement  » signifie-t-il qu’il s’agit d’une question de mois ?

Avant, sinon ce sera catastrophique. On verra d’ici janvier où l’on en est. (…)»,

Faut-il venir quand on a si peu à offrir ?

A demain

(1) Au-delà de l’aide matérielle « c’est l’aide humaine qui est la plus significative», a dit François Hollande qui était accompagné d’experts et de médecins, dont le directeur de l’Institut Pasteur de Paris, Christian Bréchot. «Le clou de la visite a été à l’hôpital Donka où, devant une longue haie de membres du personnel soignant, François Hollande a longé le camp de Médecins sans frontières. Avant d’entrer dans l’établissement, les deux chefs d’État, comme leurs accompagnants, se sont lavé les mains et se sont fait prendre la température» rapporte l‘AFP.  Le dirigeant français devait signer un protocole d’accord de coopération pour la création d’un Institut Pasteur à Conakry – pour la fin de l’année 2016.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s