Cancer du poumon. Un chercheur en quête d’un million d’euros. Il les a refusés à Big Tobacco

Bonjour

30/11/2014.Avant il fallait publier ou périr. Désormais il faut publier et quêter pour ne pas mourir. Il se nomme Paul Hofman et il cherche 1 million d’euros. Le portrait du Pr Hofman  occupe une pleine page (la 27) du Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret). « Chasseur de cancer » a-t-on titré. C’est évidemment un peu plus compliqué mais, sur le fond ce n’est pas faux. Et c’est un chasseur sachant chasser mais qui ne rapportera rien sans le nerf de la chasse.

Goutte de sang

Il y a un mois les médias généralistes avaient beaucoup parlé de la découverte du Pr Hofman. C’était à propos d’une publication qui avait beaucoup marqué les esprits. On annonçait qu’une équipe française avait mis au point une méthode pour détecter précocement le cancer du poumon à partir d’une simple goutte de sang. Personne, ou presque, n’avait alors rappelé que ce cancer était pour l’essentiel la conséquence d’un tabagisme chronique. Et qu’un diagnostic précoce n’ouvrait sur aucune thérapeutique pratique. Qu’importe, on applaudissait le progrès. On saluait une méthode prédictive non invasive spectaculaire en espérant qu’elle trouverait d’autres applications.

Des années avant

La plupart des médias avaient alors repris le communiqué du service de presse de l’Inserm. « Le cancer du poumon diagnostiqué avant sa détection par imagerie ». Un communiqué qui traduisait avec emphase une publication de Plos One (1). Une équipe de chercheurs de cet Institut « vient  d’effectuer  une avancée significative dans le domaine du diagnostic précoce des cancers invasifs ».  L’équipe dirigée par Paul Hofman  montrait « qu’il est possible de détecter, chez des patients à risque de développer un cancer du poumon, des signes précoces ». Signes précoces « sous forme de cellules cancéreuses circulantes ». Et ce « plusieurs mois et dans certains cas plusieurs années avant que le cancer ne devienne détectable par scanner ».

Calme

Paul Hofman ? Patron du laboratoire de pathologie clinique et expérimentale (hôpital Pasteur, Nice –Inserm, Cnrs. Faculté de médecine et Université de Nice).  On se souvient, il y a un mois, d’interventions télévisées mesurées. Un homme calme par opposition à sa collègue toujours aussi prolixe et passionnée Patrizia Paterlini-Bréchot, (professeur de biologie moléculaire et cellulaire à l’université Paris-Descartes) à l’origine du test test ISET (« Isolation by Size of Tumor Cells ») de Rarecells Diagnostic utilisé dans cette expérience.

Cellule de laborantin

On retrouve le Pr Hofman, toujours aussi calme, dans Le Journal du Dimanche. Presque un moine scientiste enfermé dans une chambre d’hôtel de Lausanne. Un parcours de saint via des études de médecine françaises tardivement suivies d’un séjour à la Harvard Medical School où on le perfusera à la positive attitude. Retour en France. Croise Patrizia Paterlini-Bréchot. S’enferme dans sa cellule de laborantin. Publication de Plos One. Médiatisation à haute dose. Des confrères admirables. Garde les pieds sur terre. A besoin d’un million d’euros pour développer sa méthode prédictive (étude de cinq ans sur 500 volontaires dit Patrizia Paterlini-Bréchot).  « Pour espérer sauver des vies, Hofman devra aller mendier de l’espace » résume le Journal du Dimanche. « Dans mon labo, six pathologistes s’entassent dans 15 mètres carrés, confie le Pr Hofman. J’ai besoin d’un local décent et de contrats pour les plus jeunes. »

Allergiques au risque

Ses tutelles administratives ? Elles ont les poches vides. Pire : elles ont peu d’amour pour le risque. Le privé ? Un ami (co-signataire de la publication) confie que le Pr Hofman vient de rencontrer un mécène mais qu’il ne transigera pas sur l’éthique. Il redoute la commercialisation auprès du grand public de son test prédictif du cancer des fumeurs.  C’est ainsi qu’il vient de « claquer la porte au nez d’une multinationale du tabac ». « Je ne suis pas à vendre, sourit le Pr Hofman. Vous me voyez  en train d’inciter des fumeurs dont le sang serait dépourvu de cellules tumorales à continuer la clope ? ».

Questions

Alors bien sûr, en refermant le journal dominical, on se pose quelques questions autour de ce million. Quelle est donc cette multinationale du tabac qui joue à ce point avec la morale ? Qui nous donnera son nom ? Qui est ce mécène ? Que pensent les directions générales de l’Inserm et du Cnrs de ce chercheur qui déplore leur pauvreté et dénonce leur pusillanimité ? Sera-t-il sanctionné pour cette sortie dans la presse ? Trouvera-t-il les fonds privé que réclame sa quête au service de la santé publique ?

A demain

(1) “Sentinel” Circulating Tumor Cells allow early diagnosis of lung cancer in patients with chronic obstructive pulmonary disease  PLoS One Marius Ilie, Véronique Hofman, Elodie Long-Mira, Eric Selva, Jean-Michel Vignaud, Bernard Padovani, Jérôme Mouroux, Charles-Hugo Marquette, and Paul Hofman

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