Fin de vie : Vincent Lambert, illusion tragique et cacophonies politiques

Bonjour

Les derniers instants sont parfois les plus délicats. Les députés Alain Claeys (PS, Vienne) et Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes) en prennent l’exacte mesure. On sait qu’ils doivent remettre sous peu au Premier ministre, Manuel Valls, leurs « propositions communes » pour « faire évoluer » l’actuelle loi sur la « fin de vie ». Peut-être faut-il, comme Sisyphe, les imaginer heureux. On sait aussi que le premier des deux vient de se confesser à Libération.  Et, comme on pouvait sans grand mal l’imaginer, il nous revient que cela ne fut guère du goût du second.

Coup de Jarnac

Des sources généralement bien informées nous font savoir que l’ « entourage du maire d’Antibes » rappelle que les jeux ne sont pas faits, que la copie n’est pas relue. Et sans aller jusqu’à évoquer un « coup de Jarnac » on se souviendra cette « mise sous pression ». C’est que l’on sait mieux qu’ailleurs, à la mairie d’Antibes, que le diable niche à l’ombre des virgules. Mais on sait aussi que le Premier ministre est toujours socialiste et que le maire de Poitiers a un atout dans sa manche.

Alors, à Poitiers, on use de la langue de bois : « Les grands principes sont là, l’économie générale du texte ne va plus bouger ». Pour ne pas froisser le collègue parlementaire et adversaire politique, on glisse au Monde avoir trouvé un  « chemin commun ». Un chemin qui semble bien escarpé. Y aura-t-il de la place pour deux ? Et lequel des deux députés marche-t-il le premier ?

Contraintes anticipées

Dans sa confession à Libération le maire de Poitiers, universitaire féru de bioéthique,  révèle l’accord trouvé sur le caractère contraignant des « directives anticipées » sur la fin de vie (1). Il évoque également l’hypothèse de la possibilité d’une « sédation profonde et terminale jusqu’au décès » qui ne serait en rien un « suicide médicalement assisté » et encore moins une euthanasie déguisée.   

Alain Claeys, dans Libération : « Pour la première fois, nous parlons d’une sédation forte dans le but d’aider à mourir, et nous précisons que cela ne doit pas durer trop longtemps, car ce temps de l’agonie – les études nous le montrent- devient insupportable s’il se prolonge trop. » Le député ne cite pas, ici, sa bibliographie. On lui pardonnera bien volontiers. Peut-être même existe-t-il, qui sait, des études démontrant que des agonies brèves sont difficilement supportables.

Bât blessant

« Avec ce dispositif, nous avons le sentiment de régler la quasi-totalité des cas, comme celui de Vincent Lambert » ajoute-t-il.  « Sentiment » ? Sans doute est-ce là que le bât fera saigner. Un simple « dispositif » pour la « quasi-totalité des cas » ? « Comme « celui de Vincent Lambert » alors même que e dernier démontre, jusqu’à l’absurde, qu’il ne peut y avoir de « règlement » unique. Que chacun de ces cas est, par définition, unique. Et que la simple évocation d’une unicité règlementaire renvoie ici au tragique et à l’inique.

Faut-il voir ici une logique ? Les déclarations d’Alain Claeys à Libération doivent-elles être lues à la lumière du récent refus des deux parlementaires de recevoir les représentants des associations défendant les personnes victimes de traumatismes crâniens graves et cérébro-lésées ?  On aimerait ne pas le croire. Ils rejoignent pourtant la lecture faite par le Conseil d’Etat assimilant l’alimentation et de l’hydratation de ces personnes à des « thérapeutiques » qui, le cas échant, pourraient être « interrompues » au nom de la raison. Une interprétation qu’avait d’ailleurs faite (à propos de Vincent Lambert) le député Jean Leonetti quant à la loi qui porte son nom – ouvrant ainsi la voie au jugement du Conseil d’Etat.

Puissance médicale

« Penser régler « la quasi totalité des cas comme Vincent Lambert » par une euthanasie d’exception (sans la nommer) dont le médecin sera le décideur en dernier ressort et l’exécuteur… Imaginer que  le même médecin fera le tri entre les vies qui valent la peine et celles qu’il faut abréger…  Une digue est en train de sauter…»  estime le Dr Philippe Petit, spécialiste de santé publique et administrateur de l’Union nationale des familles de traumatisés crâniens et cérébro-lésés (UNAFTC).

«Le pire est peut-être que nombre de médecins trouveront dans cette toute puissance médicale pérennisée une compensation au sentiment d’échec vis à vis de la maladie, ajoute-t-il.  A défaut de maîtriser la maladie, ils auront le pouvoir suprême de décider de la mort… Ils y perdraient leur âme : le médecin ne peut  pas être à la fois celui qui mettra tout en œuvre pour vous sauver, et celui qui le pouvoir de vous tuer. »

Variations sur la sédation

Pour le reste la gravité du sujet incite aux formules.  M. Claeys parle ainsi d’une sédation qui serait  une «  aide à mourir »  quand M. Leonetti préfèrerait, dit-on, « une sédation en phase terminale » dans le but de  « dormir avant de mourir ». De la mort vue comme un effet secondaire de l’effacement des souffrances, en somme. Et, corollaire, MM Claeys et Leonetti d’oublier la structuration du financement des soins palliatifs – sujet toujours en souffrance (2).

Il faut aussi compter avec Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale. On oublie trop souvent M. Bartolone dans les débats de société. Il estime qu’il faut «  aller plus loin que la loi Leonetti »  – du moins « dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager des patients, victimes d’une douleur insupportable et irréversible ». C’est dire que M. Bartolone s’aventure sur les frontières, idéologiquement bien tracées, du suicide médicalement assisté. Reste à savoir ce que pense le Palais de l’Elysée.

Mais, pour l’heure, le Palais se tait. Ici la droite ne sait plus trop où elle est. Cela ne saurait  durer. De nos jours le politique se nourrit des sujets de société. C’est l’un des espaces où il peut encore peser.

A demain

(1) Sur ce sujet on peut se reporter à l’une de nos chroniques publiée sur Slate.fr

(2) Un groupe de réflexion proche de l’UMP, la « Boîte à idées », va publier  un rapport que La Croix a pu consulter et qui plaide pour un nouveau plan de développement des soins palliatifs. Un rapport préconise d’investir 550 millions d’euros dans les soins palliatifs.

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