Fins de vie: dernières nouvelles en provenance des «expériences de mort imminente»

Bonjour

Le politique ne sait pas faire avec la mort. Le législateur encore moins, qui se garde bien de la définir dans l’éternité du marbre. Reste l’agonie. Dans quelques jours deux députés, l’un de gauche (Alain Claeys), l’autre médecin et de droite (Jean Leonetti) remettront aux Parlement leurs propositions sur la « fin de la vie humaine ». Dans l’attente il n’est pas inintéressant de se pencher sur une étude sans précédent. Elle entrouvre d’étranges fenêtres – et pourra faire froid dans certains dos.

Cette étude vient d’être publiée dans la revue spécialisée Resuscitation. Dénommée AWARE (pour AWAreness during REsuscitation), elle visait à analyser scientifiquement les états de conscience et les expériences dites «de mort imminente» (Near Death Experience – NDE). Cette expression désigne un ensemble de «visions» et «sensations» consécutives à une mort clinique. Les témoignages disponibles évoquent souvent la «sortie du corps», le «déroulement de sa propre existence à vitesse accélérée», la «vision d’un tunnel», d’une «lumière», et/ou le ressenti d’un «sentiment d’amour infini, de paix et d’union».

Hallucinations en discussion

L’étude a été dirigée par le Dr Sam Parnia (Université de l’Etat de New York, Stony Brook) Elle a été menée dans cinq hôpitaux situés au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Autriche. Elle a inclus 330 «arrêts cardiaques ressuscités», dont 140 ont pu être correctement étudiés. Les patients (des hommes à 67%) étaient âgés en moyenne de 64 ans (avec des écarts allant de 21 à 94 ans). Chacun a été interrogé sur ses souvenirs et son état de conscience au moment de l’arrêt cardiaque et de la réanimation.

Ce travail vient, après d’autres, bouleverser des données tenues pour acquises quant à la définition de la mort associée à l’arrêt des fonctions cardiaque et cérébrale. L’équipe du Dr Parnia montre, à travers l’analyse des témoignages recueillis, que 39% des personnes concernées font état d’une certaine sorte d’«éveil» pendant leur arrêt cardiaque. Les sensations visuelles et auditives qu’elles décrivent ne semblent pas relever obligatoirement de phénomènes hallucinatoires. Enfin, l’état de «conscience» semble pouvoir perdurer jusqu’à trois minutes après l’arrêt cardiaque.

Echappement des souvenirs

A l’issue d’un premier entretien, 85 des 140 patients ont rapporté n’avoir aucun souvenir ni conscience de quoi que ce soit pendant leur épisode d’arrêt cardiaque. Bien qu’aucun signe clinique d’un quelconque état de conscience n’ait été rapporté (pas de réponse motrice ni verbale à la douleur, yeux clos et score de Glasgow de 3/15), les 55 patients restants ont décrit une sensation ou un souvenir, sans toujours pouvoir formuler précisément de quoi il s’agissait.

«Cela suggère que davantage de personnes pourraient, le cas échéant, avoir une activité mentale mais que leurs souvenirs leur échappent, soit en raison de lésions cérébrales consécutives à l’accident, soit en raison de l’effet délétère de la sédation sur la mémoire», commente le Dr Parnia dans un communiqué publié par l’Université de Southampton.

 Dires confirmés

Au cours d’une seconde étape, 101 personnes sur les 140 participants à l’étude ont été réinterrogées quelque temps après. Les 85 personnes qui n’avaient gardé aucun souvenir/perception de l’arrêt cardiaque ont confirmé leurs dires.

Parmi les autres participants:

  • 9 ont rapporté des «sensations» compatibles avec ce qui est décrit lors des NDE (lumière, impression de bien-être, etc.);
  • 46 ont évoqué des souvenirs précis mais sans rapport avec les descriptions classiques des NDE;
  • 2 ont été capables de décrire l’épisode de l’arrêt cardiaque et de la réanimation avec des détails visuels et auditifs précis.

Hors de son corps

L’un de ces deux patients a fait un récit très étonnant de l’épisode hospitalier. «Cet homme de 57 ans affirme être sorti de son corps et avoir observé la scène depuis un coin du plafond, résume le site internet Medscape France. Il a décrit de façon précise les faits et gestes de l’équipe médicale, de même que l’utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE), dont il dit avoir entendu deux bips consécutifs. Fait étonnant: la description de la scène (y compris les paroles prononcées lors de la réanimation et la description physique de certains intervenants) rapportée par ce patient a été corroborée par l’équipe médicale. Plus surprenant encore: les deux bips du DAE «entendus» par ce patient ont permis d’évaluer la durée du phénomène de «sortie de corps» à trois minutes.

Pour le Dr Parnia, «ce témoignage est d’autant plus significatif que, jusqu’à présent, les expériences en relation avec l’état de mort sont assimilées à des hallucinations qui surviendraient juste avant l’arrêt cardiaque ou lorsque le cœur repart à l’occasion d’une réanimation réussie. Dans le cas [de ce patient], une conscience de ce qui s’est passé a été mise en évidence pendant une période de trois minutes où le cœur était à l’arrêt. Ceci est d’autant plus paradoxal que le cerveau cesse de fonctionner dans les vingt à trente secondes qui suivent l’arrêt du cœur et que son activité ne redémarre pas tant que le cœur n’est pas reparti. De plus, les souvenirs précis, notamment visuels, de ce cas étaient totalement cohérents avec les événements réels.»

Poursuivre ces études

Pour son directeur, cette étude (la plus vaste à ce jour sur le sujet) «ne permet pas de conclure à la réalité ou à la signification des expériences d’éveil rapportées par certains patients, en raison de la trop faible incidence du phénomène de souvenirs visuels (2%). Mais elle ne permet pas non plus de les désavouer et requiert de poursuivre les études dans ce domaine.»

Tout en reconnaissant un certain nombre de limites (et notamment le fait que les interviews aient eu des durées irrégulières, compte tenu de l’état de santé des personnes interrogées), les auteurs considèrent que cette étude apporte de nouvelles informations quant aux expériences mentales susceptibles de survenir au moment de la mort après un arrêt circulatoire.

«Contrairement à ce que nous pensons, la mort ne serait pas un instant donné, mais un processus potentiellement réversible», conclut Sam Parnia. Qu’en dira, demain et en France, le législateur ?

A demain

Ce texte a initialement été publié sur le site planetesante.ch

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