Le triomphe d’ Emmanuel Giboulot, célèbre vigneron bio-bio devenu saint et martyr

Bonjour

Ils trinquent à la justice de leur pays. Gloire au lanceur d’alerte. Emmanuel Giboulot, vigneron bourguignon en biodynamie  avait été condamné  en première instance à une (petite) amende pour avoir refusé d’obéir à l’ordre préfectoral de traiter les vignes contre une épidémie bactérienne redoutable (la flavescence dorée) véhiculée par la cicadelle, insecte suceur. M. Giboulot n’avait pas traité, l’épidémie était passée au loin. Tout le monde aurait pu respirer. Mais il fallut compter avec un étrange abcès, judiciaire celui là. Un abcès symptomatique des tumultes que nous vivons.

Relaxé

C’était en avril dernier : 1000 euros d’amende, dont 500 avec sursis par le tribunal correctionnel de Dijon. Suffisamment pour passer pour un martyr. Et le voici, aujourd’hui même, relaxé jeudi par la cour d’appel de Dijon.

« C’est une victoire de la mobilisation citoyenne, c’est être lanceur d’alerte » a déclaré le lanceur bourguignon, à la troisième personne et à l’issue du prononcé de l’arrêt de la cour. M. Giboulot sait manier l’emphase qui plait aux foules. D’ailleurs la foule était là : son « comité de soutien ». Et on rapporte que son comité l’acclama. Ses relais médiatiques généralistes font aujourd’hui le reste, qui ne regarde guère au mélange des faits et des commentaires. La biodynamie est ainsi : on y croit ou on s’en va.

Fil doré

Transmuter le sacré en profane et sacraliser le vieux profane : tout le bobo est là, dans la quête de nouvelles idoles, de nouveaux rites, de nouveaux chemins vers la transcendance.  C’est aussi le fil doré de l’histoire de  M. Giboulot, que nous avions rencontré en février dernier (« Le vigneron héraut des bio-bio »).  « Érigé en symbole par certains écologistes » dit, objective,  l’Agence France Presse. « Son cas avait ébranlé le monde du vin et, une nouvelle fois, interrogé l’usage des pesticides en agriculture » s’émeut Le Monde (Audrey Garric)  qui en  pince pour ce symbole révélé via la Toile et la réunion des extrêmes.

Europe-Ecologie-Les-Verts, le NPA, Greenpeace et Attac le portent en triomphe, c’est bien connu. Mais leur héros est  aussi soutenu par d’autres, moins à gauche, des militants venus de courants de pensée opposés à la « médecine officielle ». Comme les adeptes de l’Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN). Ils l’avaient largement aidé à médiatiser son action et son procès comme  on peut le voir ici.

Racines attachées

Mais pourquoi s’attacher aux racines d’un mouvement quand on se contente de papillons dans les vignes ? Pourquoi chercher à comprendre la physiopathologie d’une maladie quand on peut guérir tous les maux à la purée d’orties additionnée de quelques escargots ? On force ici le trait, bien sûr, mais comment ne pas le forcer devant les caricatures pro-bio aux quelles donne lieu ce procès ? Devant les emportements régressifs que nourrit cette relaxe ? Devant les excès dont sont victimes celles et ceux qui, dans leurs vignes, n’ont pas (encore) sacrifié à cette nouvelle croyance.

On ne commentera pas cette relaxe qui survient pour des faits de bien peu d’importance : le refus de traiter contre une bouffée épidémique de flavescence dorée qui ne menaçait d’ailleurs pas son bien. On s’inquiètera en revanche des accents religieux que fait naître ces oppositions radicales, oppositions retrouvées devant des barrages en construction, des projets d’aéroports, l’idée des antennes-relais pour téléphones portables, le bruit des éoliennes et les poussières auprès de la Tour Eiffel et du Parc Citroën.

Flavescence et esca

A sa manière M. Giboulot est moins radical que le pense nombre de ses admirateurs aveuglés. Concernant la flavescence dorée il a ainsi déclaré : « Il ne s’agit pas de ne rien faire mais d’avoir une action responsable avec la détection et l’arrachage des pieds malades et d’appliquer des traitements uniquement quand il y a véritablement danger, en cernant davantage les zones de traitement ».

Apparue il y a plus d’un demi-siècle  affecte aujourd’hui de larges fraction du  vignoble français.  Il en va de même de l’esca, dont on ne parle presque pas.

Urgences épidémiques

« La cour a jugé que l’arrêté préfectoral obligeant à traiter les vignobles était illégal, car il n’avait pas été pris dans l’urgence ni approuvé par le ministre de l’agriculture. C’est ce que nous défendions », se réjouit l’avocat du vigneron Giboulot,  interrogé par Le Monde. Simple jugement sur la forme, donc. Le fond reste entier.

Rets l’essentiel: biodynamie ou pas, les épidémies sont là, et  la science peine à comprendre. Et quand elle cherche à trouver les moyens de lutter (comme l’Inra avec le court-noué ) des extrémistes régressifs viennent détruire ses laboratoires alsaciens en plein-air. Un message ? Plus de science! De Beaune à Pomerol, de Bouzy à Bourgueil, de  Collioure à Riquewihr on recherche, en urgence, des traducteurs scientifiques et  des vecteurs d’œcuménisme.

A demain

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