La paupérisation des toxicomanes et ses conséquences dans sept villes de France

Bonjour

Les temps économiques que nous traversons sont économiquement difficiles. Pour les toxicomanes aussi qui montrent des symptômes de paupérisation. Les toxicomanes socialement « insérés » comme les « semi-insérés ». Eux aussi ont des problèmes de budget.  C’est la conclusion principale de la dernière livraison de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt).

Une livraison intitulée « Tendances récentes et nouvelles drogues » – TREND (1)que l’on découvrira ici. Cette parution s’accompagne de la mise en ligne simultanée de sept publications téléchargeables sur Internet et donnant des informations à l’échelon de certaines villes (Bordeaux, Lille, Marseille, Metz, Paris, Rennes, Toulouse).

Précarisation accrue

Les résultats illustrent les effets et conséquences de la crise économique. De façon plus nette que lors des exercices précédents, ceux-ci se traduisent sur plusieurs sites par la dégradation des conditions de vie des usagers à l’insertion sociale fragile avec des signes accrus de précarisation de ces populations. La réorganisation de l’offre des produits (fractionnement des doses), des pratiques (partage des doses, modification des voies d’administration) et l’émergence ou le retour de certaines consommations (médicaments détournés) sont autant de signes de cette paupérisation. Côté offre l’analyse du dispositif TREND met en lumière la diversification des modes de diffusion des substances.

« Deep web » et « dark net »

« Alors qu’Internet joue, depuis l’origine du phénomène, un rôle majeur dans le développement des nouveaux produits de synthèse (NPS), l’approvisionnement par voie postale se développe en parallèle, explique l’Ofdt.  Ce dernier concerne désormais des produits hors du champ des NPS (comme le cannabis ou la cocaïne). » Quant aux  ventes via les sites du « deep web » ou « dark net » (qui échappent aux moteurs de recherche et sont centrés sur des activités illicites) elles semblent plus fréquentes aux observateurs que par le passé.

Teneurs en hausse

Un autre constat mis en avant par TREND concerne la hausse des teneurs moyennes de différents produits. Déjà sensible ces dernières années, cette élévation se confirme concernant les deux formes du cannabis : ainsi les teneurs moyennes de l’herbe ont doublé en cinq ans et celles de la résine en dix ans. « Un phénomène similaire touche la MDMA sous sa forme poudre, mais concerne désormais également la forme comprimés connue sous le nom d’ecstasy, peut-on lire dans la synthèse de ce travail. On note leur net retour, à des niveaux de pureté particulièrement élevés jusqu’ici rarement atteints et des poids plus élevés. Enfin, les observations du dispositif mettent en lumière l’augmentation de la pureté moyenne de l’héroïne qui retrouve son niveau de 2010, mais aussi de la cocaïne alors que le produit en circulation se caractérisait ces dernières années par de faibles teneurs. »

Skenan® à Bordeaux et Toulouse

Les sites de Bordeaux et de Toulouse insistent particulièrement sur les détournements de sulfate de morphine (Skenan®) et leurs usages hors des cadres thérapeutiques stricts, le phénomène s’expliquant en partie par les très faibles teneurs de l’héroïne qui circule dans le sud-ouest de la France.

Rappels médicamenteux: Skenan® LP, microgranules à libération prolongée plaquette(s) thermoformée(s) PVC-Aluminium de 14 gélule(s) Déclaration de commercialisation : 19/01/1992. Bristol-Myers-Squibb. Cette présentation est agréée aux collectivités. Prix : 18,15 €   Taux de remboursement : 65 %

« Le service médical rendu par les spécialités Actiskenan®, gélule et Skenan® LP, microgranules à libération prolongée en gélule est :

-important dans la prise en charge des douleurs intenses et/ou rebelles rencontrées dans l’arthrose du genou ou de la hanche et dans la lombalgie chronique, comme traitement de dernier recours, à un stade où les solutions chirurgicales sont envisagées et chez des patients non candidats (refus ou contre-indication) à une chirurgie de remplacement prothétique (coxarthrose ou gonarthrose), pour une durée la plus courte possible du fait du risque d’effet indésirable grave et de l’absence de données à long terme. La place de cette classe thérapeutique doit être la plus réduite possible, après échec des autres mesures médicamenteuses et du traitement physique recommandés dans ces indications.

– insuffisant dans les douleurs intenses et/ou rebelles rencontrées dans toutes les autres situations de douleurs chroniques non cancéreuses et non neuropathiques, notamment dans les rhumatismes inflammatoires chroniques, représentés principalement par la polyarthrite rhumatoïde et la spondyloarthrite.

Les opioïdes forts peuvent s’envisager comme traitement de dernier recours dans la lombalgie chronique, en cas de douleur rebelle sévère et pour une durée la plus courte possible du fait du risque d’effet indésirable grave et de l’absence de données à long terme.  Les opioïdes forts n’ont pas de place dans la stratégie de prise en charge des douleurs chroniques non cancéreuses et non neuropathiques, en particulier les rhumatismes inflammatoires chroniques, représentés principalement par la polyarthrite rhumatoïde et la spondyloarthrite. »

A Lille et à Rennes

Le site de Toulouse fait également état « de la hausse des prises en charge sanitaire consécutives à une addiction à la cocaïne ». Les observations à Metz soulignent « la visibilité accrue de la kétamine dans et hors de son espace de consommation traditionnel (espace festif alternatif) et les problèmes posés à propos de ce produit, par son imitation synthétique, la MXE (methoxetamine) ». Le site de Lille fait notamment le constat « d’une amplification de la pratique de la culture à plus ou moins grande échelle de cannabis et la persistance d’une offre structurée d’héroïne à des prix très bas ». Par ailleurs, le site lillois (à l’instar de celui de Bordeaux), souligne « l’importance des comportements d’alcoolisation massive de la part de jeunes adultes sur la voie publique ». À Rennes, les constatations « portent singulièrement sur la consommation de MDMA (forme poudre ou cristal) chez de jeunes usagers de l’espace festif ».

Marseille et Paris

Cette tendance est également mise en évidence par le site de Marseille lequel, « outre les problèmes liés à la violence engendrée par le contrôle des marchés du cannabis et de la cocaïne », mentionne « une visibilité plus grande l’injection de stimulants dans le milieu des usagers les plus précaires ». Cette observation rejoint celles faites à Paris. Qui fait état de la dissémination dans la capitale des reventes de crack hors des scènes habituelles, celles du nord-est parisien.

Compte tenu de la mission de l’Ofdt (2) on attend la lecture que le gouvernement Valls fera de ce nouveau constat de la toxicomanie en France.

A demain

 (1) Agnès Cadet-Taïrou, Michel Gandilhon, Magali Martinez, Thomas Néfau. Substances illicites ou détournées : les tendances récentes (2013- 2014), Tendances n°96, OFDT 2014, 6 pages

TREND s’appuie principalement sur un réseau de sept sites répartis sur le territoire (Bordeaux, Lille, Marseille, Metz, Paris, Rennes et Toulouse) qui collectent et analysent l’information localement et sur le système d’identification national des substances (SINTES) qui assure une veille sur les produits nouveaux ou présentant un danger inhabituel et vise à mieux connaître le contenu toxicologique des substances en circulation.

 (2) Créé en 1993, l’OFDT est chargé d’éclairer les pouvoirs publics, les professionnels du champ et le grand public sur le phénomène des drogues et des addictions. Le conseil d’administration de l’Observatoire regroupe la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), les différents ministères concernés par la lutte contre les drogues et les toxicomanies ainsi que des personnes morales de droit public et privé. www.ofdt.fr

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