«E-cig au chanvre»: l’affrontement prend une tournure nettement plus politique

Bonjour

La cigarette électronique au cannabis qui n’en contient pas. Une version remastérisée du couteau sans lame. C’était une anecdote, cela devient une affaire. Une affaire politique et de santé publique. L’empressement de Marisol Touraine à annoncer une interdiction de l’objet a bouleversé la donne. Une petite initiative commerciale a pris soudain une ampleur politique inattendue. Une question circonscrite à la problématique des risques inhérents à la consommation de cannabis a soudain intéressé toutes celles et ceux qui, directement ou non, sont concernés par la cigarette électronique. Un phénomène boule de neige dans le champ du tabagisme et des addictions.

Ivresses cannabiques

Sous réserve d’inventaire on est bien ici dans l’erreur politique. Certains spécialistes en stratégie vont jusqu’à parler de faute. En toute hypothèse il faut lire l’analyse éclairée que vient de faire sur ce sujet le Dr William Lowenstein, président de SoS addictions : « La ministre, le chanvre électronique et l’ivresse cannabique »

Ce sont là des commentaires que Marisol Touraine, ministre de la Santé, trouvera sans doute injustes – elle qui n’a voulu, en s’exprimant le 16 décembre sur RTL, que réaffirmer l’opposition du gouvernement Valls à toute forme de relâchement dans l’interdiction officielle de la consommation de cannabis. Elle vient de récidiver, ce 17 décembre, sur France 2. « Depuis deux ans et demi j’ai fait preuve d’une grande fermeté pour faire reculer les addictions, pour aider ceux qui sont addictifs à un produit à décrocher, a-t-elle dit. Ce n’est pas, aujourd’hui, pour regarder une offensive sur une cigarette électronique avec du cannabis se commercialiser tranquillement. »

Grande fermeté

S’ils ne le sont pas déjà, ces propos vont être analysés et commentés chez les soignants spécialisés dans les différentes formes d’addictions – des spécialités par définition éminemment politiques sinon politisés. Il est possible que la « grande fermeté pour faire reculer les addictions » évoquée par la ministre de la Santé ne se soit guère traduite dans les faits et dans les chiffres.

Et pourquoi, une nouvelle fois, parler de « cigarette électronique avec du cannabis » ? Pourquoi tant de passion ? Pourquoi déformer à ce point la réalité ? On en viendrait presque, au fil du temps, à imaginer que l’objet cigarette électronique cristallise une forme inexpliquée, irrationnelle, d’opposition chez la ministre de la Santé.

KanaVape nous parle

Dans le même temps les créateurs de KanaVape –les auteurs de l’offensive que Mme Touraine entend contrer juridiquement – déplacent le combat sur le terrain politique.  Ces judokas viennent ainsi de dénoncer « l’inaction » du gouvernement quant à la réduction des risques liés au cannabis. « Quand Marisol Touraine déclare qu’il y a là un problème de santé publique, elle a raison mais le problème n’est pas KanaVape. Le problème est l’inaction du gouvernement sur la politique de réduction des risques liés au cannabis, ainsi que le manque de recherches médicales sur l’utilisation des cannabinoïdes en France » déclarent-ils dans un communiqué.

Effet placebo

Rappelons que Mme Touraine voit ici « une incitation à la consommation de cannabis » quand les fabricants  soulignent que la seule variété de chanvre utilisée « est autorisée à la culture et à l’utilisation industrielle et commerciale, notamment parce qu’elle contient moins de 0,2% de THC » (tétrahydrocannabinol), le principal principe actif du cannabis.»

En pratique le e-liquide utilisé contient une autre substance « cannabinoïde » : le cannabidiol ou CBD qui est, selon les promoteurs, un produit  « non-euphorisant » et « relaxant ». Ce qui, au-delà de l’effet placebo, reste à démontrer.

 Homologue britannique

« Dans ces conditions, le reproche qui nous est fait de ‘’provoquer  l’usage illicite de stupéfiants’’  procède d’un amalgame qui vise à dénaturer notre produit » menace la société KanaVape. Une société  qui affirme s’inscrire « dans le développement du marché des cigarettes électroniques permettant une réduction des risques ».

Où sont, ici, les défenseurs de la santé publique ?  On apprend (The Independant) que la cigarette objet du litige débarquera demain sur le marché du Royaume Uni. Il sera intéressant d’observer ce que fera, ou pas, l’homologue britannique de Marisol Touraine.

A demain

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