« Vache folle » : il nous faut toujours faire une croix sur le cerveau (et les yeux) de mouton

Bonjour

Dans l’ombre de la maladie de la vache folle, la tremblante du mouton. La première (ou « encéphalopathie spongiforme bovine » – ESB) est apparue (officiellement) en 1986 chez des bovins anglais. La seconde (ou scrapie) est apparue chez des ovins anglais en 1732.

Incurable

Dans les deux cas l’agent pathogène est un prion pathologique. Le premier est parvenu à franchir la symbolique « barrière des espèces » et (par voie alimentaire) à contaminer l’espèce humaine où il est responsable d’une nouvelle variante de la maladie de Creutzfelft-Jakob, maladie neurodégénérative  aujourd’hui incurable. Ce fut, à compter de 1996, l’affaire (la crise) de la « vache folle ».

Mémoire

Qu’en est-il du passage à l’homme du prion pathologique du mouton ?  La question avait été soulevée de manière récurrente à la fin des années 1990, en pleine crise sanitaire, politique et économique de l’ESB. De nombreux travaux expérimentaux avaient été lancés sur ce sujet. Ils avaient pointés quelques risques sans jamais permettre de conclure.  Nous gardons pour notre part en mémoire que le sujet avait alors pour caractéristique de susciter l’ire des responsables politiques britanniques qui firent notamment usage du droit de réponse dans les colonnes du Monde.

Actualité

Aujourd’hui le sujet redevient d’actualité avec la publication d’une étude portant sur des souris « humanisées » et qui, à son tour laisse penser qu’un franchissement de la barrière des espèces (ici des ovins à l’homme) n’est pas impossible.  Cette étude menée pour l’essentiel par des chercheurs français vient d’être publiée (1) dans la revue Nature Communications (On en trouvera un résumé ici).

Transmission

En substance les chercheurs ont inoculé dans le cerveau de souris génétiquement  « humanisées » une charge élevée de prion pathologique de la tremblante. Puis ils ont inoculés des extraits cérébraux par voie intracérébrale, à un autre lot de souris également « humanisées ». Cette expérience tend à démontrer au final  que le prion pathologique ovin pathologique serait doté d’une capacité de  transmission du même ordre de grandeur que celle du prion pathologique bovin.

Trancher

Que conclure ? « Deux interprétations sont possibles, explique dans Le Monde Olivier Andréoletti (Inra) qui a dirigé ce travail.  Soit il existe un lien entre les formes sporadiques et le prion de la tremblante du mouton, soit en forçant le prion de la tremblante du mouton à franchir la barrière d’espèce, on le fait évoluer vers la forme la plus adaptée à l’infection humaine. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas trancher entre ces deux hypothèses, qui ne s’excluent pas. »

Où l’on voit que le temps scientifique n’est pas toujours celui du scandale médiatique.

Manger

Pour tenter de répondre, de nouvelles études, épidémiologiques notamment,  seraient nécessaires. Elles seraient aussi longues et coûteuses.  « Certaines mesures de précaution paraissent en tout cas s’imposer, souligne Oliver Andréoletti. Cela inclut la poursuite du suivi épidémiologique chez l’homme et des examens chez les animaux présentant les signes de la tremblante. Surtout, au moment où certains parlent de lever l’obligation de retirer du marché alimentaire les matériaux à risque spécifiés, il est indispensable de la maintenir. »

Abattre

« Matériaux à risque spécifiés » ?  Ce sont  les tissus et les abats – yeux, cerveau et moelle épinière –  physiopathologiquement à risque. Leur exclusion des  chaînes alimentaires  a été décidée par l’Union européenne en 2001. Treize ans plus tard la vigilance continue à s’imposer.

Où l’on voit que le temps scientifique peut parfois heureusement croiser le temps politique et économique, le temps alimentaire et sanitaire.

A demain

(1) “Evidence for zoonotic potential of ovine scrapie prions” . Ce travail a été dirigé par Olivier Andréoletti ( Inra, Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, 23 Chemin des Capelles, 31076 Toulouse, France

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