Grèves : Marisol Touraine parviendra-t-elle ou non à se taire jusqu’à l’année prochaine ?

Bonjour

A-t-elle cédé trop tôt aux urgentistes ? Patrick Pelloux a-t-il réussi un coup ? Ou plus précisément un  semi-coup (aussitôt autoproclamé « historique ») ? Qui a gagné ? Une ministre de la Santé toujours au moulin et au four, soucieuse d’éteindre un des nombreux foyers de contestation chez les professionnels de santé ? Des urgentistes qui n’ont encore, concrètement, rien de véritablement assuré ?

Galériens-urgentistes

C’est peu dire que le pavillon historiquement baissé devant le vaisseau de l’Amuf n’a pas été apprécié. Les représentants des hôpitaux publics et les syndicats de médecins libéraux l’ont fait savoir. Officiellement ces galériens ont obtenu la réduction de leur temps de travail à quarante-huit heures hebdomadaires (contre une soixantaine actuellement). En théorie les heures effectuées au-delà de trente-neuf heures seront rémunérées comme des heures supplémentaires (pour un montant exact qui reste à discuter). Ce fut une étrange partie de billard qui vit Mme Touraine impatiente annoncer la bonne nouvelle au sortir du conseil des ministres, soit bien avant que Patrick Pelloux ne parvienne à convaincre ses troupes.

Clairons

Le succès claironné (des deux côtés) de cette « grève éclair » a réveillé les vieilles blessures. Les libéraux y ont retrouvé les préférences idéologiques de la ministre de la Santé pour l’hôpital public. Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF : «  Je m’étonne de la rapidité de cette sortie de crise et de son coût non négligeable ». Claude Leicher, président de MG France : « Cela n’augure rien de bon pour nous car tous les moyens que Mme Touraine met sur l’hôpital, elle ne les met pas dans la médecine libérale générale. »

Pandore

Jusqu’à  Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente les hôpitaux publics – (écoutez-le sur Radio Classique) : « Mme Touraine « a ouvert une boîte de Pandore en lâchant très vite sur une demande catégorielle. « Cela fait des mois que nous plaidons pour une conférence nationale du temps de travail à l’hôpital. On prend le sujet par le petit bout de la lorgnette. Il n’y a pas que des urgentistes dans un hôpital. D’autres spécialités comme les gynéco-obstétriciens ou les anesthésistes-réanimateurs vont maintenant faire entendre leurs revendications. » On indique, de bonne source, que c’est effectivement en route.

Patrick Pelloux

La FHF estime que la mesure équivaut à baisser de 20  % le temps de travail des urgentistes soit une facture supplémentaire de 90  millions d’euros.  Un chiffre « non documenté » pour le ministère de la Santé, un montant « impossible », « délirant » pour Patrick Pelloux.

Et pour le reste ? Le combat continue. Ce sera, au minimum, « une semaine sans médecins libéraux » puisque  les spécialistes se joignent ce mercredi 24 décembre au mouvement de grève des généralistes entamé la veille.

25 euros vs 23 euros

Fermeture des cabinets et grève des gardes, du 24 au 31 décembre. Outre la revalorisation à 25 euros des consultations pour les généralistes, les libéraux demandent la réécriture (ou plus précisément le retrait pur et simple du projet de loi Santé « porté par »  Marisol Touraine. Le tout sur fond d’appels catégoriels à la grève divers et variés.  Tous dénoncent la généralisation du tiers payant, ses difficultés de mise en œuvre et les retards de paiement que pourrait entraîner le dispositif.

 Piquant

Tous en veulent aussi, vieille antienne,  à la volonté gouvernementale « d’étatiser » la médecine libérale. On peut voir là une forme de nostalgie d’un âge d’or d’une médecine d’avant les antibiotiques. Un âge d’or qui n’a jamais véritablement existé  à l’exception de quelques mandarins nantis. « C’est une bureaucratisation et une administration de la médecine libérale avec l’hôpital au milieu, juge Jean-Paul Ortiz. La CSMF redoute (de même que la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) qui appelle à la fermeture des cliniques à partir du 5 janvier)  l’exclusion des établissements privés du nouveau service public hospitalier. Ce qui ne manque pas de piquant.

Gérard Bapt

Pour l’heure, Marisol Touraine « exclut de répondre aux revendications des libéraux avant la rentrée » assure l’AFP (1). Ce n’est en effet qu’en janvier que seront relancées les discussions sur son projet de loi – qui ne sera quant à lui discuté au Parlement qu’au printemps. Décrié par les professionnels, ce projet de loi l’est également par l’opposition.  L’UMP réclame son retrait. Même au sein de la majorité. Mais le texte ne fait pas non plus l’unanimité au sein de la majorité socialiste. A commencer par l’influent député (PS, Haute-Garonne). Gérard Bapt qui ne fait pas mystère des critiques qu’il formule quant à la mauvaise méthode de Marisol Touraine.

A demain

(1) « Nous n’assistons à aucun afflux de patients en direction des urgences (…) qui fonctionnent de façon normale»  a toutefois commenté la ministre de la Santé dans l’après-midi du 24 décembre, en marge d’une visite dans un hôpital parisien. « Il n’y pas de report vers les urgences de patients qui auraient des difficultés pour trouver un médecin» , a-t-elle insisté, ajoutant que «la situation sur le terrain était parfaitement calme et maîtrisée»

« J’invite à regarder avec précaution les chiffres avancés du nombre de grévistes» a-t-elle aussi déclaré, pour deux raisons: « les médecins ne sont pas tenus de se déclarer et il y a des cabinets qui sont fermés de toute façon parce que c’est la période des fêtes».

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