Michel Houellebecq : un journaliste insoumis aurait triché. Flammarion saura-t-il le retrouver ?

Bonjour

Du Houellebecq tout craché…  Annoncé urbi et orbi comme l’événement littéraire incontournable des premiers jours de l’année 2015, « Soumission » est le sixième roman d’un auteur devenu culte à son corps défendant. Il est aussi le premier à pouvoir être lu gratis via la Toile. On n’attendra donc pas l’aube du 7 janvier pour pouvoir le déguster. L’éditeur Flammarion enrage. On peut le comprendre.  « Nous avons pris acte de la situation et notre service juridique s’occupe du problème », a précisé la maison d’édition sans faire plus de commentaires.

Service de presse

Que dire de plus ? Que selon des informations de presse, la version du roman qui circule depuis quelques jours sur le web vient probablement d’un exemplaire adressé gratuitement (en service de presse,  par coursier pour faire de la publicité en amont) et qui aurait été scanné. Un jeu d’épreuves « non définitives » du livre avait été distribué à la mi-décembre à quelques journalistes. Flammarion sait lesquels. Nous donnera-t-il la liste de ces privilégiés ? Ces précieux exemplaires ont-ils été « marqués » comme le sont, dit-on, les flacons de Cristal Roederer ou les reliques de la Romanée-Conti (à briser après usage) ? On espère que oui. Pour connaître cet insoumis. A supposer, bien sûr, qu’il ne s’agit pas de l’auteur, suicidaire.

Révélation dans un blog

« Selon le blog Aldus, consacré à l’actualité de l’édition numérique et qui a révélé l’information [lire ici] , le piratage avant la sortie est une « première » en matière de livre numérique, souligne l’Agence France Presse. Le piratage de best-sellers après parution est, en revanche, très fréquent. »

A quelques jours de sa sortie en librairies, « Soumission », suscite déjà la polémique. Nous en avons pour notre part déjà parlé en indiquant qu’il fallait ici prendre toutes ses précautions (mais sans jamais avoir reçu de jeu d’épreuves).  Nous avons ici ou là lu des critiques qui ne laissaient aucun doute sur le fait que leurs signataires avaient été des destinataires. Comme Alain Finkelkraut dans le Journal du Dimanche (lire gratuitement ici) –propos recueillis par Marie-Laure Delorme). Extraits :

« Soumission est, avant tout, le roman d’un excellent écrivain.

Michel Houellebecq a le génie du détail signifiant. Il met en italique les expressions d’époque et, tout en nous racontant une histoire singulière, avec des personnages très incarnés, il nous convie à un dévoilement du monde. Il mêle avec un art consommé le concret et l’abstrait, le narratif et le philosophique. Sa force comique vient du fait qu’au lieu d’être prisonnier de l’esprit du temps ou de le combattre, il le regarde de l’extérieur. Son impassibilité est absolument irrésistible.

On rit beaucoup à la lecture de Soumission.

J’ai ri sans cesse mais le rire que suscite Houellebecq n’est pas celui des humoristes modernes, dont Raymond Queneau disait déjà qu’ils tendent « à tout déprécier, à tout abaisser, car ils ne peuvent tolérer qu’il puisse exister parfois quelque grandeur ». J’ai ri, par exemple, à sa comparaison entre les femmes d’Orient et celles d’Occident : « Vêtues pendant la journée d’impénétrables burqas noires, les riches Saoudiennes se transformaient le soir en oiseaux de paradis, se paraient de guêpières, de soutiens-gorge ajourés, de strings ornés de dentelles multicolores et de pierreries ; exactement l’inverse des Occidentales, classe et sexy pendant la journée parce que leur statut social était en jeu, qui s’affaissaient le soir en rentrant chez elles, abdiquant avec épuisement toute perspective de séduction, revêtant des tenues décontractées et informes. »

Michel Houellebecq, lecteur de Pascal, doit-il à sa formation scientifique de regarder l’agitation des hommes sans aucun pathos?

Vous avez sans doute raison et je n’oublie pas non plus l’admiration de Michel Houellebecq pour un philosophe aussi systématique qu’Auguste Comte. Mais je le comparerais à d’autres romanciers. Josyane Savigneau dit partout que Pastorale américaine, roman bouleversant, c’est « Philip Roth pour les nuls » car il s’agit d’un roman réaliste. Elle le dit même à Philip Roth qui répond, effaré, qu’il n’a jamais écrit que des romans réalistes. De même Michel Houellebecq. Ce qui l’intéresse, c’est le réel dans sa totalité. La littérature est pour lui un instrument de connaissance et je ne l’imagine pas parler de l’importance dans sa vie de l' »écriture ». Michel Houellebecq n’est pas de ceux qui écrivent sans complément d’objet. Il écrit des romans et des poèmes et, à chaque fois, il vise par les mots la vérité des choses.

Il dit dans Soumission qu’un livre qu’on aime, c’est un livre dont on aime l’auteur.

Pour moi, penser, c’est vivre avec des auteurs et tenir leurs livres sans cesse ouverts devant moi. Barthes parlait de la lecture de Proust comme d’une consultation biblique. Je ne peux pas vivre et réfléchir sans Péguy, Kundera, Levinas, Hannah Arendt, Vassili Grossman. Et d’ailleurs, une fois terminé Soumission, j’ai commandé En ménage, de Huysmans, ce roman sur le bonheur tiède des vieux couples. Cette tiédeur m’a été épargnée, mais le sujet me passionne et je regrette qu’il soit trop tard pour intégrer Huysmans à Et si l’amour durait. Houellebecq sait nous rendre cet auteur oublié infiniment présent. »

Libération

Il faut aussi compter avec Luc le Vaillant, dans Libération qu’il ose titrer  « Tomber sur un Houelle(bec)q » – article réservé aux abonnés. Extrait :

« (…) Plus intéressante est la manière dont Houellebecq est perçu comme le sismographe de l’époque, le révélateur ultrasensible du moment, le jongleur en boules de cristal fêlé. Un de ses collègues en écriture [il pourrait s’agir d’Emmanuel Carrère s’exprimant dans Télérama ndlr] voit en lui le «contemporain essentiel». On a les idoles qu’on peut. Autant m’amuse le personnage Houellebecq, ses allures de vieille reine aztèque des sans-dents, ses mines de momie aux cheveux empaillés, sa cigarette tenue éveillée entre l’index et le médius, autant le vénérer en décrypteur maximal du climax ambiant me semble de la dernière bêtise. Ou alors, c’est que vraiment rien ne va et que c’est la vivisection des derniers héros qu’on célèbre via ce zombi aussi attachant qu’inutile. Rendez-moi plutôt Sartre [co-fondateur de Libération] et sa métaphysique à gitane maïs, son stalinisme qui refusa le prix Nobel, son gauchisme d’une bienveillance grandiose pour les causes les plus adolescentes.(…) »

Rappels

Rappelons, à ceux qui n’ont (toujours) pas Internet que dans cette politique-fiction, l’auteur des Particules élémentaires, l’un des écrivains français les plus lus à l’étranger, dresse le portrait d’une France dirigée par un parti musulman en 2022. Que le titre se réfère à la traduction du mot « Islam » qui signifie allégeance [à Dieu]. Que l’histoire débute à la fin du second mandat de François Hollande, dans une France fracturée où le Front National (FN, extrême droite) est aux portes du pouvoir et la rue en ébullition. Que La Fraternité musulmane (parti inventé par l’auteur) bat la présidente du FN, Marine Le Pen, au second tour de la présidentielle grâce à une alliance avec le parti socialiste (PS, gauche), l’Union pour un mouvement populaire (UMP, droite) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI, centre).

« Soumission ». Libre (mais interdit) sur la Toile. Dans toutes les librairies à compter du 7 janvier 2015. 19,95 euros

A demain

Une réflexion sur “Michel Houellebecq : un journaliste insoumis aurait triché. Flammarion saura-t-il le retrouver ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s