« Marisol Touraine a rédigé un projet fourre-tout qui crispe tout le monde » (André Grimaldi)

Bonjour

André Grimaldi est une personnalité connue et paradoxale du monde français de la santé. Professeur il y a peu encore, diabétologue hospitalier à la Pitié, c’est (au choix) un « poil à gratter », un « moine-soldat de l’hôpital public », une « carpe mariée à un lapin », un « médecin malin »,  « l’avocat des malades» . C’est aussi le fruit de l’ascenseur public et républicain : grand-père cheminot, père postier, lui ancien de la LCR avant de prendre le chemin des mandarins puis de se lancer dans de nouveaux combats. « Aujourd’hui, je suis convaincu que la régulation de notre système de soins est légitime. Reste à discuter de ses modalités  » glissa-t-il dans un portrait de lui publié dans Le Monde en 2013 (Florence Rosier).

 L’arme des médias

C’est aussi un homme qui a su jouer de la presse. « J’ai découvert la seule arme efficace pour faire réagir nos gouvernants : les médias », reconnaît-t-il dans son livre « La Santé écartelée – Entre santé publique et business » (Dialogues). En 2013 (pour rester à l’époque récente) il avait lancé un appel dans Le Parisien. Il était parvenu à rassembler les signatures de plus de deux mille personnalités, politiques de tout bord et chercheurs de toutes disciplines – mais aussi, pêle-mêle, médecins  du service public plus ou moins allergiques au privé. Il s’agissait de susciter un « vrai débat démocratique, qui se conclurait par un vote au Parlement » sur l’avenir de l’Assurance-maladie.

Récidive

André Grimaldi récidive au moment où le mouvement de la grève des médecins libéraux entre dans une nouvelle phase, une « guérilla administrative » pour dénoncer (notamment) la généralisation du tiers payant « colonne vertébrale » (dixit) du projet de loi porté par Marisol Touraine, ministre de la Santé. Une grève que 58 des Français estiment « justifiée » di l’on en croit les résultats d’un sondage publié ce 4 janvier par Le Journal du Dimanche.

Généralistes

Et les hospitaliers contestataires ? On les retrouve précisément sur le site du journal dominical sous l’égide du « Mouvement de défense de l’hôpital public » (MDHP)  – un mouvement créé en 2009 pour contester la précédente loi de santé (alors portée par Roselyne Bachelot). Ce MDPH relance un contre-projet de réforme soutenu par une centaine de ses membres (lire ici le texte et les noms). Dernière proposition :

« 16La construction d’un service de la médecine de proximité sans reste à charge pour les patients suppose la revalorisation du secteur 1 à tarif opposable. Cette construction doit favoriser d’une part le travail en équipe regroupant médecins généralistes, spécialistes, paramédicaux, acteurs sociaux, d’autre part la coordination structurée des soins. Cette coordination nécessite la définition par les professionnels eux-mêmes des 1er, 2e et 3e recours, et l’organisation des rapports entre la ville et l’hôpital. »

Et le JDD de donner longuement la parole au Pr André Grimaldi, ancien de la LCR (propos recueillis par Anne-Laure Barret) :

Réel malaise

« Après la grève, les médecins entament une « guérilla » administrative contre le projet de loi santé. Que se passe-t-il?

– Il y a bien sûr une compétition entre syndicats à la veille d’élections professionnelles, mais si un front a pu se constituer ces dernières semaines, c’est que le malaise est réel. Notre système n’est plus adapté à une population vieillissante. Les médecins croulent sous les tâches administratives et les contrôles. Les généralistes, en première ligne, prennent de plein fouet ces contradictions touchant à la fois à l’organisation et au financement.

Le projet de loi porté par Marisol Touraine vise justement à réformer un système obsolète…

– Ce texte, hormis certaines bonnes propositions comme la possibilité d’actions de groupe en justice pour les victimes d’accidents médicamenteux, contient surtout des formules de compromis alambiquées qui ne règlent rien! Marisol Touraine a rédigé un projet fourre-tout qui crispe quasiment tout le monde. Le principal défi actuel est clair : comment soigner les 17 millions de personnes atteintes de maladies chroniques (sida, diabète, hypertension, insuffisance cardiaque, maladies neurodégénératives, etc.) sans tout concentrer à l’hôpital?

Raison

Il y a pourtant des mesures concrètes pour les patients comme le tiers payant.

– En répétant qu’elle ne lâchera pas sur ce point, la ministre de la Santé fait de la politique. Le tiers payant, c’est un marqueur de gauche. Mais concrètement, les médecins de ville ont raison de dire que cela va être compliqué à mettre en place. Là où ça marche déjà, dans les centres de santé ou les pharmacies, c’est grâce à des employés qui veillent aux remboursements par les cinq cents assurances privées. Or plus de la moitié des généralistes n’ont pas de secrétaire… La solution, c’est la création d’un tiers payant simplifié géré par la Sécurité sociale qui se chargerait du rapport avec les 500 complémentaires.

Les généralistes auraient raison de se sentir boucs émissaires?

En plus de la prise en charge des malades chroniques, deux autres points noirs handicapent notre système : l’engorgement des urgences, transformées en consultation gratuite du pauvre, et le déficit de prévention (tabac, alcool, nutrition, suicide). Ces trois failles révèlent une carence d’organisation de la médecine de premier recours. Cela nourrit le malaise des professionnels. Comme le fait d’être sous-payé : les généralistes, qui appliquent en majorité les tarifs de la Sécu sans dépassement, se sentent dévalorisés par rapport aux spécialistes.

Bel édifice

Votre collectif de médecins hospitaliers rend public un contre-projet de réforme dans lequel la place du généraliste est centrale…

– Il faut créer au plus vite, avec les praticiens volontaires et en particuliers les jeunes, un service public de la médecine de proximité, sans reste à charge pour les patients, dans lequel généralistes et spécialistes, médecins et infirmières travailleraient réellement en équipe. Ils s’occuperaient de la prévention, du traitement des malades chroniques et des urgences non vitales. Pour que ce bel édifice tienne, il est nécessaire de revaloriser le tarif de la consultation et de créer un forfait annuel pour la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques. En échange, l’État et la Sécu, voire les collectivités territoriales, pourraient participer au financement des cabinets médicaux, des équipements et des tâches administratives.

Dans votre nouvelle architecture, à quoi servirait l’hôpital?

La clé de voûte, c’est la médecine générale. Les spécialistes et l’hôpital sont le recours. La vraie urgence pour l’hôpital, c’est de se coordonner avec la ville et de réformer son mode de financement pour être plus réactif face aux innovations, aux changements de pratique et mieux investir. Aujourd’hui, à cause des aberrations engendrées par un financement de type commercial qui pousse à augmenter les activités rentables tout en diminuant les moyens, les équipes sont disloquées et démoralisées.

Glissade vers le privé 

Votre texte prône aussi une reconquête de la Sécu…

– Le projet de Marisol Touraine évacue la question centrale du désengagement de la Sécu des soins courants au profit des complémentaires. Ce désengagement entraîne une glissade vers leur privatisation, la Sécu se recentrant sur les plus pauvres et les plus malades. Cette évolution nourrit la révolte fiscale des personnes bien portantes issues des classes moyennes : elles auront à juste titre le sentiment de payer deux fois et de plus en plus cher.

Pour plus de justice sociale et pour limiter le gaspillage, nous proposons de définir un « panier de soins solidaire » pris en charge à 100 % pour tous par l’Assurance-maladie, en faisant le tri entre ce qui relève de la solidarité et ce qui n’en relève pas. Une manière de revivifier un principe fondamental : « Chacun paie en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins. » »

Angélisme gauchiste

On pourra bien évidemment parler d’angélisme d’extrême-gauche et de déstabilisation de la ministre en place. C’est bien évidemment un peu plus compliqué. C’est aussi, en toute hypothèse un soutien objectif et politique dont les grévistes libéraux ne manqueront pas de se saisir. Sans tarder. Peut-être est-ce même déjà fait.

A demain

5 réflexions sur “« Marisol Touraine a rédigé un projet fourre-tout qui crispe tout le monde » (André Grimaldi)

  1. 58% de 1000 personnes maxi : quand on connait la validité « scientifique » de ces diseuses de bonne aventure que sont ces instituts de sondage , il est navrant de les brandir comme des arguments définitifs…..

  2. « Or plus de la moitié des généralistes n’ont pas de secrétaire… »
    Et bien qu’attendent ils pour en embaucher un ??
    Leur déontologie les empêche d’avoir un collaborateur ?

    • « Qu’attendent ils ? »
      ah ben oui tiens j y avais pas pensé !
      Tu nous refais Marine antoinette : « Qu’on leur donne de la brioche  » !
      ils attendent d’en avoir les moyens financiers. Tu imagines que je fais moi meme toute la paperasse uniquement parce que ça m’éclate ??
      Tu te demandes pas pourquoi quasiment aucun cabinet de moins de 3 médecins n’a de secrétaire ??
      Il serait temps d’arreter les clichés/préjugés et de penser par toi-même…
      Si cette réforme passe ( vas lire ici : http://www.jaddo.fr/2014/12/24/pas-de-tpg-dans-mes-souliers/ notamment le dernier paragraphe 2 E) c’est le frere de Sarko (malakok mederic) qui te diras comment te soigner !

  3. En payant un employé au smic : 1450 € en moins sur votre salaire mensuel sur un revenu moyen de 6500€ , reste 5055 € ce qui est pas mal (85% des français gagnent moins de cette somme ) , sans parler du temps disponible ………..

  4. Cette hargne anti médecin est épuisante.
    On ne paie pas une secretaire médicale au smic, vous oubliez les « charges patronales » et les couts indirect ( il faut provisionner les indemnites de départ par exemple), le matos en plus ( poste de travail).
    Vos calculs de comptoir du café du commerce sont pitoyables.
    Pourquoi mais pourquoi PERSONNE ne fait le calcul que vous proposez ?
    Pourquoi mais pourquoi les jeunes médecins ne s’installent ils plus puisqu’on peut si facilement se faire des couilles en or ?
    Parti comme c’est dans 10 ans , tu pleureras devant la porte fermée de ton dispensaire médical en regrettant le bon vieux temps des médecins libéraux….
    Je serai toujours là pour soigner ma famille et mes amis, je ne sais pas comment feront les autres …

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s