Alcoolisme : retrouver son permis de conduire imposera bientôt une coupe de cheveux

Bonjour

C’est un communiqué de presse peu banal que vient de publier l’Académie nationale de pharmacie. Il concerne a priori les médecins en charge des visites destinées à renouveler les permis de conduire suspendus (ou annulés) pour conduite sous l’empire d’un état alcoolique. Mais il dépasse, et de loin, ce seul cadre réglementaire et la seule sécurité routière. Il touche au possible contrôle biologique au long cours des consommations alcooliques passées.

Utile ou inutile

Ces visites médicales ont été réorganisées en 2012. Le médecin agréé (ou la commission médicale) peut désormais prescrire tout examen complémentaire qui lui semble utile. Mais quels sont les examens biologiques qui peuvent ici être réellement utiles ? Pour l’Académie nationale de pharmacie il est essentiel de rappeler ici quelques vérités inconnues ou oubliées. A savoir que :

 les dosages actuels (volume globulaire moyen [VGM], Gamma glutamyl-transpeptidases [Gamma GT], transferrine désyalilée [CDT]) effectués lors des contrôles médicaux ne présentent pas une spécificité ni une sensibilité absolues et exposent à des risques de résultats faussement positifs. Ces fausses positivités sont notamment dues à la prise de médicaments (barbituriques, certains antiépileptiques, certains antidépresseurs, antihypertenseurs, contraceptifs oraux, etc.) ;

 ces tests présentent une fenêtre trop courte de détection de la consommation d’alcool. En effet, dans le cadre d’une suspension de permis de conduire pour conduite en état d’ivresse, les résultats des prélèvements sanguins ou urinaires ne reflètent pas le sevrage ou les habitudes réelles de consommation sur le long terme : il suffit que la personne concernée cesse toute consommation durant quelques jours avant la réalisation du test et de la visite médicale pour récupérer son permis quand bien même elle demeure dépendante à l’alcool.

Marqueur direct et sensible

« Or, il est aujourd’hui possible de détecter la consommation d’alcool pendant une période de temps prolongée, même si l’alcool récemment consommé a été complètement éliminé de l’organisme, fait valoir aujourd’hui l’Académie nationale de pharmacie. Un marqueur direct, hautement spécifique et très sensible, de consommation d’alcool, l’éthylglucuronide (EtG), produit du métabolisme hépatique de l’alcool, en grande partie éliminé dans l’urine, reste stocké en faible quantité dans les phanères en général, et les cheveux en particulier. »

User des phanères

Il est désormais scientifiquement démontré que les phanères (et notamment les cheveux et les poils) fixent les substances exogène. Les cheveux peuvent ainsi fournir une plus large fenêtre rétrospective de détection que le sang et l’urine. Un prélèvement de cheveux peut, non seulement donner des informations sur la présence d’EtG, mais également retracer l’historique de la consommation d’alcool dans le temps.

Mieux que l’urine

« Une analyse d’urine caractérise un usage ponctuel, alors que celle des cheveux témoigne d’une consommation répétée, fait valoir l’Académie. Dans les phanères, les substances mères (comme l’alcool éthylique) sont présentes à des concentrations plus élevées que celles de leurs métabolites alors que c’est l’inverse dans les urines. Il est donc possible, en analysant les cheveux, de faire la différence entre deux substances qui auraient les mêmes métabolites. »

Mieux encore : les cheveux en croissance, incorporant les substances présentes dans le sang, constituent unvéritable calendrier rétrospectif de la consommation d’alcool. Sachant que les cheveux poussent d’un cm par mois, leur analyse, cm par cm, permet de retracer l’histoire de la consommation dans le temps.

Trois mois = trois centimètres

On peut, en l’espèce,  le dire autrement, plus précisément : en cas de suspension de trois mois du permis de conduire, il suffit d’analyser trois cm de cheveux pour prouver l’abstinence ou, à l’inverse, la poursuite de la consommation d’alcool au cours des trois mois en question.

Poils pubiens

En pratique il suffit de prélever une mèche d’environ  80 cheveux (de préférence à l’arrière du crâne, en les coupant le plus près possible du cuir chevelu. Précisions ici que d’autres types de poils peuvent aussi, si nécessaire, être prélevés. A l’exception notable, toutefois, des poils pubiens.  On ajoutera qu’il s’agit ici d’un test non invasif, parfaitement indolore, et que le prélèvement peut être envoyé au laboratoire de toxicologie par courrier postal. Tout simplement.

Six verres par jour

L’équation est simplissime : une concentration en éthylglucuronide  supérieure  à 30 pg/mg (picogramme par milligramme) dans les cheveux témoigne d’une consommation  d’alcool de leur propriétaire supérieure à 60 g par jour (soit six verres standards). Le test capillaire offre d’autant plus d’avantages que la composition chimique des cheveux une fois prélevés, ne se modifiant pas dans le temps, il est possible de les conserver pendant une durée prolongée à l’abri de la lumière et de l’humidité.

Spécifique

Par ailleurs, il peut être répété facilement pour un coût sensiblement équivalent aux autres tests actuellement en vigueur – mais avec un risque de faux positifs théoriquement nul. Enfin, contrairement aux marqueurs sanguins classiques (VGM et Gamma GT), l’éthylglucuronide est très spécifique de l’alcool et sa concentration n’est pas influencée par la prise de médicaments.

Aucune interrogation réglementaire, enfin : cette analyse capillaire, prévue par le décret n°2003-293 du 31 mars 2003 relatif à la Sécurité Routière et l’article 221-3 du Code de la Route, est reconnue par la justice. Elle est aussi pratiquée en routine dans le cadre de la restitution des permis aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Europe (Belgique, Allemagne, Italie, Suisse, Grande-Bretagne, etc.).

Pratique systématique

Résumé et prise de position de l’Académie nationale de pharmacie :

« L’analyse des cheveux est le moyen le plus pertinent pour tester le sevrage ou les habitudes réelles de consommation sur le long terme. Outil essentiel pour la justice, elle permet aussi aux médecins contrôleurs de suivre effectivement l’évolution d’une addiction à l’alcool pour prévenir une récidive et orienter éventuellement la personne vers une thérapie appropriée. La sécurité routière repose, en grande partie, sur la lutte contre les addictions.

Récidives meurtrières

Or, seuls les tests capillaires, dont la valeur est également reconnue pour dépister la consommation de stupéfiants, permettent de faire la preuve de la réalité de la consommation d’alcool ou de stupéfiants dans le temps. C’est pourquoi l’Académie nationale de Pharmacie recommande que ces analyses soient SYSTÉMATIQUEMENT PRATIQUÉES lors des contrôles médicaux avant toute restitution du permis de conduire aux personnes sanctionnées pour conduite en état d’ivresse. Ces contrôles permettraient d’éviter les récidives meurtrières du fait de conducteurs restant en situation de consommation abusive chronique. »

A demain

3 réflexions sur “Alcoolisme : retrouver son permis de conduire imposera bientôt une coupe de cheveux

  1. Bonjour. Je viens vers vous pour un renseignement. Connaissez-vous le nom d’un expert ( dans le Hainaut) dans ce domaine. Mon mari doit refaire un test pour un retrait de permis en flandre pour alcoolémie. Celui – ci est loin d’être un alcoolique, jamais eu d’accidents, de prises de produits stupéfiants, de refus de contrôle…. Nous devons trouver un expert , malgré des recherches veines sur internet. En attente de votre réponse, veuillez recevoir mes salutations distinguées

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